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Monnaie

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Page d'aide sur l'homonymie - Wikipedia Orange Pour les articles homonymes, voir Monnaie (homonymie).

Aristote[1] définit la monnaie par trois fonctions : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges. Depuis la suppression de toute référence à des matières précieuses et la dématérialisation des supports monétaires, et après l’intervention des économistes « nominalistes »[2], les aspects légaux de l'usage de la monnaie (et notamment les droits juridiques qui sont attachés au cours légal et au pouvoir libératoire) sont plus apparents. Ces droits sont fixés par l’État et font de la monnaie une institution constitutionnelle en de multiples pays.

La monnaie est l'instrument de paiement en vigueur en un lieu et à une époque donnée :

  • du fait de la Loi : on parle de cours légal
  • du fait des usages : les agents économiques l'acceptent en règlement d’un achat, d’une prestation ou d'une dette.

La monnaie est censée remplir trois fonctions principales :

En pratique ces fonctions peuvent être assurées par différentes monnaies en circulation simultanée. En France par exemple, avant la mise en circulation du Franc Germinal, l'unité de compte est la livre tournois alors que toutes sortes de monnaies (écu, florin, etc.) non seulement servent aux transactions mais sont employées pour constituer des réserves .

Une monnaie se caractérise par la confiance qu’ont ses utilisateurs dans la persistance de sa valeur et de sa capacité à servir de moyen d'échange. Elle a donc des dimensions sociales, politiques, psychologiques, juridiques et économiques. En période de troubles, de perte de confiance, une monnaie de nécessité peut apparaître.

La monnaie a pris au cours de l'histoire les formes les plus diverses : bœuf, sel, nacre, ambre, métal, papier, etc. Après une très longue période où l'or et l'argent (et divers métaux) en ont été les supports privilégiés, la monnaie est aujourd'hui presque entièrement dématérialisée et circule majoritairement sous des formes scripturales, notamment sur support électronique.

Chaque monnaie est définie, sous le nom de devise, pour une zone monétaire donnée (le plus souvent un État). Elle y prend la forme de dépôts, de billets de banque et de pièces de monnaie, dites aussi monnaie divisionnaire. Les devises s'échangent entre elles dans le cadre du système monétaire international. De facto depuis 1973 où les parités des principales monnaies mondiales cessent d'être défendues et de jure après les accords de la Jamaïque en 1976, les devises ne sont plus étalonnées directement ou indirectement par un poids de métal précieux. Leurs valeurs relatives fluctuent sur un marché international des devises dans le cadre d'un système de changes dits flottants ou flexibles.

En raison de l'importance de la monnaie, les États cherchent très tôt à s'assurer le maximum de pouvoir monétaire : Ils définissent la devise officielle en usage sur leur territoire et font en sorte que cette devise soit symbole et marque de leur puissance. Ils s'arrogent progressivement un peu partout le monopole de l'émission des billets et des pièces et exercent un contrôle sur la création monétaire des banques via la législation et la politique monétaire des banques centrales.

Sommaire

Histoire

Article détaillé : Histoire de la monnaie.

L'utilisation d'un type d'objet privilégié comme des coquillages servant de référence pour l'établissement des prix et utilisé comme moyen d'échange et l'utilisation d'une unité de compte par les scribes des civilisations antiques pour établir une comptabilité précise de leur empire marquent le passage d'une économie de troc à une économie de marché. La plus ancienne monnaie -au sens actuel du terme- fut créée par le roi de Lydie, Gygès, qui en 687 av JC substitue aux lingots d'or des morceaux d'électron ( alliage naturel d'or et d'argent provenant de filons locaux ) dotés des caractéristiques suivantes : poids invariable, formes identiques et marqués d'un signe authentifiant leur étalonnage.

Le développement de la monnaie métallique est parallèle au développement des empires tels l'empire romain et la Chine Qin. La monnaie permet en effet de gouverner à distance et de payer les soldats. Après la chute de l'empire romain, l’usage de la monnaie connaît une régression dans l’Europe du Haut Moyen Âge avec les restrictions au commerce et la mise en place presque partout de systèmes féodaux laissant peu de places aux libertés économiques. Au Moyen Âge, toutes les unités monétaires locales sont définies partout en référence à leur poids d’or ou d’argent. Le monde musulman, s’inspirant du monnayage parthe (IIIe siècle), met en place un système monétaire trimétallique.

A la renaissance avec le développement du commerce la banque moderne fait son apparition. Venise, républicaine et indépendante, devient la plateforme monétaire du monde. Son succès est basé principalement sur l’arbitrage entre les cours respectifs de l’or et de l’argent entre Orient et Occident. Elle assèche l’argent existant en Europe provoquant de nombreuses difficultés monétaires et par ricochet favorisant les manipulations monétaires. En contre partie les rois de France usent de tous les artifices pour fausser en leur faveur le rapport entre valeur nominale des monnaies et teneur en métal. L’histoire monétaire devient celle de la production relative de l’or et de l’argent et des conséquences de la variation des taux d’échange entre ces deux métaux. Ils varieront dans des proportions de 1 à 7 et 1 à 12 entre le XIVe siècle et la fin du XIXe siècle.

Au XXe siècle, la première guerre mondiale marque la fin des monnaies indexées sur les métaux précieux: les états européens continentaux sont dans l'incapacité de rembourser leurs dettes en or. Après la seconde guerre mondiale seul le dollars reste convertible en or. La guerre du Vietnam mettra définitivement fin à l'or comme étalon monétaire. En 1976 avec les accords de Kingston le cours des devises devient flottant. Le régime de change des monnaies entre elles dépend du système monétaire international et de la convertibilité des monnaies. Une monnaie est dite inconvertible quand il est impossible de s’en procurer sur un marché libre.

Les fonctions de la monnaie

Intermédiaire des échanges et des contrats

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Paiement d'une addition dans un restaurant

Intermédiaire des échanges

En l’absence de monnaie, les échanges ne peuvent se réaliser que sous forme de troc d’un bien contre un autre. Pour que deux agents A et B échangent des biens X et Y, il faut que celui qui possède X préfère Y et que celui qui possède Y préfère X. C’est ce qu’on appelle la condition de « double coïncidence des désirs ». Cette condition limite sévèrement le nombre de situations où le troc est possible pour un particulier dans la vie courante.

La monnaie permet de s'affranchir de ces conditions, en constituant un bien qu'on pourra échanger contre tous les autres. Un agent accepte de la monnaie en échange d’un bien qu’il cède parce qu’il sait que les autres agents l’accepteront en échange d’un bien qu’il souhaite acquérir. La monnaie a ainsi toujours une valeur pour tous par la possibilité de l’échanger contre n'importe quel autre bien.

Une opération d'échange d'un bien contre un autre est ainsi dissociée en deux opérations séparées dans le temps : d'abord l'échange du bien possédé contre de la monnaie, et ensuite l'échange de la monnaie contre le bien désiré. La fonction de moyen de paiement, quelquefois présentée comme une quatrième fonction de la monnaie, n'est qu'un aspect de sa fonction d'intermédiaire dans les échanges. En facilitant les échanges, la monnaie est un outil essentiel du commerce libre.

Les contrats

La monnaie facilite aussi le paiement de rémunérations de travailleurs libres qui autrement ne peut se faire qu’au pair ou plus généralement par compensation. Ces dernières méthodes sont lourdes, potentiellement arbitraires et sujettes à contentieux.

La monnaie facilite l’emploi salarié, la division du travail et l'établissement des contrats. Elle donne une expression commode aux obligations privées nées de toutes les sortes de contrat, ou publiques (amendes, taxes, impôts) dès lors que la puissance publique lui donne un pouvoir libératoire.

C’est une institution fondamentale pour l’économie des sociétés modernes fondées sur la liberté du travail, des productions, de la consommation et de l’épargne.

Réserve de valeur

Par réserve de valeur, on entend la capacité que possède un instrument financier ou réel de transférer du pouvoir d'achat dans le temps. Ainsi, un bien immobilier constitue une réserve de valeur puisqu'il peut être acheté aujourd'hui et revendu dans le futur en procurant un pouvoir d'achat à son détenteur. On appelle cela un actif réel par opposition à la notion d'actifs financiers ou de titres, dont les actions et les obligations font partie.

La capacité de la monnaie est pratiquement garantie à court terme : il est rare qu'elle soit amputée fortement de sa valeur du jour au lendemain, même si cela s'est déjà produit. À plus long terme le pouvoir d’achat de l’unité monétaire est réduit par l’inflation. Pour échapper à ce phénomène, les épargnants cherchent à placer leur épargne plutôt qu’à la conserver sous forme de monnaie, sauf en cas de panique.

