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P U B L I C I T É
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Grande Mosquée de Kairouan

Grande Mosquée de Kairouan
Vue d’ensemble de la mosquée.
Vue d’ensemble de la mosquée.
Présentation
Nom local الجامع الكبير بالقيروان
Culte Islam
Type Mosquée
Début de la construction 670
Fin des travaux IXe siècle
Architecte Inconnu
Style dominant Plan arabe
Protection  Patrimoine mondial (1988), classée avec l’ensemble historique de Kairouan[1]
Monument historique classé et protégé en Tunisie (1912)
Site web islamickairouan.net
Géographie
Pays Tunisie Tunisie
Gouvernorat Kairouan
Commune Kairouan
Coordonnées 35° 40′ 53″ N 10° 06′ 15″ E / 35.68139, 10.10417 ()35° 40′ 53″ Nord 10° 06′ 15″ Est / 35.68139, 10.10417 ()  

Géolocalisation sur la carte : Tunisie (administrative)

(Voir situation sur carte : Tunisie (administrative))
Grande Mosquée de Kairouan

La Grande Mosquée de Kairouan (arabe : الجامع الكبير بالقيروان), également appelée mosquée Oqba Ibn Nafi (arabe : جامع عقبة بن نافع) en souvenir de son fondateur Oqba Ibn Nafi, est l’une des principales mosquées de Tunisie située à Kairouan. Historiquement première métropole musulmane du Maghreb, Kairouan, dont l’apogée sur les plans politique et intellectuel se situe au IXe siècle[2], est réputée comme étant le centre spirituel et religieux de la Tunisie[3],[4] ; elle est aussi parfois considérée comme la quatrième ville sainte de l’islam sunnite[5],[6],[4].

Représentant l’édifice emblématique de la cité, sa Grande Mosquée reste le sanctuaire le plus ancien et le plus prestigieux de l’Occident musulman[7],[8]. Figurant, depuis le décret beylical du 13 mars 1912, sur la liste des monuments historiques classés et protégés en Tunisie[9],[10], elle a également été classée, avec l’ensemble historique de Kairouan, au patrimoine mondial de l’Unesco en 1988[1].

Bâtie, initialement, par Oqba Ibn Nafi à partir de 670 (correspondant à l’an 50 de l’hégire)[11], alors que la ville de Kairouan est fondée, elle est agrandie et reconstruite aux VIIIe et IXe siècles[12],[13]. Elle est considérée, dans le Maghreb, comme l’ancêtre de toutes les mosquées de la région[14], aussi bien que l’un des plus importants monuments islamiques et un chef-d’œuvre universel d’architecture[15].

D’un point de vue esthétique, la Grande Mosquée de Kairouan apparaît comme le plus bel édifice de la civilisation musulmane au Maghreb. Son ancienneté et la qualité de son architecture font d’elle un joyau de l’art islamique. Nombreux sont les ouvrages et les manuels d’art musulman qui font référence à la mosquée[16].

Au-delà de son importance artistique et architecturale, elle a joué, selon l’universitaire et islamologue tunisien Mohamed Talbi, « un rôle capital dans l’islamisation de tout l’Occident musulman, y compris l’Espagne, et la diffusion du malikisme »[17].

Sous le règne de la dynastie des Aghlabides (IXe siècle), de grands travaux de reconstruction et d’embellissement donnent à la mosquée sa physionomie actuelle[18]. La renommée et le prestige de celle-ci et des autres sanctuaires de Kairouan fait que la ville se développe et se peuple de plus en plus. L’université, constituée de savants et de juristes qui dispensent leurs enseignements au sein de la mosquée, est un centre de formation aussi bien pour l’instruction de la pensée musulmane que pour les sciences profanes[19],[20]. Avec le déclin de la ville, amorcé à partir de la seconde moitié du XIe siècle, le centre de formation intellectuelle se déplace par la suite vers l’université Zitouna de Tunis[21].

Localisation et aspect général[ ]

Située dans la partie nord-est de la médina de Kairouan, la Grande Mosquée est implantée dans le quartier intra-muros de Houmat al-Jâmi (littéralement « quartier de la Grande Mosquée »)[22].

