Halal
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Dans l'islam, le mot halal (arabe : حلال [ḥalāl], « permis », « licite »), parfois orthographié de manière erronée hallal, est antonyme de haram. Halal définit ce qui est permis pour le musulman et haram ce qui est un péché et ce qui est sacré, et qui lui est donc interdit.
Le terme halal est parfois utilisé par erreur comme synonyme de dhabiha ou Zabihah pour les anglophones, la méthode d'abattage rituel au sens strict. Utilisés conjointement (dhabīḥah halal), les mots décrivent toute pièce de viande permise par la loi islamique. Le mot casher est l'équivalent de halal dans le judaïsme[1].
Sommaire |
Dans le domaine alimentaire
Généralités
Les qualifications de halal et haram concernent notamment l’alimentation du musulman : par exemple manger du poisson est halal, alors que manger du porc est harâm. Dans l’esprit de l’islam, l'objectif est avant tout de définir les règles d'hygiène et du respect de l’animal et de l’environnement.
Sur le plan de l'hygiène,
- il ne faut pas manger les cadavres d’animaux (charogne).
- il ne faut pas consommer le sang qui peut porter des maladies.
Sur le plan du respect de l’animal et de l’environnement,
- il faut raser l'animal avant abattage.
Cela est traduit dans l’islam comme suit :
Sur le plan de l'hygiène,
- il ne faut pas manger les cadavres d’animaux (charogne), c’est à dire : l’animal doit être abattu selon le rite islamique (voir ci-dessous la section spéfique Dhabiha).
- il ne faut pas consommer le sang qui peut porter des maladies c’est à dire : la viande doit être séparée du sang rapidement sinon elle devient harâm bien que l'abattage ait été halal.
Sur le plan du respect de l’animal et de l’environnement,
- il ne faut pas faire souffrir l’animal avant et pendant l’opération de l’abattage c’est à dire : Il ne faut pas mal traiter l’animal pendant l’élevage, il ne faut pas tuer un animal devant un autre animal, il ne faut pas tuer l’animal devant les petits enfants, l’abattage doit être fait dans un endroit propre et préparé pour cela
- il ne faut pas tuer une bête pour une raison autre qu’alimentaire c’est à dire : il faut bannir toute perversité, le fait de prononcer des paroles sacrées (Bismillah allahou akbar, soit, en français, Au nom de Dieu le plus grand) c’est surtout pour rappeler que cet acte est sous contrôle de la moralité et pour ne pas prendre goût à voir le sang ou se sentir supérieur et que notre sort bien qu’il n’est pas identique à celui de cet animal, lui est similaire. Nous allons mourir et ne devons rendre compte de nos actes devant le tout puissant.
L’islam n’omet pas de rappeler les fondamentaux de tolérance, de flexibilité et d’ouverture d’esprit
Dans cette logique, la viande casher est halal puisque elle remplit les conditions du cahier des charges. Pour consommer une viande casher, il suffit juste de prononcer l’expression Bismillah allahou akbar soit, en français, Au nom de Dieu le plus grand pour compléter les exigences du halal. Cela signifie, pas besoin que l’animal soit abattu par un musulman. La déclaration de bonne foi est suffisante dans une relation de confiance.
Dans ce qui suit nous trouvons des détails techniques et des pratiques mais pas toutes obligatoires comme par exemple tourner la tête de l’animal vers la Mecque. La preuve est que la viande casher est halal alors que lors de l’abattage la tête de l’animal n’a pas été tournée vers la Mecque.
Pour que la viande soit halal, il faut que l'animal égorgé vivant ne soit pas préalablement étourdi et ait la tête tournée vers La Mecque pour qu'il se vide de son sang[2]. Un musulman doit lui couper la carotide et les jugulaires, tout en prononçant des paroles sacrées (Bismillah allahou akbar, soit, en français, Au nom de Dieu le plus grand)[2].
Le Coran et la sunna spécifient les aliments haram ainsi que les conditions sous lesquelles certains aliments deviennent halal :
« Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui de Dieu, la bête étouffée, la bête assommée ou morte d'une chute ou morte d'un coup de corne, et celle qu'une bête féroce a dévorée - sauf celle que vous égorgez avant qu'elle ne soit morte -. (Vous sont interdits aussi la bête) qu'on a immolée sur les pierres dressées, ainsi que de procéder au partage par tirage au sort au moyen de flèches. Car cela est perversité. Aujourd'hui, les mécréants désespèrent (de vous détourner) de votre religion : ne les craignez donc pas et craignez-Moi. »
— Le Coran, « La Table », V, 3 ; (ar) المائدة.
