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Impuissance apprise

Test de laboratoire sur l'apprentissage des animaux : un rat nageant dans un labyrinthe.

L'impuissance apprise (impuissance acquise ou résignation acquise) est un terme désignant une condition dans laquelle un individu ou un animal a fait l'expérience d'un comportement rapproché du désespoir, du renoncement et de la dépression[1].

L'impuissance apprise a été proposée en 1975 par Martin Seligman, professeur de psychologie expérimentale sous le terme de théorie de l'impuissance apprise et a été, par la suite, reformulée avec l'aide d'Abraham et de Teasdale en 1978 sous le terme d' « attribution et impuissance apprise »[2]. Cette théorie a finalement été révisée et complétée par Abramson, Metalsky et Alloy, en 1989, sous le terme de « théorie de manque d'espoir ou de désespoir »[2].

Définition[ ]

Il s'agit d'un état psychologique, résultat d'un apprentissage dans lequel le sujet fait l'expérience de son absence de contrôle sur les évènements survenant dans son environnement (peu importe la valence positive ou négative de l’événement). Cette expérience, tendrait à l'adoption par le sujet, animal ou humain, d'une attitude résignée ou passive. Cette impuissance est « apprise » car elle se généralise même aux classes de situations dans lesquelles l'action du sujet aurait pu être efficace.

Expérimentations[ ]

Seligman a travaillé à partir du modèle du conditionnement opérant de Skinner. Il réinterprète ces résultats expérimentaux en introduisant la probabilité perçue par le sujet que son comportement entraîne un renforcement positif.

Dans la 1re partie de l'expérimentation de Steve Maier, trois groupes de chiens sont attachés à un harnais. Dans le premier groupe, les chiens sont simplement attachés à leur harnais durant une courte période et ensuite libérés. Les groupes 2 et 3 restent attachés. Le groupe 2 subit intentionnellement un choc électrique, que les chiens peuvent arrêter en pressant un levier. Chaque chien du groupe 3 est attaché en parallèle à un chien du groupe 2, subissant un choc de la même intensité et de la même durée, mais ceux du groupe 3 n'ont pas la possibilité d'arrêter le choc. Le seul moyen pour un chien du groupe 3 d'échapper au choc est qu'un chien du groupe 2 actionne son levier. Les chiens du groupe 3 ne peuvent donc pas agir par eux-mêmes pour échapper au choc. Au bout du compte, les chiens des groupes 1 et 2 se sont rétablis rapidement de leur expérience, tandis que les chiens du groupe 3 ont appris à être impuissants et ont montré des symptômes similaires à la dépression chronique.

Dans la 2e partie de Seligman et Maier, ces trois groupes de chiens ont été mis dans un nouveau dispositif avec un petit muret qu'il suffit de sauter pour éviter le choc. Pour une très grande partie du parcours, les chiens du groupe 3, qui avaient précédemment appris que rien ne pouvait arrêter les chocs, restaient passivement immobiles et gémissaient. Bien qu'ils aient pu s'échapper facilement des chocs, les chiens n'ont pas essayé.

Ainsi lorsqu'un animal est soumis à des « stimulations nociceptives inévitables, celui-ci renonce à tout comportement d'évitement [il se résigne à] l'immobilité. Ce comportement persiste même lorsque les stimulations nociceptives sont évitables. »[3]. Toutefois si l'expérimentateur intervient auprès des chiens devenus apathiques pour les tirer lors de l'envoi du choc électrique de l'autre côté du muret, il sort de cet état d'impuissance apprise.

Seligman en tire quelques conclusions : le traumatisme réduit la motivation à répondre, les expériences traumatiques interdiraient l'apprentissage de nouvelles réponses. Cet état serait un des facteurs de la dépression et/ ou de l'anxiété.

Impacts[ ]

Peu importe leurs origines, les individus faisant l'expérience d'événements dits incontrôlables souffrent de problèmes émotionnels, d'un comportement agressif, de troubles physiologiques et ont du mal à résoudre leurs problèmes[4],[5]. Ces expériences d'impuissance peuvent s'associer à une cognition faible, passive ou incontrôlables chez les individus, menaçant ainsi leur santé mentale et physique.