Plan de Kairouan, daté de 1916, délimitant la médina, la muraille qui l’entoure et les principaux monuments de la ville dont la Grande Mosquée.
Plan de la ville de Kairouan, daté de 1916, montrant la localisation de la Grande Mosquée à l’extrémité nord-est de la médina.

Cet emplacement devait correspondre, à l’origine, au cœur du tissu urbain de la cité fondée par Oqba Ibn Nafi. Mais en raison de la nature particulière du terrain, traversé par plusieurs affluents d’oueds, l’orientation urbaine s’est faite en direction du sud[23]. À cela s’ajoutent les graves bouleversements qui ont marqué Kairouan, suite aux invasions hilaliennes vers 449 de l’hégire (soit en 1057)[24], et qui ont entraîné le déclin, aussi bien que le rétrécissement de la ville[N 1].

Pour l’ensemble de ces raisons, la mosquée n’est plus située au centre de la médina, et se retrouve ainsi positionnée en périphérie, à proximité des remparts[23],[26].

Le monument est un vaste quadrilatère irrégulier, allongé dans la direction nord-sud[27],[28], qui est plus long (avec 127,60 mètres) du côté oriental que du côté opposé (avec 125,20 mètres) et moins large (avec 72,70 mètres) du côté nord, au milieu duquel se dresse le minaret, que du côté opposé (avec 78 mètres)[29],[30],[31]. Il s’étend sur une superficie totale d’environ 9 000 m2[32].

Vue extérieure de la mosquée, centrée sur l’angle nord-ouest, montrant plusieurs contreforts de l’enceinte et le minaret. Les contreforts, de diverses formes et dimensions, sont pour la plupart épais et saillants.
Vue centrée sur l’angle nord-ouest. L’aspect extérieur de la mosquée est marqué par la présence de nombreux contreforts de diverses dimensions.

Vue de l’extérieur, la Grande Mosquée de Kairouan est un édifice aux allures de forteresse[33], qui s’impose autant par ses murs massifs de couleur ocre de 1,90 mètre d’épaisseur composés de pierres de taille assez bien appareillées, d’assises de moellons et d’assises de briques cuites[34], que par les tours pleines des angles mesurant 4,25 mètres de côté[35], et les solides contreforts en saillie qui épaulent l’enceinte[36],[37].

Ces derniers présentent une partie supérieure qui est soit en pente, soit plate. Sur les côtés est et ouest, des contreforts à toit plat sont relayés par d’autres à toit en pente ; le côté sud, flanqué aux deux extrémités de deux tours d’angle carrées dont celle du sud-ouest est ornée d’une colonne angulaire, présente des contreforts à toit plat répartis à intervalles réguliers, alors que ceux du côté nord sont uniquement à toit en pente[38]. Les plus anciens contreforts, construits en brique, reposent sur des socles en pierre de taille[39]. Les contreforts à toit plat, en particulier ceux de la façade méridionale qui datent du IXe siècle, sont antérieurs aux contreforts à toit en pente ajoutés à partir du XIIIe siècle[40]. Plus qu’à une vocation défensive, les contreforts et les tours pleines servent davantage à renforcer la stabilité de la mosquée élevée sur un sol sujet au tassement[41] ; d’ailleurs plusieurs banquettes de briques, dont la hauteur varie de 1,6 à 1,7 mètre et dont la profondeur peut atteindre quatre à cinq mètres, se trouvent à la base des murs et contribuent également à assurer leur solidité[34].

Bien qu’ayant une apparence sévère, les façades de l’enveloppe murale, scandées de puissants contreforts et d’imposants porches, dont certains sont surmontés de coupoles, confèrent au sanctuaire un aspect jugé saisissant et plein de grandeur[41],[42].

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Histoire[ ]

Évolutions[ ]

Photographie d’époque de la Grande Mosquée de Kairouan, montrant la façade méridionale et orientale ainsi que le minaret.
Vue de la Grande Mosquée de Kairouan au début du XXe siècle.

