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Morsure de serpent

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Morsure de serpent
Classification et ressources externes
Snake Bite injury.jpg - Wikipedia Orange
Morsure sur un pied
CIM-10 T63.0, T14.1, W59 (non venimeux), X20 (venimeux)
CIM-9 989.5, E905.0, E906.2
DiseasesDB 29733
MedlinePlus 000031
eMedicine med/2143 
MeSH D012909
Wikipédia ne donne pas de conseils médicaux - Wikipedia Orange Mise en garde médicale

Une morsure de serpent est une blessure occasionnée par un serpent, résultant généralement de la pénétration des crochets de cet animal dans le corps, pouvant s'ensuivre d'une envenimation. Bien que la majorité des espèces de serpents ne soient pas venimeuses et étouffent leurs proies par constriction plutôt qu'en les paralysant avec leur venin, on trouve des espèces de serpents venimeux sur tous les continents à l'exception de l'Antarctique. Les serpents mordent pour chasser et attraper leurs proies, mais également pour se défendre. En cas de morsure, il est souvent difficile d'identifier si l'espèce impliquée était venimeuse ou non, et des précautions médicales doivent être prises.

Les conséquences d'une morsure de serpent dépendent de différents facteurs comme l'espèce de serpent impliquée, la région du corps touchée, la quantité de venin injectée et l'état de santé de la personne touchée. Les morsures sont souvent suivies de crises de panique qui peuvent causer des symptômes caractéristiques comme de la tachycardie et des nausées. Les morsures de serpents non-venimeux peuvent également causer des blessures, liées aux plaies causées par les dents de l'animal, ou d'une infection en découlant. Une morsure peut également causer une réaction anaphylactique, pouvant être mortelle. Les recommandations concernant les premiers soins en cas de blessure diffèrent suivant les régions et les serpents que l'on y rencontre, car des traitements efficaces pour soigner les morsures de certaines espèces peuvent se révéler inefficaces pour d'autres.

Le nombre de morts causées par des morsures de serpents varie énormément selon les régions du monde. Ainsi, les morts sont très rares en Australie, en Europe et en Amérique du Nord, alors que les morsures constituent un problème de santé public dans diverses autres régions du monde, avec des morbidités et mortalités associées très élevées. C'est notamment le cas en Asie du Sud et du Sud-Est, et en Afrique subsaharienne, régions où l'on compte le plus de morsures. Le néotropique et les autres régions équatoriales ou subtropicales sont également concernées. Chaque année des dizaines de milliers de personnes meurent suite à des morsures de serpents, mais le risque de morsure peut être limité grâce à certaines mesures préventives, par exemple en portant des chaussures adéquates et en évitant les zones à risque.

Sommaire

Signes et symptômes

 - Wikipedia Orange
Les symptômes les plus courants d'une envenimation quelconque[1],[2]. Toutefois, les symptômes varient beaucoup suivant le type de serpent qui a causé la morsure[1].

Suite à une morsure, on observe généralement chez la victime un état de panique et une instabilité émotionnelle qui peut causer des nausées, des vomissements, des vertiges, de la diarrhée, des évanouissements, de la tachycardie et des frissonnements[3],[4]. La télévision, la littérature et le folklore sont en partie responsable du battage qui suit souvent une morsure, et la victime peut penser même inconsciemment à une mort imminente.

Les morsures sèches, et celles causées par les espèces non-venimeuses, peuvent quand même causer des blessures graves, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord une morsure qui n'est pas traitée correctement peut s'infecter, comme c'est souvent le cas pour les morsures de vipéridés qui sont souvent très profondes. Par ailleurs la morsure peut causer un choc anaphylactique chez certaines personnes, et la salive du serpent peut contenir des pathogènes dangereux comme Clostridium tetani. Ainsi, une morsure négligée peut potentiellement tuer la victime.