La thésaurisation de la monnaie est le placement le plus liquide. La propension collective à conserver plus ou moins « liquide » son épargne conditionne tous les marchés financiers et est suivie avec attention par les autorités monétaires. Lorsque les agents économiques accroissent leurs encaisses, c’est qu’ils se détournent des placements et la conséquence la plus fréquente est une restriction du crédit. Les paniques financières se manifestent par des ruées vers la liquidité qui déstabilisent gravement l’activité des banques et des entreprises.

Unité de compte

Article détaillé : Unité de compte .

La monnaie est une unité de compte, un moyen standardisé d’expression de la valeur des flux et des stocks. On parle de calcul économique quand cette évaluation est faite a priori et de comptabilité quand elle est faite a posteriori. Il existe des unités de compte qui ne sont pas de la monnaie.

Les formes actuelles de la monnaie

Article connexe : Devise (monnaie).

La monnaie fiduciaire

Article détaillé : Monnaie fiduciaire.

Une monnaie fiduciaire (du latin fides, la confiance) est une monnaie (ou plus généralement un instrument financier) dont la valeur repose sur la confiance du public en sa valeur et dont l'usage est encadré par la loi. Généralement ce terme est utilisé pour désigner les pièces et billets émis par une banque centrale. Aujourd'hui, la plupart des monnaies nationales (incluant l'euro et le dollar américain qui n'est plus convertible en or depuis 1976) sont des monnaies fiduciaires.

La valeur n'est manifestement pas intrinsèque, en effet le coût de la matière qui lui sert de support est négligeable. Dans un billet de banque (a fortiori dans une monnaie électronique) la valeur matière est nettement plus faible que la valeur nominale (faciale) attribuée au billet. Le prix du papier ou de l'encre inclus dans un billet de 10 euros est très inférieur à 10 euros. La croyance qu'un billet de 10 euros vaut bien 10 euros provient du constat qu'à tout moment ce billet permet bien d'acquérir un bien ou un service dont le prix a été fixé à 10 euros.

La monnaie scripturale

Article détaillé : Monnaie scripturale.

La monnaie scripturale, littéralement écrite, est constituée des dépôts bancaires sur les comptes courants dans les banques commerciales. Ces écritures longtemps tenues dans des registres sont maintenant gérées par informatique[3]. Ils forment l'essentiel de la masse monétaire, très loin devant les billets et les pièces.

Le support électronique

Article détaillé : Monnaie électronique.

Avec le développement des outils informatiques on assiste à une virtualisation de la monnaie. Alors que la carte de crédit a déplacé la banque sur le lieu de transaction, la monnaie électronique entraine la suppression de l'organisme de contrôle lors de l'échange. Aussi le droit limite fortement l'usage de la monnaie électronique à cause des risques de fraude qu'elle pose.

Les quasi monnaies et les mesures de la masse monétaire

Article détaillé : Masse monétaire.

La masse monétaire est une mesure de la quantité de monnaie en circulation. À l'origine la masse monétaire correspondait aux réserves d'or disponibles dans le coffre de la banque centrale. Mais l’abandon de l'étalon or et le développement de la monnaie scripturale nécessitent une mesure de la masse monétaire. En fait il existe plusieurs masses monétaires selon les types de compte qui sont comptabilisés. En effet si un compte courant créditeur représente une dette d'une banque vis-à-vis d'une personne (la banque est engagée par la loi à fournir au détenteur du compte la somme créditée en billets de banque), il existe d'autres types de compte bancaire comme le livret A et plus généralement d'autres types de dette. Ainsi on distingue les masses monétaires:

  • M0 appelée aussi base monétaire ou monnaie centrale représente l'ensemble des engagements monétaires d'une banque centrale (pièces et billets en circulation, avoirs en monnaie scripturale comptabilisée par la banque centrale).
  • M1 correspond aux billets, pièces et dépôts à vue.
  • M2 correspond à M1 plus les dépôts à termes inférieurs ou égaux à deux ans et les dépôts assortis d'un préavis de remboursement inférieur ou égal à trois mois (comme, par exemple, pour la France, le livret jeune ou le CODEVI, les livrets A et bleu, le compte d'épargne logement, le livret d'épargne populaire...).
  • M3 correspond à M2 plus les instruments négociables sur le marché monétaire émis par les institutions financières monétaires (IFM), et qui représentent des avoirs dont le degré de liquidité est élevé avec peu de risque de perte de capital en cas de liquidation (ex : OPCVM monétaire, certificat de dépôt, créance inférieure ou égale à deux ans).
  • M4 correspond à M3 plus les Bons du Trésor, les billets de trésorerie et les bons à moyen terme émis par les sociétés non financières.

La création de la monnaie

Article détaillé : Création monétaire .

Principes généraux

Dans le système monétaire actuel, la monnaie est essentiellement scripturale (environ 90 %) : elle est créée par les banques par un jeu d'écritures, sur simple demande, et dans certaines limites, en échange d'une promesse de remboursement (dette). Il y a création monétaire lors de l'octroi d'un crédit, et destruction monétaire lors du remboursement de ce crédit. La masse monétaire totale ne correspond pourtant pas aux en-cours de crédit, ceux ci étant fortement gonflés par rapport à celle-là par les intérêts cumulés.

Le jeu d'écritures consiste en l'inscription par le banquier en ses livres du montant du crédit d'un côté à l'actif (détention d'une créance) et de l'autre au passif (approvisionnement d'un compte).

Les limites à la création de monnaie sont gérées par le montant de réserve que la banque doit posséder en dépôt dans ses livres à chaque octroi de nouveau crédit. Ce montant est généralement compris entre 2 % et 10 %.

La création de monnaie scripturale par le crédit bancaire

Article détaillé : Effet multiplicateur du crédit.

Le pouvoir du système bancaire dans son ensemble de créer de la monnaie apparait bien si pour simplifier on considère l'ensemble du système bancaire comme une banque unique. Tout prêt à un agent est dépensé et la monnaie sort du compte du déposant concerné mais la monnaie revient à la banque, dans les comptes des fournisseurs ou prestataires, qui dispose à nouveau de la liquidité nécessaire à d'autres prêts.

Les banques, collectivement, disposent donc d’une possibilité remarquable : l’expansion de leur actif (par émission de créances accordées aux Agents Non Financiers – ANF), entraine instantanément celle de leur passif à l’équivalence (les dépôts à vue).

Mais l’expansion du passif est limitée car il existe des possibilités organisées ou spontanées de ponction sur leur circuit monétaire propre. Ces « fuites » sont :

  • la demande de monnaie fiduciaire (pièces et billets) qui est actuellement estimée à 15 % dans la zone euro ;
  • les réserves obligatoires (pourcentage des dépôts, actuellement de 2 % dans la zone euro).

Exemple :

Imaginons que la demande de monnaie fiduciaire est constatée à 20 % des dépôts, que les réserves obligatoires soient de 8 % et que les banques disposent de réserves excédentaires auprès de la banque centrale pour un montant de 100.

S’il y a demande de crédit des ANF, elles peuvent accorder un nouveau crédit de 100, et, en assurant le total des fuites de 28, il leur restera 72 de réserves excédentaires.

Ces réserves vont, à leur tour, permettre 72 de nouveaux crédits, et le total des fuites sera de 20,2, le solde des réserve deviendra 51,9.

Ainsi de suite pour arriver à ce que les réserves excédentaires soient de 0, puisque le total des fuites sera de 100.

Dans cet exemple, au total, à partir de 100 de monnaie centrale, les banques auront créé 357, 71,4 se retrouveront en monnaie fiduciaire, 28,6 en réserves obligatoires auprès de la banque centrale et le retour des dépôts dans le système bancaire sera de 285,6.

Il y a donc bien création de monnaie par le système bancaire à partir du montant de monnaie centrale dont elles disposent (base monétaire).

Cette création n’est pas sans limite.

Le potentiel de création de monnaie se réduit au fur et à mesure des crédits émis : la multiplication du crédit comme nous l'avons vu finit par s'arrêter.

La formule du multiplicateur de crédit du système bancaire est:

k = 1 / b + h (1-b)

avec b, coefficient de fuite sous forme de billets, et h le coefficient de fuite des réserves obligatoires.

Sachant que dans la zone euro b = 15 % et h = 2 %, le système bancaire ne peut multiplier le crédit qu'au maximum 5,48 fois.

Les banques commerciales sont tenues également à des règles dites prudentielles (Bâle 2 – ratio Mac Donought) afin que les crédits qu’elles font ne dépassent pas différents ratios par rapport aux fonds propres et aux dépôts de leur clientèle. L'extension de la titrisation et des opérations hors bilan leur a permis largement ces dix dernières années d'échapper à ces contraintes.