Lors de la fondation de Kairouan en 670, le général et conquérant arabe Oqba Ibn Nafi (lui-même fondateur de la ville) choisit l’emplacement de sa mosquée au centre de la cité, à proximité du siège du gouverneur[43]. Ce lieu de culte initial est élevé entre 670 et 675[44],[45]. Peu de temps après sa construction, la mosquée est détruite vers 690[46], durant l’occupation de Kairouan par les Berbères initialement menés par Kusayla. Elle est reconstruite par le général ghassanide Hassan Ibn Numan en 703[47],[48]. Avec l’accroissement progressif de la population de Kairouan et devant l’augmentation conséquente du nombre de fidèles, la mosquée ne suffisant plus à les contenir[49], Hicham ben Abd al-Malik, calife omeyyade de Damas, fait effectuer par l’intermédiaire de son gouverneur Bichr Ibn Safwan de nombreux travaux d’aménagement dans la ville[50], qui incluent la rénovation et l’élargissement de la mosquée aux alentours des années 724-728[49]. En vue de son agrandissement, il fait abattre puis reconstruire la mosquée à l’exception de son mihrab ; c’est sous son égide que débute l’édification du minaret[51],[52]. En 774, une nouvelle reconstruction accompagnée de remaniements et d’embellissements[53], a lieu sous la direction du gouverneur abbasside Yazid Ibn Hâtim[54],[55].

Photographie d’époque, vers 1900, montrant la façade occidentale de la Grande Mosquée de Kairouan.
Vue de la façade occidentale de la mosquée au début du XXe siècle.
Vue aérienne, datée d’avril 1964, de la Grande Mosquée de Kairouan.
Ancienne vue aérienne de la mosquée datant de 1964.

Sous le règne des souverains aghlabides, Kairouan est à son apogée et la mosquée profite de cette période de calme et de prospérité. En 836, Ziadet Allah Ier fait reconstruire à nouveau la mosquée : c’est à cette époque que l’édifice acquiert, au moins dans sa globalité, l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui[56],[57] ; cette campagne de reconstruction, dont le coût s’élève à 86 000 mithqals d’or (un mithqal équivalant à 4,25 grammes)[58],[12],[59], comprend, entre autres, la réédification de la salle de prière, qui compte désormais 17 nefs, ainsi que l’érection de la coupole côtelée sur trompes en coquille du mihrab[60],[61]. Vers 862-863, Aboul Ibrahim agrandit l’oratoire, avec trois travées vers le nord, et ajoute la coupole au-dessus du portique qui précède la salle de prière[62] ; par ailleurs, il contribue notablement à l’embellissement de la mosquée en la dotant d’un remarquable minbar en bois finement sculpté et en faisant redécorer le mihrab avec l’emploi, notamment, de carreaux de céramique à reflets métalliques[63]. En 875, Ibrahim II construit encore trois travées aux dépens de la cour qui est également amputée sur les trois autres côtés par des galeries doubles[64].

L’état actuel de la mosquée remonte donc au IXe siècle, au règne des Aghlabides, à l’exception de quelques restaurations partielles et de quelques adjonctions postérieures effectuées en 1025 sous le règne des Zirides[65], 1248 et 1293-1294 sous le règne des Hafsides[65],[66], 1618 à l’époque des beys mouradites, au XVIIIe siècle ainsi qu’au début du XIXe siècle durant la période des beys husseinites[67], à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle[68]. Plusieurs actions de sauvegarde et de conservation sont également effectuées au cours de la première moitié des années 1960[16].

En 1967, de grands travaux de restauration, étalés sur cinq ans et menés sous la direction de l’Institut national d’archéologie et d’art, sont lancés sur l’ensemble du monument et s’achèvent par une réouverture officielle de la mosquée, en présence de Habib Bourguiba, premier président de la République tunisienne, et de son homologue algérien Houari Boumédiène, lors de la célébration du Mouled de l’année 1972[16]. L’édifice connaît, au milieu des années 1980, des travaux complémentaires de restauration qui concernent essentiellement les murs extérieurs et leurs contreforts ainsi que le minaret[69].