La plupart des morsures, par un serpent venimeux ou non, ont des effets locaux. On observe ainsi une douleur et une rougeur dans 90 % des cas, bien que cela dépende de l'endroit du corps touchée[3]. Les morsures de vipéridés et de certains cobras peuvent être très douloureuses, avec un œdème important des tissus touchés dans les cinq minutes qui suivent[5]. La zone touchée peut également saigner et se cloquer, se nécroser parfois. D'autres symptômes liés aux morsures de crotales et de vipéridés sont la léthargie, le saignement, un affaiblissement de la victime, des nausées et des vomissements[3],[5]. Certains symptômes mettent plus en danger la vie de l'individu mordu qui peut développer de l'hypotension, de la tachypnée, une importante tachycardie, une grave hémorragie interne, ou des problèmes aux reins et aux poumons[3],[5]

Paradoxalement, les morsures causées par le crotale de Mojave, les bongares, les serpents corail et le crotale moucheté ne causent pratiquement aucune douleur, alors qu'elles causent de graves blessures[3]. Certaines victimes déclarent percevoir un goût « de gomme », « de menthe » ou « métallique » après avoir été mordues par certaines espèces de serpent à sonnette[3]. Les cobras cracheurs comme le rinkhal peuvent cracher leur venin dans les yeux de leur victime, dont résulte une douleur immédiate, une ophtalmoplégie et parfois la cécité[6],[7].

Les envenimations par certains élapidés d'Australie et la plupart par des vipéridés causent une coagulopathie, qui peut être si importante que la victime peut saigner spontanément de la bouche, du nez, ou même de vieilles blessures qui semblaient guéries[5]. Les organes internes peuvent également saigner, dont le cerveau et les intestins, et provoquer des ecchymoses sur le corps de la victime.

Le venin des élapidés, comme celui des serpents marins, des bongares, des najas, du cobra royal et des mambas, et celui de plusieurs espèces australiennes, contiennent des toxines qui peuvent s'attaquer au système nerveux, causant une neurotoxicité[3],[5],[8]. La personne touchée peut donc avoir des problèmes de vue, comme une vision troublée. Une paresthésie affectant tout le corps et des difficultés à respirer et à parler ont aussi été reportées[3]. Les problèmes du système nerveux peuvent provoquer une multitude d'autres symptômes les plus divers, qui ne peuvent être tous listés. Si la victime n'est pas prise en charge rapidement elle risque de mourir d'insuffisance respiratoire.

Le venin de certains cobras, de presque tous les vipéridés, de certains élapidés d'Australie et de certains serpents de mer causent la nécrose des tissus musculaires[5]. Le tissu musculaire commence à mourir à travers le corps, un phénomène connu sous le nom de rhabdomyolyse. Le rhabdomyolyse peut déboucher sur des problèmes aux reins liés à une accumulation de myoglobine dans les canaux rénaux. Ceci, en plus de l'hypotension, peut conduire à une insuffisance rénale aiguë, et à la mort si elle n'est pas soignée[5].

Pathophysiologie

Morsure

L'envenimation par un serpent dépend de sa volonté, et tous les serpents venimeux sont capables de mordre sans injecter de venin. Ces morsures, appelées morsures sèches ou morsures blanches, permettent aux serpents d'économiser leur venin plutôt que de le passer dans un animal de toute façon trop grand pour qu'ils puissent le manger[9]. Toutefois, le pourcentage de morsures sèches est variable suivant l'espèce, allant de 50 % des morsures pour le timide serpent corail tandis que seulement 25 % des morsures perpétrées par les crotales sont sèches[3]. Certains genres de serpents comme les serpents à sonnettes augmentent très fortement la quantité de venin délivrée dans les morsures défensives par rapport aux morsures de chasse[10].

Certaines morsures sèches peuvent également résulter d'un mauvais timing du serpent, qui relâche son venin avant que ses crochets ne soient plantés dans la chair de sa victime[9]. Même sans venin, certains serpents, notamment ceux de la famille des Boidae et des Pythonidae, peuvent délivrer des morsures relativement graves. Les grands spécimens causent en effet d'importantes plaies, liées au fait que la victime tente de s'échapper. La chair est alors tranchée par les dents, incurvées vers l'arrière et bien plantées dans le corps de la victime. Bien qu'ayant moins de risque d'entraîner la mort qu'une morsure venimeuse, ces morsures peuvent causer des infections si elles ne sont pas soignées correctement.

Tandis que la plupart des serpents doivent ouvrir leur bouche pour mordre, certains serpents d'Afrique et du Moyen Orient appartenant à la famille des Atractaspididae sont capables de faire sortir leurs crochets sur les côtés de leur tête sans ouvrir la gueule[11].