Pour limiter l’expansion du crédit et donc de la masse monétaire, la banque centrale peut agir pour réduire la liquidité générale (opération d'open market) ou augmenter les taux de refinancement en monnaie centrale (ce levier a été le moyen privilégié de contrôle de la plupart des banques centrales ces dernières années).

Dans certaines formes d'organisation du contrôle bancaire, les autorités peuvent aussi agir directement sur la quantité de crédit offerte par les banques. C’était par exemple le cas en France dans le cadre des lois Debré dans les années soixante.

Les crédits doivent être remboursés. Lorsqu’ils le sont la destruction monétaire suit exactement les mêmes règles que la création dans le sens contraire. L’activité monétaire de crédit joue donc dans les deux sens. Si globalement les banquiers freinent puis réduisent leurs crédits il y aura diminution de la masse monétaire.

La création monétaire globale des banques dépendra donc à la fois :

  • Du désir d'encaisse liquide des agents économiques qui dépend étroitement de leurs anticipations en matière de revenu, d'épargne, d'inflation ainsi que de l'idée qu'ils se font de la solidité des placements possibles.
  • Des anticipations des banquiers qui, selon la conjoncture, privilégieront l'extension ou la défense de leur bilan.
  • De l'action des autorités de régulation, par la règlementation ou par l'intervention.
  • Des autres sources de création monétaire qui l'alimentent plus ou moins généreusement en dépôts (solde de balance des paiements, création monétaire par le trésor public là où elle est possible).

Cette complexité où la confiance et les facteurs psychologiques jouent un rôle important, explique l'instabilité associée à la création monétaire des banques et son rôle dans les mouvements de la conjoncture et dans le cycle économique.

Le marché monétaire

Lorsqu’une banque prête de l'épargne pré-existante ou crée de la nouvelle monnaie scripturale à la suite d'un crédit accordé, elle crédite le compte à vue de son client qui va dépenser cette monnaie, c'est-à-dire la virer aux comptes à vue de ses fournisseurs et salariés, une fraction seulement des comptes des bénéficiaires étant tenus par cette banque. À l'inverse, la banque peut recevoir, dans les comptes de dépôts de ses clients, les montants correspondant aux achats effectués par les clients d’autres banques.

Les banques doivent faire face aux fuites correspondantes aux besoins de monnaie banque centrale : réserves obligatoires (2 % dans la zone euro) et demande de monnaie fiduciaire (estimé en moyenne à 15 % des dépôts à vue, mais variable suivant les périodes et les lieux). Si chaque banque accorde des crédits en fonction de ses parts de marché de dépôts, les fuites se compensent et le marché bancaire est équilibré. Mais si ce n'est pas le cas, pour ajuster leur trésorerie en monnaie banque centrale, les banques vont se tourner vers le marché monétaire (Euribor, par exemple) qui leur permettra de placer, auprès des autres banques et établissements financiers, leurs excédents ou d’obtenir d'eux le financement de leurs besoins de monnaie centrale, après compensation journalière des mouvements entre banques.

Les interventions de la banque centrale sur ce marché correspondent au « refinancement ».

Les opérations de la banque centrale sur les taux d’escompte et les opérations d’open market, conjointement avec les règles de mises en pension de certains actifs monétaires, sont censées réguler ce marché. Du fait d’une abondance excessive de liquidité des établissements financiers, les taux du marché peuvent devenir inférieurs aux taux de refinancement de la banque centrale. En cas de tension sur le marché monétaire, une mise à disposition de liquidité (refinancement) par la banque centrale est de nature à réguler la situation.

Lorsque (comme ce fut le cas en 2008) aucune banque ne fait plus confiance aux autres, il advient un blocage des prêts inter bancaires ou un taux de prêt trop élevé. Cette situation bloque le marché monétaire et impose des refinancements massifs par les banques centrales pour permettre aux banques commerciales d'assurer leurs besoins de monnaie centrale.


Théories économiques

La pensée sur la monnaie traduit depuis toujours les oscillations de la pensée économique entre une approche théorique, neutre, conforme aux exigences de l’approche scientifique, quantifiée et cherchant à isoler des objets précisément et clairement définis, et permettant de définir des lois vérifiables, et des soucis doctrinaux largement liés aux intérêts des acteurs économiques, faisant intervenir des considérations éthiques, politiques et sociales, affirmant des attitudes et imposant des jugements et des politiques.

Comme toute science, la théorie économique cherche à établir des liens entre les grandeurs qu’elle définit :

  • Monnaie et prix (inflation et déflation)
C’est la théorie la plus ancienne, la plus débattue, la plus perfectionnée et la plus modélisée, sous le nom de théorie quantitative de la monnaie et des prix.
  • Monnaie et croissance
  • Monnaie et cycles économiques
  • Monnaie et salaires
  • Monnaie et formation de capital
  • Monnaie, change et taux d’intérêt

Les balbutiements

« Les premières réponses constituaient des vues doctrinales, des règles juridiques, des préceptes moraux et des recettes politiques » (Alain Barrère, Histoire de la pensée économique). Le normatif l’emporte le plus souvent sur l’analyse.

Aristote d'abord dans La Politique, puis dans l'Éthique à Nicomaque propose une vision fonctionnaliste de la monnaie, mais également philosophique et morale. La poursuite du gain d’argent pour lui-même, la chrématistique, est néfaste. Dans l’échange monétaire, l’important ce n’est pas la monnaie. La monnaie est en elle-même stérile.

Caton et Varron, assez représentatifs de la mentalité romaine, placent l’agriculture au-dessus du commerce et condamnent le prêt à intérêt, donc le commerce de l’argent, même si dans la pratique (non théorisée), les monetarii font le commerce de l’argent et pratiquent le prêt à intérêt, en même temps que les autorités manipulent les monnaies.

Les canonistes médiévaux posent la question du bien commun, notamment à travers les travaux de saint Thomas d'Aquin et de ses réflexions sur la nécessité de la propriété privée, essentielle à l’apparition d’un droit monétaire individualiste, et de la recherche du juste prix dans les échanges. Ils se rangent aux conceptions d’Aristote sur la stérilité de la monnaie et interdisent conformément au dogme théologique le prêt à intérêt, interdiction qui entre dans le droit civil pour des siècles. La possibilité de la monnaie d’aider la spéculation, déjà entrevue et condamnée par Aristote, génère une méfiance séculaire, source de nombreuses interdictions. Le prêt à intérêt ne sera pratiqué pendant longtemps que par les Syriaques (chrétiens d’orient) et plus tard par les Juifs.

Nicolas Oresme, évêque de Lisieux, précepteur et conseiller de Charles V, publie en 1366 « de origine natura, jure et mutationibus monétarum » qui est le premier texte de politique monétaire destiné au Prince. Il explique le rôle de la monnaie et l’amoralité de ses altérations. Il donne une première analyse des conditions de fonctionnement d’un système bimétallique.

Le mercantilisme et la monnaie

Les conceptions mercantilistes dominent de 1450 à 1750. Contemporaines de l’émergence des grands États modernes, de la réforme religieuse, d’une montée des échanges et de la production, de la découverte des Amériques et des Indes, d’un gonflement de la richesse mobilière plus rapide que celui de la richesse liée à l’exploitation de la terre, elles posent la question de la richesse du Prince donc de celle de la nation.

Avec l’abondance des métaux précieux en provenance des mines d’Amérique du Sud se posent de nombreuses questions comme la relation entre cette abondance et la hausse des prix très forte que l’on constate partout en Europe, le bien fondé des politiques commerciales qui laissent s’échapper le métal à l’étranger et donc la question de l’accumulation ou de la circulation des espèces. Ces réalités conduisent à une intense réflexion sur le rôle des monnaies et la législation qui s’impose aux échanges monétaires.

Des thèses font valoir que le marchand est puissant parce que riche d’espèces monétaires et que la puissance du prince est d’accumuler également les signes monétaires pour financer ses ambitions. D’autres soulignent qu’il s’agit d’une illusion, l’illusion chrysohédonique, et que la vraie richesse est ailleurs.

Au XVIe siècle, Copernic donne la première formulation de la théorie quantitative de la monnaie : « la monnaie se déprécie quand elle devient trop abondante », qui sera reprise par l'École de Salamanque et développée par Jean Bodin, qui publie en 1568 « Réponse à M. de Malestroit » puis au XVIIe siècle par John Locke et David Hume. Thomas Gresham donne son nom à une loi qui restera célèbre : l’abondance monétaire artificielle créée par des altérations politiques est une illusion car la « mauvaise monnaie chasse la bonne ». En fait c'est Copernic qui l'avait formulée d'une façon explicite un siècle plus tôt : « Une plus grande faute, consiste à introduire à côté d'une ancienne bonne monnaie, une nouvelle monnaie mauvaise, car, non seulement celle-ci déprécie l'ancienne, mais, pour ainsi dire, elle la chasse. »[4]

L’activité manufacturière considérée dans un premier temps comme le moyen d’accumuler de la monnaie, par un renversement de point de vue remarquable, devient un objectif per se, la monnaie abondante et peu chère en étant le moyen. Ces conceptions triomphent notamment en Angleterre et dans ses colonies à la fin du XVIe siècle et au début du suivant. Elles peuvent se résumer par cette règle : l’abondance de la monnaie et un taux convenable d’intérêt sont deux facteurs du développement de l’activité. Ce sont ces conceptions qui conduiront à la constitution de banque d’émission des billets comme complément et finalement substitut des monnaies métalliques.