Récits et témoignages[ ]

Carte postale de 1900 montrant l’utilisation d’un puits dans la cour de la mosquée.
Pèlerins autour d’un puits, d’après une carte postale de 1900.
Photographie d’époque (vers 1890-1910) montrant l’une des galeries de la mosquée.
Extrémité ouest du portique sud de la cour, près de la salle de prière, vers les années 1890-1910.

Quelques siècles après sa fondation, la Grande Mosquée de Kairouan fait l’objet de nombreuses descriptions de la part d’historiens et de géographes arabes du Moyen Âge. Ces récits concernent principalement les différentes phases de construction et d’agrandissement du sanctuaire, ainsi que les apports successifs de nombreux princes au décor intérieur (mihrab, minbar, plafonds, etc.). Parmi les auteurs qui ont écrit sur le sujet, et dont les récits nous sont parvenus[70], figurent Al-Bakri (géographe et historien andalou mort en 1094 qui a consacré un récit suffisamment détaillé à l’histoire et à la description de la mosquée dans son ouvrage Description de l’Afrique septentrionale), Al-Nowaïri (historien égyptien mort en 1332) et Ibn Nagi (jurisconsulte et hagiographe kairouanais mort aux alentours de l’année 1435)[71],[72]. En se référant à un texte plus ancien d’Al-Tujibi (auteur kairouanais décédé en 1031), Ibn Naji donne, au sujet des ajouts et des embellissements apportés à l’édifice par le souverain aghlabide Aboul Ibrahim, le récit suivant : « Il construisit dans la mosquée de Kairouan la coupole qui se dresse à l’entrée de la nef centrale ainsi que les deux colonnades qui la flanquent des deux côtés, puis les galeries furent dallées par ses soins. Il fit ensuite le mihrab »[56]. Soulignant le soin apporté par le prince à la décoration du mihrab, il ajoute que « l’émir donna au mihrab cette parure merveilleuse, employant le marbre, l’or et autres belles matières »[62],[73]. Par la suite, voyageurs, écrivains et poètes occidentaux passés par Kairouan laissent des témoignages parfois empreints de vive émotion voire d’admiration sur la mosquée. Dès le XVIIIe siècle, le médecin et naturaliste français Jean André Peyssonnel, qui effectue un voyage d’études vers 1724, durant le règne du souverain Hussein Ier Bey, souligne la renommée de la mosquée comme un centre d’études religieuses et profanes réputé : « La Grande Mosquée est dédiée à Okba où il y a un célèbre collège où l’on va étudier des endroits les plus reculés de ce royaume : on y enseigne à lire et écrire la grammaire arabe, les lois et la religion. Il y a de grosses rentes pour l’entretien des professeurs »[74].

Photographie d’époque du minaret, vu depuis la cour.
Minaret vu depuis la cour, aux alentours de 1900.
Ancienne carte postale, datant de 1900, qui montre le mihrab, le minbar et un côté de la maqsura.
Carte postale de 1900 montrant le mihrab, le minbar et la maqsura.

À la même époque, le docteur et pasteur anglican Thomas Shaw (1692-1751)[75], qui parcourt la Régence de Tunis et passe par Kairouan en 1727, décrit la mosquée comme celle « qui est réputée la plus magnifique et la plus sacrée de la Berbérie », mettant notamment en avant « un nombre presque incroyable de colonnes de granit »[76]. À la fin du XIXe siècle, l’écrivain français Guy de Maupassant exprime, dans un récit de voyages intitulé La Vie errante, sa fascination pour l’architecture de la Grande Mosquée de Kairouan, qu’il considère « aussi parfaite et aussi magnifique que les plus pures conceptions des plus grands tailleurs de pierre »[77], ainsi que son saisissement devant l’effet créé par ses innombrables colonnes : « L’harmonie unique de ce temple bas vient de la proportion et du nombre de ses fûts légers qui portent l’édifice, l’emplissent, le peuplent, le font ce qu’il est, créent sa grâce et sa grandeur. Leur multitude colorée donne à l’œil l’impression de l’illimité, tandis que l’étendue peu élevée de l’édifice donne à l’âme une sensation de pesanteur. Cela est vaste comme un monde... »[78],[79].

