Psychose
| Psychose | |
| Classification et ressources externes | |
| CIM-10 | F20- F29 |
|---|---|
| CIM-9 | 290-299 |
| OMIM | 603342 |
| MedlinePlus | 001553 |
La psychose (du mot grec ψυχή, psyche - esprit/âme -, et -ωσις, -osis - anomalie) désigne un état de la santé mentale jugé anormal. C'est un terme générique psychiatrique et psychanalytique, évoquant le plus souvent une perte de contact avec la réalité chez le sujet. Il est notamment utilisé pour caractériser une forme classique mais sévère des troubles mentaux, durant lesquels des hallucinations ou des illusions peuvent apparaître[1].
La personne souffrant de psychose, parfois appelée psychotique, présente le plus souvent des troubles de la personnalité, ainsi que des troubles de la pensée. À l'âge adulte, le trouble psychotique est complexe, et le parcours de la personne est émaillé de crises. Ces crises sont de type schizophrénique et souvent dans une emprise paranoïaque : au paroxysme de la crise, peut surgir parfois la pulsion du geste violent, à l'encontre de soi ou de l'autre.
La psychose peut être accompagnée de comportements inhabituels voire étranges, et de difficultés d'intégration sociale ou de maintien d'une qualité de vie quotidienne.
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Historique
Le terme « psychose » fut employé pour la première fois par un médecin autrichien, le baron Ernst von Feuchtersleben, en 1845[2], comme alternative aux termes folie et manie. Il dérive du grec ψύχωσις (psychose), littéralement, « anomalie de l'esprit »[3].
C'est le psychiatre allemand Emil Kraepelin qui a posé les fondements d'une séparation nette entre troubles psychotiques et troubles névrotiques. Plus tard, Sigmund Freud a repris la séparation entre psychose et névrose dans son système psychopathologique. Eugène Minkovski a abordé les psychoses sous un angle phénoménologique, Henri Ey sous celui de l'organodynamisme, etc. Jean Bergeret a été l'un de ceux qui a défini la psychose comme une « structure » (cf. structure en psychopathologie) regroupant notamment la schizophrénie, la paranoïa, la psychose maniaco-dépressive, etc.[4],[5], dans une approche psychopathologique systématisée. Pour d'autres, comme Piera Aulagnier, il s'agit d'une organisation psychique.
Définition
Psychopathologie
Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV-TR), la psychose se caractérise par des troubles - transitoires ou permanents - de la personnalité liés à une altération du « sens de la réalité et de soi ». Elle associe des symptômes dit « positifs » (délires, hallucinations), « négatifs » (apathie, aboulie, émoussements des affects...) et dysexécutifs (attention, mémoire de travail). Ainsi définis, les psychoses comprendraient deux grands groupes : les schizophrénies et les psychoses délirantes.
Le terme de psychose est souvent utilisé avec un adjectif qui indique la nature, l'étiologie ou un caractère dominant de la pathologie[6]. Selon les courants psychiatriques et le système psychopathologique auquel il se réfère, le mot peut prendre plusieurs sens : il sera question de structure psychotique, de pôle, d'organisation ou de personnalité psychotique, etc.
Il existe des formes de psychose plus ou moins sévères.
Origine dans une approche neurobiologique
Les psychoses pourraient être dues à une large variété de maladies du système nerveux central, qu'elles soient provoquées par des facteurs externes (traumatismes psychologiques ou physique, intoxication, etc.) ou des maladies physiologiques internes.
Psychose induite
L'expression « psychose induite » regroupe des psychoses aux causes organiques (« médicament ou produit chimique, démence précoce, certaines formes d'épilepsie, causes endocriniennes, infections, troubles métaboliques, lupus érythémateux disséminé, séquelles à long terme de blessures de la tête »[7]).
Drogues
Certaines drogues et médicaments peuvent, chez un individu souffrant de troubles psychotiques, aggraver la maladie : les substances les plus souvent incriminées sont les stimulants (cocaïne, amphétamines), les hallucinogènes et le cannabis. Ce qui induit que la dopamine, la sérotonine et le système endocannabinoïde jouent un rôle prépondérant dans le processus pathologique de l'affection.
Imprécision
Des professionnels considèrent que le terme psychose n'est pas précis, d'autant plus que certaines maladies regroupées sous le terme « psychose » n'ont rien en commun[8].