Mais pendant toute la période des idées contraires sont proposées : Antoine de Montchrestien (1576-1621) publie en 1615 son « traité d’économie politique », imposant le nom de la nouvelle discipline, qui défend le nationalisme économique, les restrictions au commerce et exprime une grande méfiance vis-à-vis de l’excès de monnaie qui hausse les prix et déséquilibre les échanges extérieurs. Il souligne la nécessité d’une intervention forte de l’État.

Les débuts de la science économique et la formation d’une doctrine monétaire orthodoxe

Alors que le mercantilisme et notamment le bullionisme voyaient dans la monnaie l’essence même de la richesse, les physiocrates et leurs successeurs jusqu'à la fin du XIXe siècle mettent l’accent sur sa fonction de moyen d’échange et réservent la dénomination de « richesses » aux seuls biens réels.

François Quesnay, Richard Cantillon, Turgot, Adam Smith, Jean-Baptiste Say, David Ricardo, John Stuart Mill… les grands auteurs de la science économique de l’époque, s’accordent sur les positions suivantes :

  • La seule vraie monnaie est la monnaie métallique. Les billets de banques et les dépôts ne sont pas de la monnaie, mais des substituts ou des dérivés, Irving Fisher dira des « succédanés ».
  • La création monétaire a pour effet d’une part d’altérer le niveau général des prix, et d’autre part de transférer des richesses vers ceux qui reçoivent cette monnaie au détriment de tous les autres (effet Cantillon), ce qui n’est pas souhaitable.

La théorie quantitative de la monnaie de Jean Bodin étendue par David Ricardo devient officielle et la seule enseignée. Karl Marx aussi abonde dans ce sens en déclarant que la monnaie masque la réalité des rapports de production.

Ces positions ont été interprétées par certains commentateurs du XXe siècle comme un désintérêt pour les questions monétaires, qui auraient été éliminées du courant principal des réflexions, alors qu’en réalité tous les auteurs ci-dessus leur consacrent plusieurs chapitres de leurs ouvrages. Ces mêmes commentateurs prêtent aussi aux auteurs du XIXe siècle l’idée que la monnaie serait « neutre », alors qu’au contraire ils analysent en détail, pour les dénoncer, les effets des variations de la masse monétaire. Ce n’est que chez Walras que la monnaie disparaît complètement du raisonnement économique.

Cette doctrine atteint son apogée entre 1873 et 1913 avec la généralisation de l’étalon-or partout en Occident et l’achèvement du mouvement d’établissement des banques centrales avec la création du système de réserve fédéral américain en 1913.

Avant que la guerre de 1914 puis la crise de 1929 remettent en cause cette orthodoxie, divers auteurs en contestent l’essentiel. Par exemple, selon Malthus une hausse de la circulation monétaire est favorable à l’activité et à l’emploi.

Clément Juglar (1862) met en évidence un cycle économique qu'il explique par le dérèglement du crédit.

La démonétisation de l’argent au profit exclusif de l'or conduit à de très nombreuses protestations politiques ou théoriques fondées essentiellement sur l’affirmation que la réduction de la quantité de monnaie est néfaste aux affaires. L’abondance monétaire est mieux assurée avec deux métaux. Milton Friedman, bien plus tard, donnera sa caution à cette thèse dans son livre « Money mischief ».

Les nominalistes contestent que la monnaie ne puisse être que métallique et que sa valeur soit intrinsèque. Marcel Mongin en 1887 affirme que la monnaie est un « bon d’achat », en terme moderne une créance sur l’économie et qu’elle peut s’exercer par tout support ad hoc bien géré. F. Knapp établit que la monnaie ne se manifeste pas seulement par sa Wert (pouvoir d’achat), mais aussi par sa Geltung (pouvoir libérateur à l’égard des dettes contractées précédemment) ; pour lui c’est l’État qui fixe la Geltung et le marché la Wert.

Joseph Schumpeter en 1911 dans « théorie de l’évolution économique » met en avant le rôle des entrepreneurs et signale que l’expansion du crédit, donc de la monnaie, est indispensable à l’investissement donc à l’activité et la croissance. La monnaie cesse d’être neutre et devient une condition de l’expansion économique.

Knut Wicksell observe pour sa part qu'à la fin du XIXe siècle les prix restaient déprimés alors que les taux d’intérêt étaient très bas. Il démontre la contradiction entre la loi des débouchés de Say, et la théorie quantitative de la monnaie (formulée par Irving Fisher) à laquelle il s'oppose. Il fait apparaître des notions nouvelles comme les contradictions possibles entre le marché des biens de consommations et celui des biens de production et les effets cumulatifs, un trouble initial pouvant prend une ampleur cumulative et s’aggraver de façon accélérée.

Bertrand Nogaro constate que le prix des métaux dépend du fait qu’ils sont ou non monétisés. Donc la valeur de la monnaie n’est pas liée à une valeur intrinsèque du métal. La démonétisation de l’argent, contemporaine de ses écrits, lui en donne une ample confirmation. La monnaie n’est pas « une marchandise ordinaire ». En même temps il prouve que la hausse des prix en cas d’abondance monétaire n’est ni générale, ni uniforme, ni inconditionnelle.

Les troubles monétaires après la guerre de 1914 et la montée du keynésianisme

La première guerre mondiale et industrielle avec ses énormes prélèvements en hommes et en richesses en même temps que la déstabilisation totale des relations économiques internationales qu’elle provoque, va signer l’échec des pratiques issues des doctrines dominantes avant guerre et provoquer un renouvellement complet de la pensée monétaire. La main passe aux partisans de l’activisme monétaire et au delà de l'interventionnisme des États.

Les États après guerre ne parviennent pas à rétablir l’étalon-or et doivent faire face à des crises multiples (hyperinflation en Autriche et en Allemagne), récession de 1921 aux États-Unis et dans une grande partie du monde, en même temps que des guerres et des révolutions continuent un peu partout. La conférence d’Athènes au début des années 1920 met en place un système de Gold Exchange, qui fonctionne mal. La tentative de restauration de la monnaie anglaise sur des bases surévaluées provoque une récession. On parle encore « d’assainissement » des diverses monnaies quand la crise de 1929 survient et prouve l’incapacité des banques centrales à éviter la récession. Pour certains [5] elles ont même eu une certaine propension à l’aggraver.

Sur les ruines du modèle prévalent en 1900 s’installe une nouvelle orthodoxie autour de l’œuvre majeure de John Maynard Keynes : « théorie générale de l’emploi de l’intérêt et de la monnaie » publiée en 1936, trop tard pour être d’un intérêt pratique pour sortir de la dépression, mais dont la propagation rapide en fera le guide des politiques économiques d’après guerre. Keynes fait valoir que la loi de Say (pour simplifier : l’offre fournit les moyens de sa propre demande) est fausse et qu’on peut aboutir à des situations de chômage par insuffisance de la demande globale. L’action par les taux d’intérêt pour ranimer la conjoncture est inefficace et il faut une politique macro économique conduite par les gouvernements pour assurer le plein emploi.

Ces idées devenues dominantes à travers le monde conduiront à une extension ininterrompue et massive de la place de l’État dans l’économie et à une hausse corrélative des impôts, de la dépense publique et de la dette publique. En France, par exemple, en 2006, la dépense publique est supérieure à la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand[6]. Ce mouvement général dans les économies développées suscitera une réaction conservatrice.

Les changes flottants et la domination des idées de Friedman

La période de croissance continue et d’inflation modérée appelées «les trente glorieuses » construite sur les idées keynésiennes s’arrête après la crise mondiale de 1973-1974, la plus dure depuis la guerre, et la période de stagnation et d’inflation, appelée stagflation, qui s’en suit pendant une dizaine d'années. L’échec de toutes les « relances keynésiennes » dans les années 1970 conduit à un retour en grâce des thèses monétaristes sur la base des travaux de l’école autrichienne, très influencée par l’hyperinflation autrichienne qui a suivi la fin de la guerre de 1914 et qui précédera celle de l’Allemagne. Elles cherchent à montrer que l’État en matière monétaire ne sait guère faire mieux que provoquer des crises.