Concernant la grande variété des colonnes et de leurs chapiteaux, Maupassant note : « Le regard s’arrête, se perd dans cet emmêlement profond de minces piliers ronds d’une élégance irréprochable, dont toutes les nuances se mêlent et s’harmonisent, et dont les chapiteaux byzantins, de l’école africaine et de l’école orientale, sont d’un travail rare et d’une diversité infinie. Quelques-uns m’ont paru d’une beauté parfaite. Le plus original peut-être représente un palmier tordu par le vent »[77]. Parmi les détails remarquables de la salle de prière, il relève à propos de la maqsura et du minbar :

« La chambre du sultan, qui entrait par une porte réservée, est faite d’une muraille en bois ouvragée comme par des ciseleurs. La chaire aussi, en panneaux curieusement fouillés, donne un effet très heureux » ; il dépeint le mihrab comme « une admirable niche de marbre sculpté, peint et doré, d’une décoration et d’un style exquis »[78]. Au tout début du XXe siècle, le poète autrichien Rainer Maria Rilke, qui évoque la place de Kairouan dans l’histoire musulmane, décrit son admiration pour l’imposant minaret :

« La ville est marquée par la Grande Mosquée. Jusqu’au XIe siècle, Kairouan fut un important centre islamique en Afrique du Nord. Existe-t-il un modèle plus beau que cette vieille tour, le minaret, encore conservé de l’architecture islamique ? Dans l’histoire de l’art, son minaret à trois étages est considéré comme un chef-d’œuvre et un modèle parmi les monuments les plus prestigieux de l’architecture musulmane[80]. »

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Architecture et ornements[ ]

La Grande Mosquée de Kairouan, d’une superficie totale de l’ordre de 9 000 m2, présente un plan en forme de quadrilatère irrégulier, approximativement trapézoïdal[N 2].

Plan d’architecte de la Grande Mosquée de Kairouan.
Plan de la Grande Mosquée de Kairouan.
Schéma annoté de la mosquée, vue sous plusieurs angles.
Vue d’ensemble de l’édifice (centre), vue partielle extérieure de la salle de prière (gauche), et minaret vu côté cour (droite).

Enceinte et porches[ ]

Gros plan sur l’une des entrées de l’édifice, Bab al-Gharbi, précédée d’un porche ouvert par un arc outrepassé brisé.
Gros plan sur Bab al-Gharbi, la porte est précédée d’un porche à arc outrepassé brisé.
Voûte d’arêtes d’un porche de la façade occidentale.
Voûte d’arêtes en briques cuites couvrant un porche de la façade occidentale.

L’enceinte de la Grande Mosquée de Kairouan, dont les murs sont hérissés de contreforts de formes et de tailles différentes[82], est, de nos jours, percée de neuf portes : six ouvrant sur les portiques de la cour, deux ouvrant sur la salle de prière et une neuvième permet d’accéder à la salle de l’imam ainsi qu’à la maqsura. La répartition des portes se présente ainsi : quatre à chacune des façades occidentale et orientale, celle orientée au sud n’en comporte qu’une alors que la façade nord en est dépourvue[83]. Certaines d’entre elles, comme c’est le cas de Bab al-Gharbi (Porte de l’ouest) située sur la façade occidentale, sont précédées de porches saillants flanqués de puissants contreforts et coiffés de coupoles côtelées reposant sur des tambours carrés qui portent aux angles des trompes à voussures[34],[84].