Venin de serpent

On pense que la fabrication et les méthodes de délivrance du venin sont apparus chez les serpents au cours du Miocène[12]. Au milieu du Tertiaire, les serpents étaient de grands prédateurs appartenant à la superfamille des Henophidia, qui chassaient embusqués et tuaient leurs proies par constriction. Lorsque les prairies ont commencé à remplacer les forêts dans différents endroits du monde, certaines familles de serpents se sont adaptées en devenant plus petites et donc plus agiles. Toutefois, il était plus difficile pour ces petits serpents de tuer une proie, et c'est à ce moment qu'est apparu le venin dans leur évolution[12]. D'autres recherches sur les Toxicofera, un hypothétique clade qui pourrait être à l'origine de la plupart des reptiles encore vivants, suggèrent que l'apparition du venin de serpent dans l'évolution pourrait dater de dizaines de millions d'années avant notre ère, au cours du Crétacé supérieur[13].

Le venin des serpents est produit par les glandes parotides, qui sécrètent généralement la salive chez les autres animaux. Le venin est stocké dans des structures appelées alveoli situées derrière les yeux de l'animal, et peut être éjecté par l'intermédiaire des crochets. Le venin est composé de centaines de milliers de protéines et d'enzymes différentes, ayant toutes des propriétés bien particulières, certaines pouvant bloquer le système cardiaque de la proie, d'autres augmenter la perméabilité des tissus et ainsi faciliter l'entrée du venin dans l'organisme.

Le venin de divers serpents, comme les crotales, affectent l'ensemble des organes du corps humain, et peuvent être composés de plusieurs toxines différentes, dont des cytotoxines, hemotoxines, neurotoxines, et myotoxines, pouvant causer des symptômes très divers[3],[14]. On pensait autrefois que le venin d'un serpent ne pouvait comporter qu'un type de toxicité, et être par exemple soit hémotoxique soit neurotoxique, et cette croyance erronée demeure persistante du fait que la littérature mise à jour reste peu répandue. On observe par ailleurs que le venin des serpents d'Asie et d'Amérique est assez bien étudiée, quand on connait assez mal celui des serpents australiens.

La puissance du venin diffère fortement entre les espèces et encore plus suivant les familles, comme on a pu s'en rendre compte en mesurant les DL50 chez la souris. La DL50 peut varier d'un facteur de plus de 140 au sein des élapidés, plus de 100 fois parmi les vipéridés. La quantité de venin produite diffère également suivant les espèces ; la vipère du Gabon peut notamment délivrer 450 à 600 milligrammes de venin en une seule morsure, ce qui constitue un record[15]. Les colubridés opisthoglyphes ont un venin qui peut être potentiellement mortel (comme chez le boomslang) comme à peine remarquable (comme chez Tantilla).

Prévention

 - Wikipedia Orange
Panneau au Sylvan Rodriguez Park à Houston, dans le Texas prévenant de la présence de serpents.

Les serpents mordent généralement quand ils se sentent menacés, surpris, provoqués ou acculés. Une rencontre avec un serpent est toujours considérée comme dangereuse et il est conseillé d'éviter la proximité de cet animal. Il n'est en effet pas facile d'identifier au premier coup d'œil s'il s'agit d'une espèce inoffensive ou non.

Les serpents sont susceptibles de s'approcher des secteurs résidentiels, attirés par des proies comme certains rongeurs. La lutte contre ces derniers peut donc éloigner les serpents des lieux de vie. Il est prudent de connaître les espèces de serpents courantes dans les lieux où l'on est ou où l'on séjourne dans la nature. L'Afrique, l'Australie et le sud de l'Asie abritent de nombreuses espèces de serpents particulièrement dangereuses. Être au courant de la présence de serpents et pouvoir éviter les zones à risque est donc recommandé.

Dans la nature, faire beaucoup de bruit pour créer des vibrations dans le sol peut faire fuir les serpents. Toutefois, cela ne s'applique pas partout, puisque certaines espèces très agressives comme le cobra royal et le mamba noir défendent leur territoire. Quand on se retrouve face à un serpent, il est plutôt conseillé d'être silencieux et de ne pas bouger. Si le serpent ne s'enfuit pas il vaut mieux quitter les lieux précautionneusement et lentement.