Santé physique[ ]

L'impuissance acquise peut contribuer à une faible santé suite à l'image que se donnent les individus sur eux-mêmes. Cette dégradation de la santé peut inclure une négligence nutritionnelle, du sport et des traitements médicaux car les individus croient qu'ils n'ont aucune possibilité de changer. Plus les individus perçoivent des événements incontrôlables et imprévisible, plus le stress est intense, et moins l'espérance de changer quelque chose à leur vie peut être perçue[6],[7].

Les jeunes adultes et adultes moyennement âgés avec un comportement pessimiste font le plus souvent l'expérience d'une dépression[8]. Les individus souffrant d'une attitude pessimiste peinent à résoudre leurs problèmes, souffrent d'une faible restructuration cognitive et démontrent une faible satisfaction au travail et durant leur relation interpersonnelle[6],[9]. Ces individus possèdent également un système immunitaire affaibli, engendrant des vulnérabilités mineures (ex., fièvre) et des maladies majeures (ex., crises cardiaques, cancers), mais ils ont également du mal à recouvrer de leurs problèmes de santé[10].

Santé psychologique[ ]

L'impuissance acquise peut également causer des problèmes de motivation.

"L'enseignement des stratégies aux sujets en difficulté scolaire a fait apparaître que certains ne percevaient pas l'utilité des procédures car ils ne concevaient pas que leur succès ou leur échec pût être dû à leur propre effort (cf. Folds, Footo, Guttentag & Ornstein, 1990 ; Palmer & Goetz, 1988) ; ce que Charlier et Lautrey (1992) traduisent par «sentiment acquis d'impuissance" (à partir de la notion introduite par Seligman, 1975). Plusieurs travaux ont confirmé l’impact de ce que l'on dénomme les « attributions internes vs externes ».(Revue Française de Pédagogie, n° 106, janvier-février-mars 1994 p.96-97) Les individus ayant fait l'expérience d'échecs dans leur antécédent se disent à tort qu'ils ne peuvent améliorer leurs performances[11]. Les enfants souffrant d'impuissance acquise échouent durant leur scolarité, et sont beaucoup moins motivés que les autres. Des études ont démontré que les individus seraient plus motivés à agir seulement si une récompense peut être obtenue par la suite[4].

Impact social[ ]

La maltraitance sur mineur par négligence peut être une manifestation de l'impuissance acquise : lorsque les parents pensent être incapables d'arrêter de faire pleurer leur enfant, ils abandonnent toute action le concernant[12].

D'autres exemples d'impuissance apprise dans les événements sociaux impliquent la solitude et la timidité. Les individus extrêmement timides, passifs, anxieux et dépressifs peuvent souffrir d'impuissance et de situations sociales déplaisantes pour eux. Cependant, Gotlib et Beatty (1985) découvrent que les individus citant l'impuissance dans les situations sociales sont négativement perçus. L'âge, comme troisième exemple, implique l'impuissance acquise du fait que les seniors ne peuvent contrôler le fait de perdre leurs amis, membres de famille, leur travail et revenus, la vieillesse, la faiblesse, etc[13].

Les difficultés sociales suite à une impuissance apprise semblent inévitables ; cependant, l'effet s'estompe avec le temps[14]. Néanmoins, l'impuissance apprise peut être minimisée à l'aide d'une thérapie comportementale. À l'aide de leur expérience positive, les personnes peuvent aussi faire face à des situations, qui leur semblaient incontrôlables[15].

Traitements[ ]

Seligman a tenté de transférer son modèle théorique à la pratique thérapeutique auprès de population d'enfants déprimés et de jeunes diabétiques. Son modèle animal constitue une référence classique de la dépression [...] utilisé dans les essais thérapeutiques des antidépresseurs (B.Samuel-Lajeunesse, & al, 1998, p.162).

Usage militaire[ ]

Seligman a fait une présentation de ses travaux sur l'impuissance apprise au sein du programme militaire de SERE (dans le but d'enseigner à des soldats à résister à la torture) à la suite duquel les techniques d'interrogatoire renforcées utilisées dans les prisons de la CIA lors de la guerre contre le terrorisme ont été développées[16].