Classification et symptômes
La classification du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV-TR) regroupe les psychoses sous le titre « schizophrénies et autres troubles psychotiques », ainsi que dans les « troubles de l'humeur ». Cette section inclut :
- « schizophrénie »,
- « troubles schizophréniformes »,
- « trouble bipolaire »,
- « troubles délirants » (anciennement délires chroniques paranoïaques),
- « troubles psychotiques brefs » (anciennement considérés comme des bouffées délirantes aiguës sans évolution vers une maladie chronique),
- « troubles psychotiques secondaires » (toxiques, affection médicale générale)
- et « troubles psychotiques non spécifiés », au sein desquels, peuvent notamment être perçues, certaines formes de psychose puerpérale.
Symptomatologie
Hallucinations
Les hallucinations[9] sont définies comme des perceptions en l'absence de stimuli externes. Elles doivent être distinguées des illusions, qui résultent de perceptions altérées de stimuli externes existant, et des hallucinoses, qui sont des perceptions en l'absence de stimuli externes mais avec conservation de la conscience de la nature endogène de la perception. Les hallucinations peuvent affecter toutes les modalités sensorielles (vision, audition, olfaction, goût, toucher).
Idées délirantes
Les idées délirantes ne se confondent pas avec les délires, qui sont des constructions systématisées et structurées, et peuvent avoir des thèmes variés : persécution, mystique/messianique, grandeur, filiation, érotomanie, mort, négation des organes, etc. Leur émergence correspond à des mécanismes également variables : interprétation, intuition... Celles-ci sont d'appartenance socio-culturelle. Un critère important des idées délirantes est leur aspect structuré (paranoïaque) ou flou (paranoïde).
Troubles du cours de la pensée
La psychose, structure, conserve l’intégrité du rapport du sujet au langage, même si elle se traduit par des altérations des mécanismes de pensée. Dit de manière imagée, il pourrait être présenté : que c’est la paroi qui sépare le monde imaginé du noyau cognitif, qui apparaît comme beaucoup trop poreuse… et l’individu ré-examine encore et encore des suppositions, jusqu’à (y) chercher un assemblage quasi algorithmique (et c’est là qu’est le délire). Il y a suractivité mentale autant que certaines difficultés à rassembler sa pensée. Le sujet peut se ressentir dans une capacité amoindrie à être ‘centré’ dans le langage, aussi bien qu’il lui arrive trop fréquemment (dans le mécanisme de la psychose hallucinatoire chronique), de quasiment se perdre à s’y trouver inclus.
La personne manifeste une fréquente intégration des difficultés rencontrées, mais dans des procédés relevant d’un usage excessif de l’interprétation.
En altérations, il est noté de manière non exhaustive : la tachypsychie, la logorrhée, les digressions, la diffluence (ou relâchement des associations), les questionnements obsessionnels, les circonlocutions, les néologismes, le rationalisme morbide et, à l'opposé de ce dernier, la pauvreté du discours spontané, les barrages, les fadings.
Anosognosie
Une des caractéristiques importantes de l'état psychotique est l'absence de prise de conscience suffisante de la nature pathologique des symptômes. Classiquement, les patient, lors de ces épisodes, pensent que leur comportement, le contenu de leurs pensées, et les expériences hallucinatoires qu'ils vivent, ne sont en aucune manière bizarres, inhabituels ou étranges. Cependant, plus le temps passe, plus une critique – partielle – des symptômes devient possible (même à l'écart du champ thérapeutique).
Traitements
La psychose est une trajectoire non-dégénérative, tant que l'instauration dans des formes (possibles) de folie chronique est tenue en échec. Et plus le temps passe, plus l'individu sujet au biais psychotique présente cette capacité: à ressurgir de la crise, ou à la lire en résolution, et alors, à avancer une construction.[réf. nécessaire]
La prise en charge dans la consultation du soin (psychiatrique) renforce cette lecture du Possible: une place vers le futur, une place dans le champ social, et un renforcement d'une nécessaire assurance (qui faisait bien souvent défaut). La prescription de neuroleptiques s'adjoint à soutenir la personne.