Les serpents fuient également les lumières trop violentes comme les feux de camps. Ils peuvent être par contre inhabituellement actif les nuits douces avec des températures dépassant les 21 °C. Il est conseillé de ne pas mettre imprudemment les mains dans un tas de bois, sous un rocher ou dans d'autres abris potentiels pour serpents. Quand on fait de l'escalade, il n'est pas conseillé de saisir des crevasses sans les avoir préalablement examinées.

Les propriétaires d'animaux domestiques ou de serpents doivent savoir qu'un serpent peut causer des blessures et qu'il est toujours nécessaire de faire attention. Aux États-Unis, plus de 40 % des victimes de morsures de serpents l'ont été en manipulant sans précaution leur serpent domestique, ou en tentant de capturer des serpents sauvages, et 40 % de ce nombre avait une alcoolémie supérieur à 0,1 %[16].

Il faut également faire attention aux serpents qui semblent être morts, car certaines espèces peuvent se mettre sur le dos, la langue pendant hors de la bouche, feignant la mort pour éviter une menace. Par ailleurs, la tête coupée d'un serpent peut mordre par réflexe et causer des blessures aussi graves qu'un serpent vivant[3],[17]. Les serpents morts sont également incapables de réguler la quantité de venin injectée, et celle-ci peut être plus importante[18].

Traitement

Il n'est pas facile de déterminer la dangerosité d'une blessure, qui dépend de l'espèce de serpent mais également de la victime. Ainsi une morsure de mocassin à tête cuivrée sur la cheville est une blessure d'importance modérée pour un adulte en bonne santé, mais peut être mortelle si elle est portée sur l'abdomen ou la figure d'un enfant. La gravité des morsures de serpents dépend donc d'une multitude de facteurs : de la taille, la condition physique et la température du serpent, de l'âge et de la condition physique de la victime, de la zone mordue (par exemple pied, torse, veine ou muscle), de la quantité de venin injectée, de la rapidité de la prise en charge de la blessure et de la qualité des soins apportés[3],[19].

Identification du serpent

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Schéma de traces de morsures : à gauche deux morsures par des serpents sans crochets, à droites quatre morsures aux traces de crochets visibles.

L'identification de l'espèce de serpent concernée est importante pour traiter une morsure, mais n'est pas toujours possible et des précautions médicales doivent avant tout être prises[20],[21]. Dans l'idéal il faudrait apporter le serpent mort avec la victime dans un centre de soins, mais dans certaines zones où les morsures sont courantes on peut s'appuyer sur les connaissances des gens. Par ailleurs on dispose au moins dans certains pays d'antivenins polyvalents et l'identification du serpent n'est donc pas une priorité.

Les trois types de serpents venimeux qui causent la majorité des morsures sont les vipéridés, les bongares et les cobras. Savoir quelles espèces vivent à quel endroit peut être crucial, tout comme savoir les symptômes liés à chacune de ces morsures. Des systèmes de notation ont été établis pour identifier le type de morsure suivant des aspects cliniques[22], mais ces systèmes sont très spécifiques à une zone géographique donnée.

Premiers soins

L'attitude à avoir est donc sujette à controverse.

Les premiers soins à apporter varient suivant le type de venin. Certains n'ont que très peu d'effets locaux mais sont mortels du fait de leurs effets systémiques. Dans ce cas il est important de limiter la propagation du venin en faisant pression sur la plaie. D'autres venins au contraire causent d'importants dommages aux tissus de la zone mordue, et une immobilisation par pression risque d'amplifier les dégâts causés, mais permet de limiter tout de même l'aire touchée.

