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Parnasse (littérature)

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Le Parnasse, parfois appelé mouvement parnassien, est un mouvement poétique apparu en France dans la seconde moitié du XIXe siècle qui avait pour but de valoriser l’art poétique par la retenue, l'impersonnalité et le rejet de l'engagement social et politique de l'artiste. Le Parnasse apparaît en réaction aux excès lyriques et sentimentaux du romantisme imités de la poésie de Lamartine et de Musset (voir aussi les romanciers et dramaturges tels que Nerval et Hugo), qui mettent en avant les épanchements sentimentaux aux dépens de la perfection formelle du poème[1]

Pour les Parnassiens l'art n'a pas à être utile ou vertueux et son seul but est la beauté. C'est la théorie de « l'art pour l'art » de Théophile Gautier. Ce mouvement réhabilite aussi le travail acharné et minutieux de l'artiste et il utilise souvent la métaphore de la sculpture pour indiquer la résistance de la « matière poétique ».

Le nom apparaît en 1866 quand l'éditeur Alphonse Lemerre publie le recueil poétique le Parnasse contemporain.

Sommaire

Origine du nom

Le nom Parnasse est, à l'origine, celui d'une montagne de Grèce. Dans la mythologie grecque, ce Mont Parnasse était, comme Delphes, consacré à Apollon et aux neuf Muses, le lieu sacré des poètes. Le Parnasse devenu le séjour symbolique des poètes, fut finalement assimilé à l'ensemble des poètes, puis à la poésie elle-même. Lorsqu’après 1863, il fut question de donner un titre au premier recueil de poésie qui devait faire suite à la revue L'Art de Louis-Xavier de Ricard, plusieurs solutions furent envisagées : Les Impassibles, reprenant un nom utilisé par des adversaires, fut jugé peu pratique ; dans les recueils analogues publiés depuis le XVIe siècle, on pouvait penser aux Parnasses, aux Cabinets de muses, aux Étrennes de l'Hélicon ; Les Poètes français aurait pu convenir, mais une anthologie récente portait déjà ce nom ; quelqu'un, peut-être Leconte de Lisle, aurait proposé La Double cime. On pensa également aux Formistes, aux Fantaisistes et aux Stylistes. Selon Lepelletier, il est probable que l'honneur de l'invention du titre revienne à Marty-Laveaux. Catulle Mendès a aussi revendiqué être l'inventeur du titre, ne l'ayant imaginé qu'en souvenir du Parnasse satirique de Théophile de Viau et d'autres parnasses autrefois publiés.

Histoire du mouvement

Le Parnasse s’est formé 7 ans avant sa naissance officielle dans le cadre de la « Revue Fantaisiste », lancée par Catulle Mendès, puis ensuite en 1863 dans le cadre de la « Revue du Progrès » et de la revue « L’Art » de Ricard. Le mouvement parnassien naît donc officiellement en 1866, lors de la parution de 18 brochures, le Parnasse contemporain, œuvre d’une quarantaine de poètes de l’époque, par l’éditeur Alphonse Lemerre. Leur réunion forma une anthologie poétique du même nom, qui, au cours de la décennie qui suivit, fut suivie par deux autres recueils, du même nom aussi, parus en 1871 et en 1876. Beaucoup de poètes de l'époque ont été publiés dans ces recueils ; d’autres ont accompagné le mouvement durant un certain temps, même si par la suite ceux-ci s’en sont détachés. Parmi eux, on peut noter Rimbaud, Verlaine, Mallarmé ou encore Baudelaire. La dernière édition de 1876 marqua la fin du mouvement à proprement parler ; toutefois l’esprit parnassien persista dans la mesure où certains poètes ont continué à suivre les préceptes du mouvement. Bien que le Parnasse ait vu ses débuts en 1866, certains auteurs, dans les trente ans qui précédèrent, adoptèrent des traits et des caractéristiques de l’écriture parnassienne. Théophile Gautier manifesta, dans la préface de Mademoiselle de Maupin, sa théorie de l’art pour l’art qui sera suivie, en 1857, par sa poésie dans le recueil Émaux et Camées où il présente ce que doit être la poésie. Les parnassiens, qui tiennent Leconte de Lisle pour leur maître, peuvent être divisés en quatre familles complémentaires :

  • Les néoromantiques, parnassiens les plus marqués par le courant romantique bien que celui-ci soit épars dans tout le Parnasse. Il marque notamment Villiers de Lisle-Adam (1838-1889), surtout connu comme poète du rêve et comme romancier, Catulle Mendès (1841-1909), poète, romancier également et dramaturge, ou encore Dierx (1838-1912) et Mallarmé (1842-1898).
  • Les intimistes, également marqués d'un certain romantisme, riment de la prose et se complaisent aux tableaux exigus et soignés. On peut citer Coppée (1842-1908), Mérat (1840-1909), Valade (1841-1884), Lemoyne (1822-1907) ou encore Manuel (1823-1901).
  • Les historiens : Des Essarts, Ricart, Vicomte de Guerne, Plessis, Leconte de Lisle, Baronne de Baye, Heredia etc.
  • Les philosophes : Cazalis, Ménard, Sully-Prudhomme