Aide à l'autonomie
Il est nécessaire d'aider à soigner la psychose par un apprentissage à l'autonomie, tout en prescrivant un suivi continu pour pallier les crises. L'hygiène de vie est primordiale, ainsi que les relations sociales (amicales, familiales, professionnelles). Les activités culturelles et sportives sont formellement conseillées. La reconnaissance en France du handicap psychique depuis la loi de 2005 offre un cadre à ce type de soutien.
Régulation
En termes de régulation, les neuroleptiques sont efficaces. Est associée au traitement médicamenteux une prise en charge psychothérapeutique (ateliers, travaux en groupe, thérapie cognitivo/comportementale...).
Un individu souffrant de troubles psychotiques, s'il connaît bien sa maladie (après une longue prise en charge), peut la gérer avec un suivi régulier. Néanmoins, les psychoses associées à de très graves délits doivent faire l'objet d'une surveillance renforcée et attentive, et ne font, actuellement, pas l'objet d'avancées significatives.
L'efficacité de la thérapie est étroitement liée à son acceptation pleine et entière par le patient, et à son implication personnelle et active dans le processus de guérison. La psychose est moins une maladie à traiter qu'un individu, une personne à part entière à aider pour résoudre ses graves difficultés d'existence.[réf. souhaitée]
Psychanalyse
Freud précurseur
Pour Freud, la psychose s'explique comme un conflit entre différents éléments psychique[évasif]. Freud a en effet élaboré (dans ce qui est communément appelée la seconde topique) une théorie qui distingue le Ça, pôle pulsionnel inconscient de la personnalité, le Moi (qui doit assurer une adaptation à la réalité, là où le Ça ne se préoccupe pas des contraintes extérieures) et le Surmoi qui intègre, entre autres, l'intériorisation de l'interdit parental. Freud considère donc la psychose comme le résultat d'un conflit, non pas entre instances internes (ça, moi, surmoi, idéal du moi), mais entre le ça et la réalité. Dans la névrose, le conflit intrapsychique se situe entre le ça et les exigences du surmoi incluant l'idéal du moi. Dans la psychose, en fait on devrait dire les psychoses, il s'agit avant tout de la perte de la réalité, ce dernier terme se référant tant à la « réalité interne » qu'externe (perception). Freud n'a pas lui-même traité de psychotique[10], et ses théorisations résultent pour la plupart du texte du « président Schreber », qu'il a lu et interprété sur la base de la psychanalyse.
Au niveau théorique, Freud considère plus tard que la psychose n'est pas accessible à la cure psychanalytique, du fait de la préoccupation narcissique (la parole du sujet persiste en circuit fermé) : dés lors le psychotique ne peut - selon lui - opérer de transfert sur le psychanalyste, et aucune cure ne serait possible, dans le procédé classique. Ses successeurs tiendront plus ou moins la même position, par exemple dans l'article de Victor Tausk sur la machine à influencer, qui explique les mécanismes à l'œuvre, mais ne donne que peu ou pas du tout de piste pour les traitements.
Psychanalyse Lacanienne
La question de la psychose est importante dans la pensée de Lacan[11]. Il faut, selon lui, installer la psychose dans le registre de l'éthique et du choix de l'infans (de l'imposture du père)[12].[pas clair]
Autres
C'est dans les années 1950 et suivantes que des analystes s'essayeront au traitement des psychotiques : une des précurseurs a été la psychanalyste suisse Marguerite Sechehaye, qui a traité une patiente schizophrène, puis ce sont essentiellement les kleiniens (Herbert Rosenfeld, Donald Meltzer et, en France, Paul-Claude Racamier et autres) qui ont appliqué les théories psychanalytiques aux psychotiques. Harold Searles est emblématique du traitement des schizophrènes par la psychanalyse, il a publié L'Effort pour rendre l'autre fou[13].
Notes et références
- (en) Gelder, Michael (2005). "Psychiatry", P. 12. Oxford University Press Inc., New York. ISBN 9780198528630.
