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Jacques de Bernonville

Jacques Dugé de Bernonville, dit « comte Jacques de Bernonville » (Auteuil, Paris XVIe, - ), est un collaborateur français qui a participé à la Milice.

Un militaire catholique et nationaliste[ ]

Descendant d'une famille de la bourgeoisie ancienne originaire de l'Aunis, il est élevé dans la foi catholique, entouré par les jésuites ; il prend l'habitude de ne jamais manquer la messe du matin.

Il est volontaire lors de la Première Guerre mondiale. Affecté dans les chasseurs alpins, il devient lieutenant. Il finit le conflit avec le grade de commandant et bardé de décorations, dont la croix de guerre. Il est le plus jeune officier de la Légion d'honneur en 1914-1918. Il combat ensuite en Syrie, au moment de l'insurrection druze (1925-26) ; il est alors élevé au grade de commandant de la Légion d'honneur.

Militant dans des mouvements d'extrême droite prônant le retour à la monarchie et à un régime autoritaire, notamment l'Action française, il est arrêté en 1926 pour menées royalistes.

En 1938, il est impliqué dans le complot de la Cagoule visant à renverser la République ; il est incarcéré quelques mois, mais relâché faute de preuves.

Seconde Guerre Mondiale[ ]

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé de nouveau dans les chasseurs alpins (chef de bataillon du 102e BCA), mais la défaite de la France le mène à Vichy dès l'été de 1940 où il rejoint le gouvernement de la zone libre du maréchal Pétain.

La Milice française est créée le 30 janvier 1943 par Joseph Darnand. Bernonville est directeur des études à l'école de la Milice. Son patron est un Acadien d'origine américaine, du Vair, qui croit que le Canada reviendra un jour à la France simplement parce que les Canadiens français font plus d'enfants que les anglais.[réf. nécessaire]

À l'été de 1943, il participe à un coup d'État pour renverser le gouvernement de Vichy et restaurer la monarchie[réf. nécessaire].

Il prête serment à Hitler à l'automne 1943 et figure à partir de ce moment sur le régime de paie du 9e régiment du Brandebourg, unité des Waffen-SS. Son numéro de compte est le 605[réf. nécessaire].

Il montre autant de zèle contre ses compatriotes durant cette guerre qu'il en a montré contre les Allemands durant la première. À ses troupes qui traquent les résistants, Bernonville répète souvent cette même parole : « Visez juste, mais tirez sans haine, car ce sont nos frères. ». L'usage de la torture lui parait acceptable pour faire parler des communistes[réf. nécessaire].

La lutte contre la Résistance s'amplifie et ressemble de plus en plus à une guerre civile. Bernonville s'occupe, avec Jean de Vaugelas, de diriger les hommes de la Milice lors des combats au Maquis des Glières. En mai 1944, il est nommé directeur au Maintien de l'Ordre en Bourgogne. Plus tard il occupe les mêmes fonctions à Lyon. Vers le 20 août, devant l'avance des Alliés, il part pour l'Allemagne avec les hauts officiers nazis. Au quartier général du 9e Brandebourg, à Paderborn, il suit un stage en vue d'une mission de sabotage derrière les lignes alliées.[réf. nécessaire]

À l'automne 1944, il est parachuté avec trois autres près de Melun pour faire sauter un pipeline d'essence alimentant l'armée américaine et la 1re Armée française. Se rendant compte de l'impossibilité de cette mission, les parachutistes abandonnent et troquent leurs habits de camouflage pour des vêtements civils.[réf. nécessaire]

Fuite[ ]

De monastère en monastère, Bernonville fuit les autorités. En 1945, il fuit vers l'Espagne de Franco. Jugé in absentia dans un tribunal de Toulouse, il est condamné à mort pour crimes de guerre. En 1946, il fuit vers New York où on le retrouve déguisé en prêtre.

Le 26 novembre 1946, il quitte New York par train et arrive au Québec en passant par Lacolle, avec de faux papiers et habillé en curé. Il serend à Québec où il loge chez le restaurateur Joseph Kerhulu. Ses correspondants dans la capitale lui trouvent un emploi à la Commission des liqueurs.