Carl Menger reconnaît le rôle central de la monnaie et décrit son invention comme celle d'un ordre spontané. Les différents moyens d'échange primitifs ont été progressivement supplantés par ceux qui étaient les plus durables, les plus commodes à utiliser et dont la valeur était la plus pérenne à cause de leur rareté, c'est-à-dire les métaux précieux. Toutes les fonctions de la monnaie sont des aspects ou des conséquences de sa fonction de moyen d'échange. Cette attitude cohérente avec celle des classiques est développée par les économistes de la tradition autrichienne, dont Ludwig von Mises qui voit dans la création excessive de monnaie et de crédit par l'État l'origine unique des crises économiques.


Ils sont relayés par les écrits éloquents de Milton Friedman et des économistes de l’école de Chicago. Ils dénoncent comme illusoires les politiques de relance monétaire et intenables les changes fixes.

Ces conceptions ont conforté le système de changes flottants qui s’est instauré de facto depuis l’explosion du système de Bretton-Woods en 1971 et les politiques libérales de dérégulation financières et monétaires qui ont été largement mises en place ultérieurement, en dépit de protestations théoriques vives comme celle du Français Maurice Allais qui critique les changes flottants et les risques d’une nouvelle crise globale de crédit : « Ce qui doit arriver arrive », écrit-il.

Les incertitudes actuelles

La crise bancaire et monétaire qui se développe depuis l’été 2007 est traitée par des moyens monétaires (l’injection massive de liquidité) et macro économiques (déficit record, plan de relance d’investissement, distribution de pouvoir d’achat par baisses fiscales) qui font l’impasse sur les thèses de Milton Friedman et remettent les thèses de Keynes au premier plan.

Dans un contexte de changes flottants, de mondialisation quasi-totale des échanges et de perfectionnement des produits financiers, la théorie monétaire, largement émiettée, ne permet pas de préjuger de leur validité.

La monnaie comme quantité conservatrice

Article détaillé : Éconophysique.

La quantité de monnaie est conservée lors d'un échange économique à l'exception de la création d'une dette (voir aussi Atomicité (économie)). Or les sciences physiques, en particulier la physique statistique, ont développé le formalisme nécessaire pour étudier des processus complexes similaires, notamment les notions d'énergie et d'entropie. La conservation de la monnaie lors des échanges économiques implique que la monnaie tend à se répartir entre les agents économiques suivant une distribution exponentielle indépendamment de la nature des échanges. En l’absence de dette, cette distribution ne dépend que de la quantité de monnaie moyenne par agent et en présence de dette (monnaie négative) elle dépend aussi du niveau de dette autorisée.[7]

Les grandes querelles politiques autour de la monnaie

La querelle entre banking principle et currency principle

La question est : quelles sont les règles à appliquer à l’émission des billets de banque ? La querelle se produit en Angleterre, d'abord en 1810 quand la banque d'Angleterre suspend la convertibilité en métal de ses billets, puis dans les années 1840 à la suite d’une crise bancaire qui a vu la faillite de plusieurs banques, puis encore, aux États-Unis, dans les années 1870 à propos des greenbacks (Demand Note et United States Note).

Le currency principle dispose que les billets remplacent les monnaies métalliques 1 pour 1. Tout billet émis peut donc être converti sans aucune difficulté ce qui assiéra la confiance et permettra de bénéficier des avantages du billet sans les risques d’insolvabilité des banques que l’on constate.

Le banking principle considère que l’émission des billets doit être ajustée au besoin de l’économie qui, si elle est contrainte par le faible accroissement des ressources en métal, ne sera pas optimale. Selon cette doctrine, le fait que le public a toujours la faculté d'exiger le remboursement en or des billets suffit à en garantir la valeur, pourvu toutefois que les actifs de la banque, non seulement en or, mais aussi sous n'importe quelle autre forme (doctrine des effets réels) restent suffisants.

La loi de 1844, le Banking Act, tranche la querelle au profit du currency principle, du moins en théorie puisqu'en pratique à chaque crise des mesures d'exceptions seront adoptées.

La démonétisation de l'or et de l'argent a rendu cette querelle très inactuelle, elle subsiste néanmoins sous la forme de la question de la garantie des dépôts et du niveau de réserve (en monnaie banque centrale) qu'on exige des banques.

La querelle autour de la démonétisation de l’argent métal

L’argent métal est démonétisé aux États-Unis en 1873, dans le cadre d’un mouvement international qui verra la fin du bimétallisme au profit de l’étalon-or. La question agite fortement la vie politique américaine au point qu’un « parti de l’argent » est constitué qui aura un rôle dans toutes les élections présidentielles et législatives de la fin du XIXe siècle appuyé par les états producteurs de ce métal.

La querelle durera jusque dans les années trente où Roosevelt remonétise partiellement l’argent, provoquant une raréfaction en Asie qui mettra en difficulté le régime chinois de Tchang Kai Check et favorisera involontairement la révolution communiste [8].

Milton Friedman [9] donnera raison rétrospectivement aux partisans du bimétallisme en montrant que la raréfaction de monnaie due à la disparition de l’argent monétaire explique pour une partie importante la récession qui a suivi.

La querelle américaine autour de la création d’une banque centrale

Les questions monétaires ont toujours agité les États-Unis. Après l’épisode d’hyperinflation des billets du Congrès on ressent le besoin d’une émission monétaire un peu mieux contrôlée. Une banque des États-Unis est créée en 1791 par Alexander Hamilton, dont la charte est temporaire 20 ans[10]. Elle ouvre huit succursales, sert de dépôt pour les fonds de l'État, assure les transferts d'un bout à l'autre des États-Unis et joue le rôle de payeur général des dépenses publiques. Elle émet des billets convertibles en or ou en argent. Ces billets ne perdirent pas de leur valeur et « connurent l'estime générale[8]. »

La Constitution américaine définit strictement la monnaie et donne au Congrès (Sénat et Chambre des représentants réunis) la responsabilité des questions monétaires. Une grande querelle politique s’installe lorsqu’il s’agit de renouveler ou non la franchise de la banque. Menée par Thomas Jefferson, l'opposition au renouvellement gagne. Une seconde Banque des États-Unis voit le jour peu de temps après. Cette fois là c'est le Président Andrew Jackson qui l'étouffera.

L'idée d'une banque centrale s'effacera pour longtemps (80 ans).

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Jefferson : l'ennemi juré d'une banque centrale aux États-Unis

L'avis de Jefferson était sans nuance : « J'ai toujours été l'ennemi des banques : non de celles qui acceptent des dépôts mais bien de celles qui vous refilent leurs billets de papier, écartant ainsi les honnêtes espèces de la circulation. Mon zèle contre ces institutions était tel qu'à l'ouverture de la Banque des États-Unis je m'amusais comme un fou des contorsions de ces bateleurs de banquiers cherchant à arracher au public la matière de leur jongleries financières et de leurs gains stériles. »[11]

Les banques se développeront à un rythme échevelé, surtout dans la seconde partie du XIXe siècle. Par exemple la Wells Fargo ouvre 3 500 succursales entre 1871 et 1900. Les Westerns rendent compte de cette frénésie bancaire en montrant que dans tout village qui se crée se monte aussitôt un relais de diligence, un saloon et…une banque. Il est vrai que les colons qui accèdent à un lopin de terre n'ont pas de ressources. La banque les leurs fournit, avec la terre comme garantie et les résultats d'exploitation comme source de remboursement. Il faudra attendre la crise de 1907 qui verra de nombreuses faillites de banques pour que l’idée d’une banque centrale assurant la fonction de « prêteur de dernier ressort » prenne corps à nouveau[12].

Mais les préventions sont telles qu’on lui donne un nom neutre (Système Fédéral de Réserve, dit familièrement FED) et on crée dans plusieurs régions (states) un établissement similaire avec de larges pouvoirs. Ce n’est que bien après le déclenchement de la crise de 1929 et la faillite de plus de 9000 banques que la FED obtient de Roosevelt en 1935 tous les pouvoirs d’une véritable banque centrale (1929 : 659 faillites de banque, 1930 : 1352, 1931 : 2294 ; fin 1933, près de la moitié des banques avaient disparu car 4004 banques firent faillites cette année-là). Mais ce n'est pas à la FED que l'on doit l'arrêt des faillites bancaires mais à la Société Fédérale D'assurances des dépôts qui offrit une garantie d'État aux déposants. En 1934, 62 banques cessèrent leur paiement. La crise bancaire était terminée.

Note : Cette situation se répétera en 2008 où après la crise de confiance suivant la chute des bourses et la faillite de Lehman Brothers, ce sont les États qui déclarèrent garantir les déposants pas les banques centrales.