Toutefois, la plupart des guides traitant des premiers soins en cas de morsures sont d'accord sur quelques points :

  1. Protéger la personne d'autres morsures. S'il est parfois intéressant de connaître l'espèce incriminée dans certaines zones géographiques, risquer de se faire mordre ou reporter la prodigation des premiers soins pour essayer de capturer ou de tuer le serpent n'est pas recommandé.
  2. Calmer la personne. Le stress accroît la circulation sanguine et donc la dispersion du venin dans l'organisme ou l'éventuelle hémorragie. Par ailleurs la panique ne permet pas d'avoir un bon jugement sur la situation.
  3. Appeler de l'aide pour assurer un transport rapide vers les urgences de l'hôpital le plus proche, où un antivenin contre les serpents courants dans la région est souvent disponible.
  4. Positionner la personne en s'assurant que la partie mordue est en position fonctionnelle et qu'il soit situé plus bas que le niveau du cœur, afin de limiter le volume de sang retournant au cœur et se dirigeant vers les autres organes du corps.
  5. Ne rien donner à manger ou à boire à la victime. L'absorption d'alcool est particulièrement préjudiciable puisque celui-ci est un vasodilatateur qui accélère l'absorption du venin. Il ne faut administrer ni de stimulants ni d'analgésiques, sauf sur conseil d'un professionnel de la santé.
  6. Retirer tous les objets ou vêtements pouvant contraindre le membre blessé (bague, bracelet, montre, chaussure)
  7. Garder la victime aussi immobile que possible.
  8. Ne pas inciser le site mordu.

Diverses organisations comme l'American Medical Association et l'American Red Cross recommandent de laver la blessure avec du savon et de l'eau, alors que ceci est déconseillé en Australie : des traces de venin laissées sur la peau ou sur les bandages peuvent contribuer à identifier l'espèce de serpent concernée, combinées avec un kit d'identification de morsure de serpent, et permet de déterminer plus rapidement quel antivenin administrer[23].

Immobilisation par pression

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Une vipère de Russell dont on récupère le venin. Les laboratoires utilisent le venin pour produire de l'antivenin, qui est parfois le seul traitement efficace contre des morsures potentiellement mortelles.

En 1979, le National Health and Medical Research Council d'Australie adopte formellement la pression sur la plaie comme la méthode de premier secours à privilégier en cas de morsure[24]. En 2009, les preuves cliniques de l'efficacité de cette méthode restent maigres. Celle-ci se fonde presque exclusivement sur des cas anecdotiques, et la plupart des autorités internationales en la matière se questionnent donc sur son efficacité[24]. Malgré cela, toutes les organisations de premiers secours australiennes continuent à recommander de faire pression sur la plaie, même si tous les particuliers n'y adhérent pas et que seul un tiers des morsures sont traitées de la sorte[24].

Cette méthode est notamment déconseillée pour les morsures aux venins cytotoxiques comme celles des vipéridés[25],[26],[27], mais peut être efficace contre celles aux venins neurotoxiques, comme ceux de la plupart des élapidés[28],[29],[30]. Développée par le chercheur en médecine Struan Sutherland en 1978[31], le but de la pression est de contenir le venin dans le membre mordu, et l'empêcher d'atteindre le système lymphatique et les organes vitaux. Cette thérapie se décline en deux points, la pression pour empêcher le drainage lymphatique, et l'immobilisation du membre touché pour éviter le phénomène de pompage par la contraction des muscles squelettiques.

On utilise généralement un bandage élastique pour faire pression, mais en cas d'urgence n'importe quel vêtement peut faire l'affaire. Le bandage doit commencer quelques centimètres au-dessus de la blessure (entre la morsure et le cœur), l'enroulant progressivement autour du membre en se rapprochant du cœur, puis en faisant de même de l'autre côté de la blessure et l'enroulant autour du pied ou de la main. Le membre doit être ensuite tenu immobile, si possible dans une atèle, et il ne faut pas s'en servir. Le bandage doit être aussi serré que pour une entorse à la cheville. Il ne doit pas couper la circulation, ni trop la réduire ; si le membre s'engourdit il est indiqué de le défaire, et un bandage inconfortable peut inconsciemment faire plier la jambe à la victime, rendant le bandage inutile. L'emplacement de la blessure doit être bien indiqué à l'extérieur du bandage. Certains œdèmes périphériques découlent de cette pratique.

La méthode doit être appliquée le plus tôt possible pour qu'elle soit efficace. Une fois le bandage réalisé, il ne doit pas être retiré avant l'intervention d'un professionnel de la santé. Il peut se montrer parfois suffisamment efficace pour qu'aucun symptôme ne soit visible dans les 24 heures après la morsure, donnant l'illusion d'une morsure sèche. Mais il ne fait que reporter le problème dans le temps, et une fois le bandage retiré le venin va se propager dans l'organisme.