L'une des prescriptions halal est que la bête soit égorgée consciente (donc non étourdie)[3]. C'est un point qui suscite la polémique[4].
Cependant, la nourriture de « ceux qui ont reçu les Écritures », à savoir les Juifs et les Chrétiens, est permise, sauf celle interdite par l'islam, notamment la viande de porc considérée licite par la plupart des Chrétiens mais proscrite dans les traditions juive et musulmane.
« La nourriture de ceux qui ont reçu les Écritures est licite pour vous, et la vôtre l’est également pour eux. »
— Le Coran, « La Table », V, 7 ; (ar) المائدة.
Au delà de cet aspect général du halal dans l'alimentaire, plusieurs produits transformés ne sont pas halal à cause de l'origine de l'un de leurs ingrédients ou additifs[5].
La dhabiha : la méthode d'abattage rituelle
La Ḏabīḥah (ذَبِيْحَة) est la méthode prescrite par la loi islamique concernant l'abattage de tous les animaux à l'exception des animaux marins. Cette méthode consiste à utiliser un couteau bien aiguisé pour effectuer une profonde et rapide incision à partir du devant de la gorge, qui coupe dans le même temps les artères carotides, la trachée et les veines jugulaires[6], mais laisse la moelle épinière intacte. La tête de l'animal est orientée vers la qibla.
Aliments issus de la mer
En principe tout ce qui provient de la mer est halal (licite).
D'après le Coran :
« La chasse en mer vous est permise, et aussi d'en manger, pour votre jouissance et celle des voyageurs. »
— Le Coran, « La Table », V, 96 ; (ar) المائدة.
Les termes « et aussi d'en manger » signifie qu'il est permis de manger la viande des animaux marins trouvés morts en mer.
Et aussi d'après la parole de Mahomet :
« Il nous a été permis (de manger) deux sortes de bêtes trouvées mortes et deux sortes de sang, quant aux deux bêtes mortes ce sont les poissons et les sauterelles et les deux sortes de sang sont le foie et la rate. »
— Rapporté par Ahmed, Ibn Majah, Daraqoutni
Le compagnon de Mahomet Abou Horeyra a rapporté de celui-là la parole suivante :
« L'eau de mer est lustrale et ses animaux trouvés morts sont licites. »
— Sounane
Certification halal et contrôles
Par kilogramme de viande, la certification halal coûte entre 10 à 15 centimes d'euros, prélevés dès l'abattage[7] pour un marché en fort développement, qui rapporte quelque 50 millions d'euros de chiffre d'affaires par an aux organismes habilités à produire cette certification[8].
En France, des arrêtés publiés en 1994 et 1996 ont agréé respectivement la mosquée de Paris[9] puis la mosquée d'Évry et la grande mosquée de Lyon[10] en tant qu'organisme religieux habilitant des sacrificateurs autorisés à pratiquer le sacrifice rituel et à percevoir la taxe liée à la certification.
Ces arrêtés obligent ainsi les abattoirs à faire appel à des sacrificateurs habilités, mais ne les soumettent à aucun contrôle[11]. Un chef de service de la Direction générale de l'alimentation a rappelé récemment que la certification halal n’est pas encadrée par les pouvoirs publics et correspond à une certification qui n’est pas officielle donc une certification qui relève d’une initiative privée[12]. Cependant, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a déclaré en 2008 contrôler la traçabilité de la viande des merguez marquées « halal »[13], et procède régulièrement à des contrôles pour détecter la présence de porc dans des produits vendus sur l'appellation halal[14].
Une des premières initiatives de création d'une certification halal privée date des années 80 avec la réunion de plusieurs associations au sein d'une fédération nommée Tayyibat destinée à réglementer le marché de l'alimentation halal en France[15],[16]. Depuis, le marché de la certification halal s'est développé et plusieurs articles [11],[17],[18] et livres [15],[19] ont révélé qu'ils existent actuellement en Europe de nombreuses certification halal qui ne sont pas toutes d'accord entre elles. Notamment, une association de consommateurs musulmans (Asidcom) montre à partir d'enquêtes menées en 2008 et 2009 sur plusieurs organismes de certification « halal » qu'il existe des différences flagrantes aux niveaux des processus et des moyens de contrôles mis en œuvre par ces organismes[20],[21].