Caractéristiques du mouvement

L’impersonnalité et le refus du lyrisme

Contre le lyrisme des écrivains romantiques, contre leurs épanchements et leur utilisation récurrente et surabondante du moi, les parnassiens ont préféré favoriser la distance et l’objectivité. L’impersonnalité et le refus du lyrisme sont liés, en effet, l’impersonnalité signifie le non-emploi de « je ». De cette impersonnalité résulte un refus du lyrisme évident car sans « je », il n'y a plus de sentiments personnels. D’autre part, l’objectivité remplace la subjectivité, cela témoigne, une fois encore de l’opposition au lyrisme car l’objectivité implique la neutralité. On retrouve ces éléments dans le désert de Leconte de Lisle dans son recueil poèmes barbares. En effet il est question d’un bédouin et du désert : « Quand le bédouin qui va de l’Horeb en Syrie », cela implique l’exotisme, de plus on remarque une certaine proximité avec les légendes, les rêves : « Il rêve qu’Al-Borak, le cheval glorieux ». On remarque donc les thèmes abordés dans ce poème, ceux-ci sont en accord avec les idées des parnassiens. Ce poème témoigne aussi d’une grande objectivité et impersonnalité puisqu’il n’est absolument pas question de l’auteur et de ses sentiments personnels. On remarque cependant un registre épique qui n’est là que pour mettre en valeur le mythe, la légende « le cheval glorieux l’emporte en hennissant dans la hauteur des cieux ». Ici, « glorieux » et « la hauteur des cieux » sont employés pour témoigner de la grandeur du cheval et de l’importance de cette légende, ce n’est pas l’auteur qui le juge et cela renforce l’impersonnalité dont il fait preuve.

Théorie de l'art pour l'art

En réaction au romantisme qui s'attaquait à des sujets sociaux et politiques, les parnassiens eux ne s'intéressent qu'au beau et donc à l'art pour l'art. Théophile Gautier le dit dans la préface de Mademoiselle de Maupin : «  Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien, tout ce qui est utile est laid. » On voit clairement ici que les parnassiens ne recherchent que le beau et qu’ils rejettent l’engagement que prenaient les romantiques voulant allier l'utile et le beau. Mais d'après les parnassiens ceci est impossible. Ils prônent l'art pour l'art. L'art est art ; rien n’importe si ce n’est le beau donc l'art. C'est pourquoi ils refusent tout engagement politique ou social qu'ils auraient pu transmettre par leurs écrits. Le parnassien voue donc un culte à l'art par l'érudition et la maîtrise de différentes techniques pour arriver au beau qui sera donc l'art. Le parnassien recherche la perfection et cette recherche les mène à être encore plus rigoureux. En effet la métrique est encore plus rigoureuse, on utilise plus le sonnet ou l'alexandrin mais pas seulement, le choix du vocabulaire aussi est rigoureux. C'est la théorie de l'art pour l'art.

Le culte du travail

Le culte du travail est l’un des éléments fondamentaux du parnasse. Il est souvent comparé au sculpteur ou au laboureur qui doit transformer une matière difficile, le langage, en beau par et grâce à un patient travail En effet, chez Lemerre (un éditeur contemporain des parnassiens), on observe la vignette d’un paysan avec inscrit au dessus : « Fac et Spera», ce qui signifie : « agir et espérer ». Cela témoigne de la volonté d’atteindre la perfection, en remettant vingt fois sur le métier son ouvrage, atteindre la perfection grâce à un patient et long travail. Ce qui prime, ce n’est pas l’inspiration comme c’était le cas pour les romantiques, mais le travail en lui-même pour redonner ses lettres de noblesse à la poésie. L’emploi du sonnet témoigne de cet effort de perfection, les disains seront souvent préférés aux alexandrins mais pas oubliés. Dans « l’Art », de Théophile Gautier, on remarque un certain lexique qui témoigne de cet effort de perfection : « Sculpte, lime, cisèle ». Il y a une énumération de verbes qui constituent un effort physique pour parfaire l’œuvre idéale. De plus, ces mots appartiennent au champ lexical de la sculpture, qui rappelle le lien certain qui unit le parnassien avec le sculpteur dans sa quête de la perfection fondée sur le culte du travail.