La querelle de l’Euro

Le projet entièrement nouveau historiquement de créer une zone monétaire unifiée plurinationale en Europe a été une source de tensions politiques extrêmement fortes qui ont fait naître de très fortes divisions au sein des partis de gouvernement dans tous les pays concernés.

Les souverainistes ont expliqué que la monnaie était un attribut fondamental de la nation qui ne pouvait être transféré et que l’abandon de la souveraineté monétaire signifiait l’abandon de la souveraineté tout court.

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Billets en Euro

L'extrême-gauche fit campagne pour dénoncer le projet d’euro comme une concession au « néolibéralisme » et privait l’État de toute politique monétaire rejoignant curieusement les affirmations d’une de leur bête noire, Milton Friedman, qui répond dans le n°53 de Géopolitique au printemps 96 à la question « Croyez-vous à la possibilité d’une monnaie unique en Europe » par ces mots : « Pas de mon vivant en tout cas. Pas plus en 97 qu’en 99 ou en 2002 ! »

Les désordres monétaires en cours auraient plutôt conforté le désir de rejoindre une zone monétaire large comme celle l'Euro que celui d'en quitter la protection. Les difficultés extrêmes que connait l'Islande portent à réfléchir des pays comme la Hongrie ou certains pays baltes qui ont dû pousser leur taux d'intérêt très haut au détriment de leur économie pour éviter le naufrage de leur monnaie. Éviter le retour de situations de ce genre pèserait nécessairement sur le débat pour l'adoption de l'Euro par la Hongrie. La situation est la même notamment au Danemark et en Pologne.


Toutefois, certains économistes pourtant partisans de l'Euro comme Thomas Piketty critiquent sa gestion par la BCE et préconisent à celle-ci de prêter aux États à des taux d'intérêts nuls ou faibles afin qu'ils puissent rembourser les intérêts de la dette[13].

Les grandes crises monétaires

Une crise est spécifiquement monétaire lorsque l’épargne conservée en monnaie perd tout ou partie de sa valeur soit à la suite de la disparition des dépôts ou des titres de placements monétaires, soit parce que la valeur nominale de l’unité monétaire perd massivement de son pouvoir d’achat.

Lorsque la monnaie était métallique, ce genre de crise était possible en cas d'afflux massif de métal précieux sans contrepartie économique, suite à une expédition militaire particulièrement réussie (cas de l'Espagne suite à la conquête de l'Amérique) ou, plus rarement, suite à un boom minier. Inversement il pouvait se produire une raréfaction du métal pour la raison symétrique (paiement d'un énorme tribut, pillage) ou suite à une crise de confiance induisant une thésaurisation de précaution massive.

Aujourd’hui les crises ne sont plus physiques. Cependant l'utilisation excessive de la planche à billets par un ou plusieurs états et l'augmentation correspondante de la masse monétaire en circulation peut aboutir à un résultat similaire. Quoi qu'il en soit, les crises prennent essentiellement la forme d’une perte massive de confiance.

On en distingue plusieurs types :

La panique bancaire

Les déposants se ruent à leur banque pour retirer leurs dépôts, récupérer physiquement leur monnaie sous une forme sûre (selon le cas, monnaie métallique ou monnaie légale). Si la banque fonctionnait selon le currency principe (Cf supra), rien ne se passerait. Mais si la banque fonctionne selon le banking principe (comme c'est le cas de nos jours), elle a prêté à d'autres l'argent mis en dépôt chez elle (obtenant en échange des bien dont la valeur est supérieure, mais moins disponibles) et elle est incapable de rembourser à vue : c'est la faillite assurée. Sauf intervention d'un sauveteur.

Dans une situation normale, de par les revenus qu'ils procureront, les prêts consentis par la banque (avec les dépôts qu'il s'agit de rembourser) ont une valeur supérieure à ces dépôts. Ils peuvent attirer un acheteur de la banque (qui est sauvée en échange de son indépendance) : une autre banque plus grosse, un assureur, voire un état (nationalisation). Ils peuvent aussi servir de garantie à un prêt (même type d'intervenants, plus la banque centrale dont les ressources sont sans limite puisqu'elle dispose de la planche à billet, les billets émis à cette occasion pouvant être détruit dès le prêt remboursé).

Si une opération de sauvetage n'a pas lieu (par exemple le portefeuille de prêts n'est pas, ou ne semble pas, de valeur suffisante pour attirer un acheteur ou un préteur), la banque fait faillite. Comme selon toute probabilité la banque a elle-même des dettes chez d'autres banques, celles-ci sont fragilisées et peuvent à leur tour devenir victimes d'une panique, éventuellement avec un effet boule de neige capable de dévaster entièrement le système bancaire d'un pays en quelques mois. C'est une des composantes du « risque systémique. » Une telle éventualité est trop grave pour être prise à la légère par les états.

La panique est consubstantielle à l'application du banking principle, c'est-à-dire à la possibilité de convertir les dépôts (à court terme et disponible immédiatement, mais qui ne rapportent rien et suscitent des frais de stockage) en valeurs mobilières (source de revenu mais risquée et bloquée pour un temps plus ou moins long). Il s’en produit encore de nos jours (exemple de la banque Northern Rock au Royaume Uni). Mais avec le temps les exigences en termes de réserve ont baissé, ce qui rend à la fois plus probables et plus graves les phénomènes de paniques.

La réduction des exigences concernant les réserves en fonds propres fait système avec la garantie des dépôts par les états (au moins pour un montant maximum connu à l'avance) : cette garantie réduit les risques de panique (si l'éventuelle faillite de la banque n'a pas d'effet sur les avoirs des déposants, il n'est pas nécessaire de courir retirer ses fonds), et inversement elle rend possible une réduction des fonds propres (puisque la panique n'a pas de raison de se produire, il n'est pas nécessaire de prévoir les moyens d'y faire face).

L'hyperinflation

L'hyperinflation est une situation où les prix montent à très grande vitesse et la spirale s’achève quand la monnaie ne vaut plus rien. En fin de scénario les billets peuvent atteindre des montants vertigineux se comptant en dizaines ou centaines de milliards.

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Un billet de 5 milliards de marks en 1923

Au XVIIIe siècle, les assignats en France au début de la Révolution, et les billets de la Convention aux États-Unis pendant la révolution furent des hyperinflations. Au XXe siècle, on connut l’hyperinflation autrichienne suivie de l’hyperinflation allemande au début des années 1920. Au XXIe siècle, on connut l'hyperinflation au Zimbabwe jusqu'à mi-2009.

La rupture du système de change

L’exemple le plus récent est l’explosion du système de caisse d'émission monétaire (currency board) argentin au début des années 2000. Le système assurait une parité entre le Peso et le Dollar. Il avait permis de restaurer la convertibilité de la monnaie, la stabilisation des prix, l’investissement étranger et une forte croissance initiale. Mais la forte remontée du dollar allait provoquer la crise des pays émergents (voir crise asiatique) et mettre à mal les monnaies les plus fragiles.

Le Réal brésilien est dévalué fortement fin 1999, alors qu’il s’agit du pays qui a les plus grosses relations économiques avec l’Argentine. Le pays est engagé dans une déflation douloureuse et confronté à un assèchement de liquidité. Certaine provinces argentines produisent des monnaies de substitution (comme l'argentino) en même temps que les dollars fuient le pays ou surtout n'y entrent plus.

Les comptes des argentins sont bloqués dans un « corralito » puis autoritairement dévalués. Les comptes en dollars sont convertis de force en comptes en pesos avec une forte décote. Les épargnants perdent une part très importante de leurs avoirs ainsi que les investisseurs étrangers.

La rupture du marché interbancaire : cas des CDO (Collateralised Debt Obligation)

Les CDO sont des dettes en général immobilières du marché américain qui ont été rassemblées puis transformées en titres, découpées en mini blocs notés par les agences de notation et vendus aux enchères sur le marché de gré à gré des produits quasi liquides. Elles ont été intégrées en masse dans les placements monétaires « dynamiques » par des intermédiaires financiers qui ont ainsi dopé un temps le rendement de la trésorerie de particuliers comme d’entreprises. En juillet 2007 ces titres se sont révélés invendables et ont perdu l’essentiel de leur valeur provoquant des pertes directes et massives de trésorerie et bloquant le marché interbancaire.

La panique bancaire américaine de 1907 offre également un exemple de rupture majeure du marché interbancaire.

Gravité des crises monétaires

Quelle qu’en soit la forme, les crises monétaires sont les plus graves car elles provoquent un collapsus général et immédiat de pans entiers de l’économie.

En Argentine, la perte de l’épargne monétaire entraînera une récession catastrophique avec un recul du PIB de 46,1 % en 2002 et une très forte montée de la pauvreté.