Sérum antivenin

Avant la découverte des sérums antivenins, les morsures de certaines espèces de serpents étaient presque à chaque fois fatales[32]. Malgré d'importantes avancées dans les traitements d'urgence, l'antivenin est souvent le seul traitement efficace contre une envenimation. Le premier antivenin a été créé en 1895 par le physicien français Albert Calmette pour traiter la morsure du cobra indien. On fabrique un antivenin en injectant une faible quantité de venin dans un animal (généralement un cheval ou un agneau) pour créer une réponse immunitaire. Les anticorps qui résultent de cette réaction sont ensuite collectés dans le sang de l'animal.

Un antivenin est injecté par voie intraveineuse, et agit en neutralisant les enzymes du venin. Il ne peut pas toutefois réparer les dommages déjà causés dans l'organisme, et doit donc être injecté le plus tôt possible. Les antivenins modernes sont polyvalents, et un même produit agit contre le venin de nombreuses espèces de serpents. Les industries pharmaceutiques qui produisent les antivenins travaillent généralement sur les espèces présentes dans une aire géographique donnée. Certaines personnes peuvent développer des réactions violentes aux antivenins, comme des chocs anaphylactiques, mais dans des situations d'urgence il est tout de même vivement conseillé de recourir à ce traitement.

Anciens traitements

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Ancien kit de premiers soins contre les morsures de serpents.

Les traitements exposés ci-dessous ont tous été conseillés à un moment ou à un autre, mais sont maintenant considérés comme inefficaces ou même parfois dangereux. Les cas où ces traitements semblent efficaces sont souvent des morsures sèches.

  • L'application d'un garrot sur le membre mordu n'est généralement pas recommandée. Il n'y a pas de preuves convaincantes qu'il soit efficace quand il est utilisé[33]. Les garrots se montrent totalement inefficaces contre les morsures de Crotalus durissus[34], mais certains résultats probant ont été obtenus pour le venin de cobra aux Philippines[35]. Un garrot mal fait est potentiellement dangereux, et peut réduire voire couper la circulation et entraîner une gangrène[33]. Un bandage de compression est aussi efficace et moins dangereux.
  • Entailler la zone mordue, n'est pas recommandé car cela agrandit la plaie et augmente les risques d'infection. On pratiquait de la sorte généralement avant de sucer la plaie.
  • Sucer le venin, par la bouche ou par l'intermédiaire d'une pompe, ne fonctionne pas et peut exacerber les dommages à l'endroit mordu, et ne fonctionne pas forcément[36]. Une succion commencée trois minutes après la morsure permet de retire une quantité médicalement insignifiante de venin — moins d'un millième de la quantité injectée – comme il l'a été montré dans des études sur l'homme[37]. Dans une étude portant sur les porcs, la succion n'était pas seulement inefficace mais causait aussi la nécrose de la zone aspirée[38]. Aspirer par la bouche présente aussi un risque d'empoisonnement par la voie orale à travers les muqueuses[39]. Il y a également un risque d'infection de la plaie.
  • L'immersion dans l'eau chaude ou le lait aigre, suivie de l'application d'une pierre noire, censée pomper le poison comme une éponge pompe l'eau, cependant cette technique ne fait que retirer le peu de venin qui ne s'est pas encore répandu dans le corps, ce qui ne garantit donc pas de sauver la vie.
  • L'application de permanganate de potassium.
  • L'utilisation d'un électrochoc. Bien que toujours conseillée par certains, des tests sur animaux ont montré que cette pratique était inefficace et potentiellement dangereuse[40],[41],[42],[43].

Dans des cas extrêmes, où les victimes se trouvaient dans des endroits isolés, ces tentatives de traitements mal appropriés ont souvent conduit à des blessures plus graves que celle d'origine. Ainsi des garrots trop serrés ont parfois complètement coupé la circulation et causé la mort du membre, qui a du être amputé.

Epidémiologie

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Carte montrant la distribution géographique approximative des serpents dans le monde.
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Carte montrant la morbidité liée aux morsures de serpents dans le monde.