Voir aussi[ ]

Références[ ]

  1. AMY GOODMAN / Jane Mayer, « The Dark Side: Jane Mayer on the Inside Story of How the War on Terror Turned Into a War on American Ideals », sur democracynow.org (consulté le 4 mars 2011)
  2. a et b Georges Kleftaras, LA DÉPRESSION - Approche cognitive et comportementale, L'Harmattan,‎ 2004 (ISBN 2-7475-6230-1)
  3. B.Samuel-Lajeunesse, Ch. Mirabel-Sarron, L.Vera, F.Mehran et Coll, Manuel de thérapie comportementale et cognitive, 1998, p.367
  4. a et b (en) Roth, S. (1980). A revised model of learned helplessness in humans. Journal of Personality, 48, 103–33.
  5. (en) Wortman, C.B. & Brehm, J.W. (1975). Response to uncontrollable outcomes: An integration of reactance theory and the learned helplessness model. In Advances in experimental social psychology, L. Berkowitz, (ed.). Vol. 8. New York: Academic Press.
  6. a et b (en) Henry, P.C. (2005). Life stress, explanatory style, hopelessness, and occupational stress. International Journal of Stress Management, 12, 241–56.
  7. (en) Jones, Ishmael (2008, révisé en 2010). The Human Factor: Inside the CIA's Dysfunctional Intelligence Culture. New York: Encounter Books. ISBN 978-1594032233.
  8. (en) Chang, E.C. & Sanna, L.J. (2007). Affectivity and psychological adjustment across tow adult generations: Does pessimistic explanatory style still matter? Personality and Individual Differences, 43, 1149–59.
  9. (en) Welbourne, J.L.; Eggerth, D.; Hartley, T.A.; Andrew, M.E. & Sanchez, F. (2007). Coping strategies in the workplace: Relationships with attributional style and job satisfaction. Journal of Vocational Behavior, 70, 312–25.
  10. (en) Bennett, K.K.; & Elliott, M. (2005). Pessimistic explanatory style and Cardiac Health: What is the relation and the mechanism that links them? Basic and applied social psychology, 27, 239–48.
  11. (en) Stipek, D.E.P. (1988). Motivation to learning. Allyn & Bacon: Boston.
  12. (en) Donovan, W.L.; Leavitt, L.A. & Walsh, R.O. (1990). Maternal self-efficacy: Illusory control and its effect on susceptibility to learned helplessness. Child Development, 61, 1638–47.
  13. (en) Rodin, J. (1986). Aging and health: Effects of the sense of control. Science, 233, 1271–6.
  14. (en) Young, L.D. & Allin, J.M. (1986). Persistence of learned helplessness in humans. Journal of General Psychology, 113, 81–8.
  15. (en) Altmaier, E.M. & Happ, D.A. (1985)
  16. (en) Scott Horton, Six Questions for Jane Mayer, Author of The Dark Side, Harper's Magazine,‎ 14 juillet 2008 (lire en ligne)

Bibliographie[ ]

  • Learned helplessness: a theory for the age of personal control, Christopher Peterson, Steven F. Maier, Martín E. P. Seligman, Oxford University Press, 1995
  • Learned helplessness: students at risk in our schools, assessment procedures, and strategies for prevention and remediation, Tate D. Schoeberlein, Martin E. P. Seligman, Bethel University, 2006
  • Learned Helplessness: The 21st Century Affliction of Single Parents Par D. Rolf Long, AuthorHouse, 2009
  • Human learned helplessness: a coping perspective Par Mario Mikulincer, Plenum Press, 1994
  • Learned helplessness:cognitive, behavioral, and emotional outcomes of exposure to insoluble problems, Paula Anne Kacher, Adelphi University, 1977
  • Diriger: Une vision humaniste du leadership Par Moneim El-Meligi, p. 133, PUL, 2007
  • Place des psychothérapies contemporaines dans le traitement de la dépression, Jean Cottraux, Doin, 2006 p.38
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