Islamic Concern for Animals
Selon l'association Islamic Concern for Animals pour qu'une viande soit halal, il ne suffit pas que la viande soit issue d'un processus obéissant à certaines règles strictement alimentaires : il faut aussi que le traitement de l'animal vivant suive les principes musulmans [22] ; ainsi pour elle, il n'est pas halal d'élever un animal comme une machine (en élevage intensif par exemple), les animaux aussi méritant compassion, puisqu'ils sont, comme les hommes, des créatures de Dieu [23],[24].
Sikhisme
Pour certaines branches du sikhisme où le végétarisme n'est pas un sine qua non, la consommation de viande est permise uniquement si l'animal a été tué rapidement (par décapitation) et sans rituel religieux [25]. La viande halal leur est donc, entre autres, interdite[25],[26].
Halal et laïcité
Les entreprises privées commerciales sont évidemment libres de proposer à la consommation des produits achetés dans les filières halal ou casher, suivant les prescriptions de la casherout. En revanche les collectivités publiques se trouvent devant deux obligations liées à leur nature. D'une part tous les publics doivent pouvoir se restaurer (croyants, végétariens...). D'autre part, en fonction du principe de laïcité, en particulier de la Loi de séparation des Églises et de l'État du 9 décembre 1905, elles ne peuvent financer un culte. De nombreuses municipalités (Lyon, Grenoble...) et le mouvement associatif laïque (Ligue de l'enseignement...) offrent une solution respectant ces deux principes en proposant des menus diversifiés (traditionnel, sans porc, sans viande). Les consommateurs peuvent choisir sans faire état de leurs motivations (goût personnel, allergie, religion...)[27].
Notes et références
- (en) Irving Hexham, The Concise Dictionary of Religion, Regent College Publishing, 1993, 248 p. (ISBN 1573831204) [lire en ligne], p. 98
- Jacqueline Pousson-Petit, Les droits maghrébins des personnes et de la famille à l'épreuve du droit français, L'Harmattan, 2009 (ISBN 2296090435) [lire en ligne], p. 285
- « Des sacrificateurs religieux agréés », Le Monde, 14 juin 2005
- Pascale Dunoyer, « La réglementation applicable dans le domaine de l'abattage rituel », dans le bulletin de l'Académie vétérinaire de France (ISSN 0001-4192), no 4 (2008), pp. 341-350 [lire en ligne]
- [1]
- (en) « Diners 'unknowingly eating Halal' at Wembley » sur BBC Online, 20 septembre 2010. Consulté le 20 février 2012.
- Voir sur le site du Parisien.
- Chiffres 2010.
- Arrêté du 15 décembre 1994 relatif à l'agrément d'un organisme religieux habilitant des sacrificateurs rituels, NOR AGRG9402382A, J.O. DU 24/12/1994 Page : 18377
- Arrêtés du 27 juin 1996 relatifs à l'agrément d'organismes religieux habilitant des sacrificateurs rituels, NOR:AGRG9601128A, J.O. DU 29/06/1996 Pages : 9787/9788
- halal, une appellation incontrôlée. Les animaux consommés par les musulmans doivent être sacrifiés selon le rite coranique. Mais ces règles sont rarement respectées, Liberation, 31/12/1997
- « La certification halal n’est pas encadrée par les pouvoirs publics », Enviro2B, 13/09/2010
- Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, Merguez, trop d'anomalies, 21 juillet 2008 (lien mort)
- A quand une certification halal officielle en France ?, Lepost.fr, 21/10/2010
- Bernard Godard et Sylvie Taussig, Les Musulmans en France, Hachette, 2007 (ISBN 978-2-01-279446-7)
- Interview avec Daniel-Youssof Leclercq : disposer d’un label fiable et juridiquement protégé, Association ASIDCOM, 17/09/2010
- Viande halal, petite tricherie entre frères, Marianne, 22/01/2005
- Vrai label et faux hallal, Le Soir d'Algérie, 25/02/2006
- Florence Bergeaud-Blackler et Bruno Bernard, Comprendre le halal, Edipro, 29.6.2010 (ISBN 2874961094)
- Association ASIDCOM, Enquête 2008 sur la certification halal, 2008
- Association ASIDCOM, Enquête 2009 sur la certification halal, 2009
- http://www.islamicconcern.com/halalmeat_teaching.asp
- http://religion.info/french/articles/article_47.shtml
- http://www.vegetarisme.fr/ressources.php?content=ressources_articles_detail&article=63
- [2](en)
- (en) Opinderjit Kaur Takhar, Sikh identity: an exploration of groups among Sikhs, Ashgate Publishing, 2005, 215 p. (ISBN 0754652025) [lire en ligne], p. 12
- Quand les religions s’invitent à table