La plupart des morsures sont causées par des serpents non venimeux. Sur les près de3 000 espèces de serpents connues dans le monde, 15 % seulement sont considérées comme dangereuses pour l'homme[44],[3],[45]. On rencontre des serpents sur tous les continents à l'exception de l'Antarctique[44]. La famille la plus largement distribuée, celle des colubridés, comprend environ 700 espèces de serpents venimeux[46] mais seulement cinq genres — Dispholidus, Thelotornis, Rhabdophis, Philodryas et Tachymenis — sont mortels pour l'homme[46].

Étant donné qu'il n'est pas obligatoire de reporter les morsures de serpents dans diverses régions du monde[44], il est très difficile d'estimer leur fréquence au niveau international. Toutefois, on estime que tous les ans 5,4 millions de personnes sont mordues par des serpents, dont 2,5 millions d'envenimations, qui conduisent à environ 125 000 décès[44]. D'autres estimations envisagent entre 1,2 et 5,5 millions de morsures, dont 421 000 à 1,8 millions d'envenimations et entre 20 000 et 94 000 morts[44]. Diverses personnes gardent des séquelles ou des handicaps à vie après une morsure[5].

La plupart des envenimations et décès ont lieu en Asie du Sud, en Asie du Sud-est et en Afrique sub-saharienne, avec l'Inde qui reporte le plus de décès liés à des morsures[44]. En Inde, presque toutes les morts sont causées par quatre espèces : la vipère de Russell, le cobra indien, l'échide carénée et le bongare indien. En Burma 80 % des 1000 décès annuels sont causés par la vipère de Russell. Certains élapidés comme le cobra commun et le cobra royal sont fréquents dans les plantations de thé.

Dans les pays tropicaux d'Amérique du Sud, les serpents du genre Bothrops infligent la majorité des morsures mortelles, avec le fer de lance commun et le terciopelo[5],[47]. Le crotale cascabelle constitue également un danger.

En Afrique, la vipère heurtante est responsable de la plupart des blessures mortelles[48], à part dans le nord du continent où elle est absente et où c'est l'échide carénée qui se montre la plus agressive envers l'homme[47]. La plupart des morsures ont lieu dans des plantations industrielles, où vivent diverses proies habituelles des serpents. Les plantations de bananes sont par exemple associées à des vipères comme les Causus, tandis que les gommiers et les palmiers attirent des élapidés comme les cobras et les mambas noirs[49]. Il y a également des colubridés très venimeux en Afrique, comme le boomslang.

Au Moyen-Orient, les serpents sont un peu plus venimeux qu'en Europe mais les décès reste très rares, avec environ une centaine de morsures mortelles chaque année[49]. Vipera palaestinae et Macrovipera lebetina sont les espèces les plus souvent impliquées dans les morsures[49]. Des élapidés plus gros et plus venimeux comme le cobra égyptien sont également présents.

En Europe, presque tous les serpents responsables d'envenimations appartiennent à la famille des vipéridés, et parmi elles la vipère ottomane, la vipère ammodyte, la vipère aspic, et la vipère de Lataste infligent la majorité des morsures[49]. Bien que l'Europe soit très peuplée, avec une population de 731 millions de personnes, les morsures de serpents ne tuent que 30 personnes par an. Ce faible nombre de décès est fortement lié au bon accès aux soins, mais aussi à la faible dangerosité des espèces présentes dans ces pays[49].

En Australie, le seul continent où les espèces venimeuses sont majoritaires[50], le taïpan du désert, le serpent-tigre et le serpent brun infligent la plupart des morsures venimeuses[49],[50], le dernier étant responsable de presque 60 % des décès liés aux morsures de serpents[50]. Bien que les serpents australiens soient très venimeux, l'accès très large aux antivenins rendent les décès rares, avec seulement quelques morts par an.