Les parnassiens

Les précurseurs

Les parnassiens les plus célèbres

Les parnassiens, stricto sensu

Parmi les 99 poètes qui ont contribué aux trois recueils et dont la liste complète figure dans l'article Le Parnasse contemporain, signalons plusieurs qui ont surtout marqué l'histoire littéraire comme romanciers :

Les grands poètes associés

Le mouvement fut accompagné par quelques grands poètes, qui l'ont côtoyé à des titres divers, sans être réductibles à ses thèses, comme :

Influence exercée par les parnassiens

Extrait d’œuvre commenté

Les deux dernières strophes du poème "Vénus de Milo" tiré des "Poèmes antiques" de Leconte de Lisle montrent bien toutes les facettes du Parnasse.

Si mon berceau flottant sur la Thétis antique,
Ne fut point caressé de son tiède cristal ;
Si je n’ai point prié sous le fronton attique,
Beauté victorieuse, à ton autel natal ;


Allume dans mon sein la sublime étincelle,
N’enferme point ma gloire au tombeau soucieux ;
Et fais que ma pensée en rythmes d’or ruisselle,
Comme un divin métal au moule harmonieux.

On remarque que les vers sont tous composés de 12 syllabes, ce sont des alexandrins ; donc des vers parfaitement équilibrés, qui montrent une certaine rigueur. Cette rigueur se manifeste aussi par la ponctuation répétitive ainsi que par les rimes croisées qui s’écrivent de la même façon. Ces strophes sont impersonnelles car le poète ne donne pas son point de vue, elles ne sont pas lyrique et sont non engagées. Ces deux strophes pourraient être interprétées comme une courte prière que le poète adresse à Vénus, déesse de la beauté. Cela montre la théorie de l’art pour l’art qui consiste en une recherche du beau, sans but. Puis lorsqu’on regarde les mots "tombeau soucieux" et "moule harmonieux" ainsi que les vers auxquels ils appartiennent, on observe que l’un se transforme en l’autre ; le poète compare sa "gloire" donc sa poésie à quelque chose de "divin", donc de parfait. Cela nous amène au travail acharné du poète et également à la théorie de l’art pour l’art.

Annexes

Notes

  1. cf. Claude Millet, « Le Parnasse » in Michel Jarrety (dir.), La Poésie en France du Moyen Âge à nos jours, PUF, Quadrige, 2007, p. 349.

Bibliographie

  • Maurice Souriau, Histoire du Parnasse, Éditions Spes, 1929. Réédition Slatkine, Genève, 1977, 466 p.
  • Louis-Xavier de Ricard, Petits mémoires d'un Parnassien et Adolphe Racot, Les Parnassiens, introductions et commentaires de M. Pakenham, présenté par Louis Forestier, Aux Lettres modernes, collection « avant-siècle », 1967.
  • Yann Mortelette, Histoire du Parnasse, Paris, Fayard, 2005, 566 p.
  • Yann Mortelette, Parnasse Mémoire critique, Paris, PUPS, 2006, 444 p.
  • Christophe Carrère, Leconte de Lisle ou la passion du beau, Paris, Fayard, 2009, 674 p.
  • André Thérive, Le Parnasse, édition Paul-Duval, 1929.
  • Luc Decaunes, La Poésie parnassienne. Anthologie, Seghers, 1977.
  • Michel Pierre, La Poésie parnassienne, Foucher.
  • V. Anglard, Les grands mouvements de la littérature française, Paris, Seuil, 1992
  • A. Benoit-Dusausoy et G. Ontaine, Lettres européennes, histoire de la littérature, Paris, De Boeck, 1992
  • N. Casalaspro, La littérature française : les grands auteurs du Moyen-âge à nos jours, Paris, Hachette pratique, 2007
  • A. Lagarde et L. Michard, Les Grands auteurs français, Paris, Bordas, 1966
  • J.-B. Barionan, Catulle Mendès, rapporteur du parnasse, in Magazine Littéraire, n°482, 2009
  • T. Bayle, Panorama littéraire, in Magazine Littéraire, n° 348, 1996

Liens externes

  • Le Parnasse : [1] (page consultée le 25.11.2009)
  • Courants littéraires : Le Parnasse, [2] (page consultée le 25.11.2009)
  • J.I. Ayoub, Le Parnasse [3] (page consultée le 25.11.2009)
  • F. Gadeyne, Le Parnasse, [4] (page consultée le 25.11.2009)
  • J.-P. Leclercq, Le cours de français [5] (page consultée le 25.11.2009)
  • Le Parnasse, [6] (page consultée le 25.11.2009)
  • Le Parnasse, [7] (page consultée le 25.11.2009)
  • J.E. Gadenne, Les principaux mouvements littéraires, [8]
  • Cabanes, XIXe Siècle, [9]
  • Charles Marie René Leconte de Lisle
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