- Beer M D, « Psychosis: from mental disorder to disease concept. », dans Hist Psychiatry, vol. 6, no 22(II), 1995, p. 177-200 [résumé (page consultée le 19 octobre 2006)]
- Douglas Harper, Online Etymology Dictionary, 2001, Online Etymology Dictionary
- Jean Bergeret (psychanalyste) et coll.: Abrégé de psychologie pathologique, Ed.: Masson; Édition, 10e éd., 2008, Coll.: Abrégés, ISBN 2294701747
- La structure du psychotique et le processus pathologique Paul WIENER
- Antoine Porot : Manuel alphabétique de psychiatrie. Ed.: Presses Universitaires de France, 7e édition, 1996, Coll.: Bibliothèque de psychiatrie, ISBN 213047148X
- chapitre intitulé : psychopathologie et maladies du système nerveux central, page 105, Pharmacologie intégrée, Sous la direction de : Clive P. Page, Michael J. Curtis, Morley C. Sutter. traduction de Georges Cheymol, De Boeck université, Bruxelles, 1999.
- Gelder, Mayou & Geddes 2005
- Henri Ey, Traité des Hallucinations, tome 2, Ed. Bibliothèque des Introuvables, 2004 (ISBN 2-84575-244-X)
- Sauf peut-être l'Homme aux rats, qui, pour beaucoup d'analystes[Qui ?], était plus psychotique que névrotique.
- «La psychose selon Lacan: évolution d'un concept.» Corinne Fellahian. L'Harmattan, Paris, 2005.
- « De la paternité et des psychoses: Une étude philosophique et psychanalytique. Tome 2 Du psychotique. » Alain Lefèvre, L'Harmattan, Paris, p.36, 2004.
- Harold Searles (trad. Brigitte Bost, préf. Pierre Fédida), L'effort pour rendre l'autre fou, Paris, Gallimard, coll. « Poche », 2003 (ISBN 2070427633)
Annexes
Articles connexes
- Schizophrénie
- Paranoïa
- Psychose maniaco-dépressive (ou trouble bipolaire)
- Neuroleptique antipsychotique
- Psychothérapie des psychoses
Bibliographie
- Générale
- Marguerite Sechehaye, Journal d'une schizophrène, PUF.
- Henri Ey:
- Hallucinations et Délire, Alcan 1934. réédité: Ed.: L'Harmattan; 2000, (ISBN 2-7384-7843-3)
- Le Problème de la psychogenèse des névroses et des psychoses (avec L. Bonnafé, S. Follin, J. Lacan, J. Rouart), Desclée de Brouwer,1950. Réédition 1977 et 2004 (Tchou)
- Manuel de psychiatrie (avec Bernard et Brisset), Masson 1960, 5 fois réédité.
- Traité des hallucinations, Masson 1973, 2 tomes., 2004 (Tchou), Réédition T.1, Ed.: Bibliothèque des Introuvables, 2006 (ISBN 2-84575-185-0), Tome 2, Ed.: Bibliothèque des Introuvables, 2006, (ISBN 2-84575-186-9)
- Collectif (Vassilis Kapsambelis et al.), « Soigner la psychose », in l'Évolution psychiatrique, oct.-déc. 2008, vol 73, n° 4, Ed.: Elsevier/Masson, (ISBN 978-2-84299-981-0)
- Psychanalytique
- Collectif, Les Psychoses, la perte de la réalité (comprendre; soigner les psychoses), Ed.: Sand & Tchou, 2004, (ISBN 2710705974)
- Luis-Fernando Crespo et Leon Grinberg, L'Identification projective dans les psychoses, L'Harmattan, 2003 (ISBN 2-7475-4397-8)
- Sigmund Freud, Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa, dementia paranoïde, Le Président Schreber, in 5 psychanalyse, PUF
- Evelyne Kestemberg, La Psychose froide, PUF , 2001, (ISBN 2130517986)
- Christian Müller, Études sur la psychothérapie des psychoses (Privat 1982 repris par, L'Harmattan, 1999, (ISBN 273847005X)
- Jacques Lacan, « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose » in Écrits (1966). Editions du Seuil
- « Séminaire sur les psychoses » in Séminaires de Jacques Lacan. Editions du Seuil
- Salomon Resnik, Personne et psychose, Du Hublot, 1999
- David Rosenfeld, Le patient psychotique Aspects de la Personnalité, Avant-Propos O. Kernberg, Préf. Didier Houzel, Hublot, 2005
- Herbert Rosenfeld, États psychotiques, PUF, 1976
- Michel Soulé, Les Traitements des psychoses de l'enfant et de l'adolescent, Centurion, 1992 (ISBN 2227005513)