Au Zimbabwe, il n’y a pratiquement plus d’économie. Le journal Le Monde du quatre décembre 2008 indique : « L'inflation atteint officiellement 231 millions pour cent. L'eau vient d'être coupée à Harare. Une épidémie de choléra touche 9 provinces sur 10 ». 11071 cas de choléra ont coûté la vie à 425 personnes. « Des groupes de soldats se sont attaqués à des changeurs ». L'armée, non payée, commence à piller les magasins. De tels évènements démontrent à quel point la monnaie est symptomatique d'un régime et démontrent les dégâts éventuellement mortels de l'absence de monnaie saine.

En Autriche et en Allemagne le traumatisme de la première moitié du XXe siècle sera tel que la BUBA, la banque centrale allemande, aura toujours par la suite une politique extrêmement conservatrice, fuira tout risque d’inflation au point de faire échouer les accords de Bretton Woods en 1971 pour éviter les conséquences d’une arrivée inflationniste de dollars, et finalement imposera cet état d’esprit lors de la création de la Banque Centrale Européenne (BCE) dont la mission essentielle est de lutter contre l'inflation.

L’un des désagréments de la crise économique mondiale débutée en 2007 est qu’elle est très largement monétaire donc sévère.

Amateurs et contempteurs de la monnaie

Les amateurs

La fonction d'échange que permet les monnaies est le seul garant de la paix dans le monde car elle canalise la violence[14]. Mais la fin de la monnaie fiduciaire conventionnelle, que l'on entend par pièces ou billets, pourrait être la cause de nouveaux conflits sociaux sans précédents[15]. Un retour à la valeur refuge des monnaies métalliques telles que l'or et de l'argent apparait dans ce cadre inéluctable.

Les numismates

Les numismates collectionnent et étudient les formes circulantes de la monnaie (pièces et billets). La recherche numismatique a permis de comprendre l’émergence des monnaies, leur diffusion, leur technique de production, leur manipulation. Même si l’aspect artistique et le goût de la collection priment, il ne faut pas négliger la contribution de la numismatique à l’histoire économique. L'investissement en pièces d'or est aussi un acte de précaution contre la dévaluation des monnaies et le risque de défaillance bancaire généralisée.

Les historiens

L’étude de la monnaie permet aux historiens et aux archéologues de dater des sites, d'identifier la succession des régimes, et de dimensionner les flux économiques du passé, tout en clarifiant les sphères d’influence.

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Trésor de monnaies athéniennes découvert à Suse

Les faux-monnayeurs

Article détaillé : Faux-monnayage.

Le faux-monnayage a commencé dès la création de la monnaie. La première fraude connue à ce jour, repérée en Lydie, fut pratiquement contemporaine de la création de la monnaie métallique.

Il a longtemps été sanctionné par la peine capitale. Partout, encore de nos jours, la sanction du faux monnayage reste très élevée dans l’échelle des peines, proche de celle encouru pour un meurtre. Certains billets qui portèrent un temps la promesse d’un remboursement finirent par n’afficher que les sanctions encourues en cas de faux monnayage.

Le développement des techniques de numérisation et d’impression couleur ont créé un risque nouveau qui a obligé les banques centrales à mettre en œuvre des techniques de plus en plus complexes pour contrer les tentations offertes par la facilité de la photocopie des billets. Le passage à l’Euro a permis en Europe de supprimer des coupures qui étaient devenues trop faciles à imiter. La généralisation chez les commerçants de dispositifs permettant de détecter les faux billets traduit la montée du faux monnayage.

Certaines théories militaires ont laissé penser qu’en s’attaquant à la monnaie d’un pays on pouvait durablement porter atteinte à ses fondements. On a prêté cette intention aux Nazis puis à l’Union Soviétique vis-à-vis du dollar. Cette fantaisie a nourri une abondante littérature mais l’histoire ne rend pas compte de tentatives qui aient eu ne serait-ce que le début d’un effet. En revanche, on cite abondamment les propos de Keynes ou de Lénine expliquant que le meilleur moyen de créer les conditions d’une révolution était de pervertir la monnaie.

Les contempteurs de la monnaie

Les condamnations morales et religieuses

Les religions en général mettent l'accent sur le domaine spirituel et condamnent l'excès d'importance accordé au monde matériel, voire le monde matériel dans son ensemble. La monnaie, en tant que symbole et incarnation de la richesse, supporte le poids de cette réprobation, sans que son utilité ne soit remise en cause (aucune religion importante ne préconise un retour au troc, ni ne réprouve l'échange y compris sous forme d'achat).

Cependant, sans condamner la monnaie elle-même, le christianisme condamne la richesse qui deviendrait sa propre fin, et valorise la pauvreté. On le voit dans certains passage de la Bible comme lorsque Jésus dit à ses fidèles « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Mammon étant l'incarnation du péché d'avarice, ou plus généralement de l'argent), ou encore avec cette célèbre métaphore : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche de rejoindre le royaume des cieux. »

Plus précisément, la Bible condamne l'« usure  » (Exode 22:25, Lévitique 25:36-37, Deutéronome 23:19, Ézéchiel 18:13…), c'est-à-dire le prêt d'argent avec un taux d'intérêt. Cet aspect de la condamnation morale de l'argent a eu des conséquences : le rôle de prêteur a été dévolu aux Juifs, qui étaient donc avec les Lombards les seuls qui servaient de banquiers. Concernant maintenant le judaïsme, on notera que cette religion ne rejoint pas le christianisme dans sa conception morale de l'argent. Les juifs, au contraire, voient en la richesse la marque d'une élection divine, et lui reconnaissent certaines qualités ; en effet, l'argent permettrait de faire des offrandes au Temple, d'accomplir son devoir envers les pauvres, et de dégager du temps (puisque le riche n'a pas besoin de travailler) pour l'étude de la Loi.

S'agissant de l'islam, on peut avant tout noter la description que le Coran fait d'Abraham, un homme « lourd en or, en argent et en troupeau. » Il est donc riche et bon (ce qui reviendrait à un oxymore pour les chrétiens). De plus, la religion musulmane valorise le commerce (« Un dinhar gagné par le commerce vaut mieux que dix dinhars gagnés autrement ») et condamne l'« usure » (d'ailleurs on voit dans les banques modernes l'apparition de « l'islamic banking » qui découle de ce principe (parmi d'autres)).

Les condamnations écologiques

Le souci de l’avenir de la planète et les préoccupations écologiques ont développé une critique de la croissance et de ses moyens. La monnaie créée par le crédit, instrument de la croissance, a été ainsi mise au banc des accusés. Pour rembourser un prêt à intérêt il faut nécessairement de la croissance sinon l’intérêt entraînerait une capture progressive de tout le capital. Comme la monnaie est aujourd’hui presque entièrement créée par le mécanisme du crédit, il faut revenir sur la pratique de la monnaie de crédit souvent présentée comme une « monnaie dette » dans ces textes ou vidéos contestataires.

Les autres aspects de la monnaie

La monnaie et le droit

Article détaillé : Étalon-or.

La monnaie a eu une profonde influence sur l'évolution du droit.

En l'absence de monnaie, la sanction publique ne peut prendre que des formes physiques : confiscation de bien ; travail forcé. Elle est relativement difficile à étager. La monnaie permet de simplifier le système des amendes et de proposer des sanctions nuancées qui peuvent pour les délits sans trop d'importance ne pas entraver la vie courante des contrevenants.

Dans le domaine civil l'absence de monnaie impose la compensation, c'est-à-dire la recherche d'une indemnisation en nature systématique et souvent très difficile à mettre en œuvre de façon juste et simple. L'indemnisation pécuniaire a été un grand progrès.

Cours légal, cours forcé et pouvoir libératoire

Articles détaillés : Cours légal et Cours forcé.

Les pouvoirs publics sont seuls capables de donner un pouvoir libératoire à une monnaie, c'est-à-dire une capacité d'éteindre toute dette y compris les dettes fiscales et les dettes pénales ou civiles, en tout lieu et à tout moment dans la zone où un moyen de paiement a cours légal. Toutes les formes monétaires n'ont pas nécessairement cours légal. Généralement n'en sont dotés que seuls les billets émis par une Banque centrale et les pièces de monnaie. Le chèque n'a généralement pas cours légal. Il peut être refusé par les commerçants.

Pourtant, inversement, il n'est pas possible d'effectuer tous les paiements avec une forme monétaire ayant cours légal. Par exemple en France, alors que l'article R642-3 du Code pénal prévoit que « le fait de refuser de recevoir des pièces de monnaie ou des billets de banque ayant cours légal est puni de l'amende prévue pour les contraventions de deuxième classe[16] », la Cour de Cassation s'appuie sur l'article L112-5 du Code monétaire et financier qui stipule qu'« en cas de paiement en billets et pièces, il appartient au débiteur de faire l'appoint »[17].