Début janvier 1947, il arrive à Saint-Pacôme où on lui a trouvé un nouvel emploi. Son protecteur est Alfred Plourde, homme d'affaires, maire de Mont-Carmel et organisateur local qui, en 1848, devient député de l'Union nationale. Grand et costaud, visage balafré, un bras paralysé, partiellement sourd, Bernonville devient commis de bureau chez Plourde et Frères.

Dans un petit village, les inconnus font jaser, mais on pose peu de questions sur ce Français à l'accent pointu  : il est le protégé d'Alfred Plourde, le maître des lieux, qui a acheté avec ses deux frères la scierie locale. Son ami, l'avocat Noël Dorion, lui a demandé avant les Fêtes de lui trouver une place dans son entreprise  : « C'est le bras droit du grand Pétain ». Jacques Benoit (son nom d'emprunt) vit seul dans sa chambre à l'hôtel Bon Accueil, un étranger méfiant au front découvert, à la démarche militaire. En février et mars 1947, débarquent au village sa femme, Isabelle, et trois de ses filles, Catherine, Josianne et Chantal, adolescentes. Elles occupent leur hiver à faire du ski sur les pentes des alentours.

Au printemps 1947, Jacques Benoit obtient de sa compagnie de Saint-Pacôme un transfert à Montréal où il s'occupe des ventes de bois pour l'étranger. Il perd son travail quelques semaines plus tard. Après quelques petits emplois, Benoit trouve un travail à la Compagnie franco-canadienne de produits laitiers à Granby. C'est là qu'en décembre, il est reconnu par un ancien résistant français.

Se sachant découvert, Bernonville se présente avec sa famille devant l'officier d'immigration à Montréal, à la mi-janvier 1948, pour révéler sa véritable identité et demander à être admis comme citoyen canadien.

Le débat au Canada[ ]

Commence alors une affaire dont les médias font leurs choux gras et qui coupe en deux le Canada. D'un côté les journaux anglais, les députés anglais et les fonctionnaires fédéraux, alors tous anglais ; de l'autre, tout ce que le Québec compte de nationaliste, de religieux, et de francophile. Ceux-ci ne veulent rien admettre des crimes de cet homme assidu à la messe. Il est présenté comme la pauvre victime de fonctionnaires anglais enragés contre l'immigration française et infiltrés de communistes, de francs-maçons, etc.

Les Pour

Les Contre

  • Le chef du Parti libéral du Canada et futur premier ministre Louis St-Laurent
  • Les militaires et anciens combattants, canadiens-français ou britanniques
  • Le journal Le Canada, affilié au Parti libéral
  • Tous les journaux anglophones, au Québec et ailleurs au Canada
  • Les Britanniques, dans la mesure où ils s'intéressent à l'affaire
  • L'écrivain Roger Lemelin
  • L'écrivain Jean-Charles Harvey
  • L'écrivain Jean-Louis Gagnon

En 1951, d'anciens aviateurs canadiens ayant combattu en Europe prennent contact avec un camarade américain qui a entre-temps fait fortune au Texas. Celui-ci échafaude un plan pour enlever Bernonville chez lui, le transporter par avion vers Plattsburgh, puis l'expédier sur le sol français à Saint-Pierre-et-Miquelon. Obligé d'abandonner ce projet trop farfelu, l'Américain menace de mettre 75 000 dollars pour faire battre le premier ministre Louis St-Laurent aux prochaines élections s'il n'expédie pas vite Bernonville à la justice française.

Exil au Brésil[ ]

Le 17 août 1951, voyant ses partisans s'essouffler et ses chances d'obtenir l'asile diminuer, Bernonville part précipitamment pour le Brésil. Les autorités françaises demandent son extradition en 1952, mais la Cour suprême du Brésil tranche en octobre 1956 : Bernonville peut rester.

Il meurt le 27 avril 1972, à l'âge de 74 ans, tué par le fils de sa domestique, sous l'emprise de l'alcool et du haschisch. Son corps est découvert sous un portrait du maréchal Pétain. La nouvelle est à peine rapportée dans les journaux du Québec.

Son gendre est le docteur Xavier Dor, médecin engagé dans la lutte contre l'avortement.

Bibliographie[ ]

  • Yves Lavertu, L'Affaire Bernonville, Vlb Éditeur, 1994, 217 p.
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