Les serpents terrestres sont absents de la plupart des îles du Pacifique[49], toutefois, les serpents marins sont communs dans l'océan Indien et l'océan Pacifique, mais absents de l'océan Atlantique, de la mer des Caraïbes, la Méditerranée ou la mer Rouge[8]. Alors que la majorité des espèces vivent près des côtes ou dans des récifs de coraux, le pélamide peut être rencontré en pleine mer[8]. Plus de la moitié des morsures de serpents de mer, qui ne sont généralement pas agressifs, ont lieu lorsque les pêcheurs tentent de retirer des serpents qui se sont pris dans leurs filets[8],[51]. Les symptômes peuvent apparaître dans les cinq minutes comme dans les huit heures, suivant l'espèce et la zone du corps mordue[8]. Bien que les serpents de mer soient fortement venimeux, environ 80 % des morsures se révèlent être des morsures sèches[8],[52]. La découverte de l'antivenin et les progrès de la médecine ont permis de réduire les blessures mortelles à seulement 3 % des cas[8].

Parmi les 120 espèces de serpents connues en Amérique du Nord, seules 20 sont venimeuses pour l'homme. Celles-ci appartiennent exclusivement à la famille des vipéridés et des élapidés[3]. Toutefois, aux États-Unis, tous les États, à l'exception du Maine, de l'Alaska, et d'Hawaii abritent au moins une espèce venimeuse[3]. La plupart des morsures mortelles du pays sont délivrées par le crotale diamantin et le crotales du Texas[3]. Par ailleurs, la majorité des morsures ont lieu dans la partie sud-ouest du pays, où les populations de serpent à sonnette sont les plus importantes[53]. La Caroline du Nord a la fréquence de morsure la plus élevée, avoisinant 19 morsures pour 100 000 personnes[14]. La moyenne nationale est de 4 morsures pour 100 000 personnes[14].

Dans le monde, les morsures de serpent ont principalement lieu l'été, quand les serpents sont actifs et que les humains passent plus de temps dehors[44],[54]. Les régions tropicales et agricoles reportent le plus de morsures[44],[47]. Les victimes sont généralement des jeunes hommes entre 17 et 27 ans[3],[54],[55]. Les enfants et les personnes âgées sont les plus fragiles et succombent le plus souvent aux graves morsures[3],[19].

Société et culture

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Selon la légende, Cléopâtre VII s'est suicidée en se faisant mordre par un serpent à son sein gauche, ainsi que le représente cette toile de 1911 du peintre hongrois Gyula Benczúr.

Les serpents étaient à la fois révérés et craints dans les anciennes civilisations. Les anciens égyptiens ont prescrit des traitements contre les morsures de serpents dès la XIIIe dynastie égyptienne, comme en témoigne le papyrus de Brooklyn, qui décrit au moins sept espèces de serpents venimeux communs dans la région aujourd'hui, comme les vipères cornues du genre Cerastes[56]. Dans le judaïsme, le Nehushtan est une perche avec un serpent en cuivre enroulé autour, similaire au bâton d'Asclépios. Cet objet sacré avait la réputation de pouvoir soigner les morsures causés par les serpents qui infestaient alors les déserts, les victimes n'ayant qu'à le toucher pour être sauvés d'une mort imminente.

Historiquement, les morsures de serpents sont considérées comme un moyen d'exécution par certaines cultures. Au Moyen-Âge, une des méthodes utilisées pour exécuter une personne condamnée à mort était de la jeter dans une fosse pleine de serpents, la personne décédant des multiples morsures venimeuses qu'elle subissait. Une forme d'exécution similaire existait dans le sud du Han durant la Période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes de Chine, et en Inde[57]. Les morsures de serpents étaient également des formes de suicides, notamment utilisé par la reine égyptienne Cléopâtre VII, qui serait morte de la morsure d'un aspic — ou plus vraisemblablement un cobra égyptien[56],[58] — après avoir appris la mort de Marc-Antoine. Dans le roman d'Antoine de Saint-Exupéry, c'est également la mort choisie par le Petit Prince, « pour rejoindre son étoile ».

L'introduction d'un serpent venimeux à proximité d'une personne pour la tuer est une méthode de meurtre bien présente dans la fiction comme dans Le Ruban moucheté d'Arthur Conan Doyle, mais de telles situations n'ont été reportées qu'à de très rares reprises en réalité[57],[59],[60]. On pense que Boris III de Bulgarie, allié de l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale, a été tué par du venin de serpent[57], mais il n'y a pas de preuves formelles. Au moins un cas de suicide par morsure de serpent a été enregistré dans la littérature médicale, avec une morsure à la main par une vipère heurtante[61].

Annexes

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Notes et références

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