L'émission de monnaie de crédit est strictement encadré par le droit bancaire et des institutions étatiques de contrôle.

Les aspects psychologiques de la monnaie

La monnaie est normalement le compagnon de tous les jours du citoyen. La confiance qu'il a en sa monnaie a des influences extrêmement importantes sur l'activité économique.

Une action psychologique visant à rasséréner la population a été pratiquée en tous temps. La monnaie stimule la mythification de certains personnages. En France, le cas le plus notable est celui de M. Antoine Pinay, « l'ermite de Saint Chamond. »

Ayant réussi le lancement d'un grand emprunt gagé sur l'or à un moment où les finances publiques françaises de la quatrième République étaient au plus bas, il deviendra une forme d'oracle que tout ministre des finances se devait de consulter à chaque émission d'un nouvel emprunt. On vit ainsi Valéry Giscard d'Estaing, puis Raymond Barre, faire le pèlerinage de Saint-Chamond pour obtenir la caution de l'oracle.

En Allemagne, Herr Schacht fut considéré comme le père d'une sorte de miracle allemand lors qu'il réussit à faire sortir l'Allemagne des suites de la crise de 1929 et son aura réussit à survivre au discrédit du nazisme.

Plus récemment le Président de la FED, l'américain Alan Greenspan, fut aussi largement considéré comme un génie de la finance dont les oracles, à dessein rarement compréhensibles, étaient guettés avec ferveur par les milieux économiques et boursiers dans les années 1990 et jusqu'en 2007. Considéré désormais comme un des instigateurs de la crise des subprimes, la magie de son verbe a quelque peu faibli.

Tous les grands plans lancés actuellement pour faire face à la crise monétaire, bancaire, boursière et économique en cours ont une forte dimension d'action psychologique. La réunion du G20 à Washington en novembre 2008 avait essentiellement pour but de montrer la détermination et l'unité de l'ensemble des grands pays. L'affichage de plans de sauvetage gigantesques et de plans de relance colossaux est aussi largement d'essence psychologique.

S'ils n'ont pas permis de supprimer le pessimisme ambiant ni d'altérer le cours de la récession, ils ont tout de même réussi à conjurer une panique bancaire et une ruée désastreuse sur les dépôts.

La psychologie du consommateur et de l'épargnant qui le pousse soit à l'euphorie soit à une rétraction très forte, est une force économique de première importance. Mais il est très difficile de l'influencer.

L'or, valeur psychologique s'il en est, est un bon indice de la confiance. Bien que démonétisé, il est le refuge en cas de peur sur la monnaie. Actuellement, le dollar a perdu environ 95 % de sa valeur en or, traduisant l'effet de l'inflation rampante depuis 1971 et celui d'une certaine fuite devant cette monnaie. Cette dévaluation est d'autant plus remarquable que la production d'or est au plus haut. Alors qu'il n'avait été extrait que 45 360 tonnes de l'origine des temps à 1956, 102 700 tonnes [réf. nécessaire] ont été extraites après 1956. Les monnaies ne se sont pas dévaluées par rapport à un métal plus rare mais beaucoup plus abondant…

Musées monétaires

  • le Bode Museum de Berlin, Allemagne. Une des plus belles collections numismatiques du monde avec créséides, dariques, monnaies athéniennes et grecques, pratiquement toutes les monnaies romaines, notamment une collection exceptionnelle d'aurei, le premier franc or, des ducats vénitiens, etc. La collection complète est consultable sur Internet : http://www.smb.museum/ikmk.
  • Musée de la Monnaie de Paris, hôtel de la Monnaie, Paris, France. Collection assez étroite de monnaies anciennes. Belle collection de médailles mais non monétaires.
  • Musée des Médailles et des Monnaies, Perpignan, France
  • Musée de la fausse monnaie, Saillon, Canton du Valais, Suisse
  • Musée monétaire cantonal, Lausanne, Canton de Vaud, Suisse
  • Musée de la Banque Nationale de Belgique. « La Banque nationale abrite un musée depuis 1982. Entièrement rénové en 2002, sa surface d'exposition a pratiquement été doublée. Le thème central est « la monnaie. » Au fil des 15 salles, la présentation est variée et se veut à la fois interactive et éducative. » (présentation par la BNB) Bruxelles, Belgique.
  • Le Cabinet Royal de la Monnaie (Kungliga Myntkabinettet) de Stockholm.

Notes et références

Notes


Références
  1. Aristote, Éthique à Nicomaque, GF Flammarion, pp.246-252, on peut voir aussi dans le livre Politique du même auteur (cité in Rumy, 2003, p.19)
  2. CF plus bas histoire de la pensée économique sur la monnaie
  3. Définition, Banque du Canada
  4. Cité dans : Jean-Yves Lebranchu : Ecrits notables sur la monnaie (XVIe siècle). De Copernic à Davanzati. Reproduits, traduits d'après les éditions originales et les manuscrits, avec une introduction, des notices et des notes par Le Branchu. Paris, Librairie Félix Alcan, 1934
  5. Keynes, Friedman, Samuelson, etc.
  6. Insee - L'économie française 2006
  7. A. Dragulescu and V. M. Yakovenko, "Statistical mechanics of money", Eur. Phys. J. B 17, 723-729 (2000)
  8. a et b (JK Galbraith, La monnaie)
  9. dans Money Mischief
  10. The Bank of the United States and the American Economy. By Edward S. Kaplan. Westport, CT: Greenwood Press, 1999.
  11. (Lettre à John Adams - Lester Cappon - 1971)
  12. Panique bancaire américaine de 1907
  13. http://bercy.blog.lemonde.fr/2010/06/02/dette-la-banque-centrale-doit-creer-de-la-monnaie-et-preter-a-0-aux-etats/
  14. http://www.un.org/News/fr-press/docs/2003/CS2429.doc.htm
  15. http://www.france-jeunes.net/lire-monnaie-fiduciaire-electronique-16-02-2059-25656.htm
  16. Soit une amende de 150 € maximum pour le commerçant coupable
  17. Sylvain Morvan, « Refuser les grosses coupures, c'est légal ? », dans Ouest-France, no 20063, 18 août 2010, p. 3 

Voir aussi

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Articles connexes

Bibliographie

  • Milton Friedman : Money Mischief et Histoire de la monnaie américaine (avec A. Schwartz)
  • JK Galbraith : Money
  • Bertrand Nogaro : La monnaie et les systèmes monétaires, LGDJ, 1948
  • Jean Lecerf, L'or et les Monnaies. Histoire d'une crise, Gallimard, 1969
  • Emile James : Histoire sommaire de la pensée économique, édition Montchrétien, 1965
  • Charles Rist : Histoire des théories relatives à la monnaie et au crédit
  • JR Hicks : A suggestion for simplifyng the theory of money, Economica, 1935
  • JM Keynes : Treatise on money Macmillan, 1930 ; Théorie générale, 1936
  • Don Patinkin : Money Interest and prices, 1956
  • D Robertson  : Essay on monetary theory, 1932 ; Growth Wages and money, 1961
  • R Triffin : Gold and the dollar crisis, 1960
  • G Myrdal : L’équilibre monétaire, Paris Médicis, 1950
  • Véronique Lecomte-Collin et Bruno Collin, Histoire de la monnaie, Éditions Trésor du Patrimoine, 2004
  • Véronique Lecomte-Collin et Bruno Collin, Les monnaies dans les collections publiques françaises, Éditions Hervas, 1990
  • Jean Belaubre et Bruno Collin, Les monnaies de France : Histoire d'un peuple, Éditions Perrin, 1991
  • Philippe Narassiguin, Monnaie - Banques et Banques centrales dans la zone euro, Éditions De Boeck, 2004
  • Jean-Marie Albertini, Véronique Lecomte-Collin et Bruno Collin, Histoire de la Monnaie, du troc à l'euro, Éditions Sélection du Reader's Digest, 2000
  • Maurice Allais, La Crise mondiale d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, Éditions Clément Juglar, 1999
  • René Sédillot, Histoire morale et immorale de la monnaie, Éditions Bordas, collection Cultures, 1989
  • Michel Aglietta et André Orléan, La violence de la monnaie, Presses Universitaires de France, 1998
  • Le capital, Karl Marx, 1861, Lire en ligne
  • Louis Even, L'Île des naufragés
  • (de) Franziska Jungmann-Stadler, Was ist Was. Geld. (ISBN 3-7886-0418-2)
  • Georg Simmel, Philosophie de l'argent, PUF, 1987.
  • Bruno Moschetto : Tout savoir -ou presque- sur la face cachée de l'euro, Arnaud Franel Editions 2011

Article de vulgarisation

  • Michel Ruimy, 2003, La monnaie au cœur de la relation marchande Cahiers français no 315

Liens externes


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