Cependant, les historiens et géographes arabes du Moyen Âge Al-Maqdisī et Al-Bakri ont mentionné l’existence, autour des Xe ‑ XIe siècles, d’une dizaine de portes nommées différemment de celles d’aujourd’hui. Cela s’explique par le fait que, contrairement au reste de la mosquée, l’enceinte a subi des transformations notables pour assurer la stabilité de l’édifice ; celles-ci incluent, en particulier, l’adjonction de nombreux contreforts. Ainsi, certaines entrées ont été murées alors que d’autres ont été conservées[34]. À la façade occidentale, un arc brisé, qui surmonte désormais une niche plate dont le fond est décoré de motifs géométriques simples (en losanges) réalisés en briques cuites, témoigne d’une ancienne porte dont l’ouverture a été bouchée depuis longtemps[85],[86]. À partir du XIIIe siècle, de nouvelles portes ont été aménagées à l’instar de Bab al-Ma (Porte de l’eau), située sur la façade occidentale et qui porte sur une plaque en marbre une inscription commémorative la datant de 1293-1294, et de Bab Lalla Rihana, située sur le mur oriental de l’enceinte et qui date également de 1293-1294[34].

Les quatre portes de la façade occidentale se présentent ainsi, depuis l’extrémité sud :

  • La première, Bab al-Gharbi, ouvrant sur la salle de prière, possède un linteau et des pieds-droits en marbre blanc ; un arc de décharge brisé, en briques cuites, la surmonte. Elle est précédée d’un porche, de 3,48 mètres de largeur et de 3,6 mètres de profondeur, comportant un arc outrepassé brisé appareillé reposant, par l’intermédiaire d’impostes, sur deux colonnes à chapiteaux différents ; l’arc est surmonté de neuf petites niches en brique cuites, toutes aveugles, à l’exception de celle du milieu qui est ouverte. Le porche est coiffé d’une coupole côtelée reposant sur quatre trompes à trois voussures concentriques ; sa calotte est creusée, de l’intérieur, de 53 cannelures qui correspondent aux 53 côtes saillantes qui l’ornent extérieurement[84].
  • La deuxième, Bab al-Ma, débouchant sur la première travée du portique occidental de la cour, est précédée d’un porche de 2,75 mètres de largeur et de trois mètres de profondeur. Ce dernier est ouvert par un arc outrepassé et légèrement brisé qui repose sur deux colonnes à chapiteaux identiques ; il est couvert d’un plafond en bois à solives apparentes[87].
  • La troisième, ouvrant sur le milieu du portique occidental de la cour, est devancée par un porche mesurant 3,3 mètres de largeur et 2,63 mètres de profondeur. Celui-ci, ouvert par un arc brisé à peine outrepassé reposant sur deux colonnes à chapiteaux divers, est surmonté d’un parapet crénelé. Le couvrement est assuré par une voûte d’arêtes en briques cuites[88].
  • La quatrième, ouvrant sur l’avant-dernière travée du portique occidental de la cour, est devancée par un porche mesurant trois mètres de largeur et 2,35 mètres de profondeur. Dans sa partie inférieure, le porche est ouvert par un arc en plein cintre légèrement outrepassé, reposant sur deux colonnes à chapiteaux et bases variés, et à fûts de couleur différente : l’un blanchâtre, l’autre gris bleuté ; quant à sa partie supérieure, coiffée d’une coupole côtelée portée sur quatre trompes à deux voussures, elle est décorée d’une arcature aveugle à cinq arcs outrepassés brisés : trois sur la façade antérieure, percée au milieu d’une petite baie, et un sur chacune des deux faces latérales[89].
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Porche de Bab Lalla Rihana, l’entrée la plus imposante de la mosquée datant de la fin du XIIIe siècle.
Bab Lalla Rihana, datant de la fin du XIIIe siècle, est l’entrée la plus remarquable et la plus imposante de la mosquée.
Gros plan sur un porche de la façade orientale.
Gros plan sur un porche de la façade orientale (troisième à partir de l’extrémité sud) ; il est ouvert par un arc en plein cintre outrepassé.

Les quatre portes de la façade orientale, à partir de son extrémité sud, sont :

  • La première, Bab Lalla Rihana, ouvrant sur la salle prière, est précédée du plus imposant des porches de la mosquée. Elle a pris le nom d’une sainte locale (Lalla Rihana), dont le tombeau était autrefois situé aux alentours[27],[90]. La porte, dont le linteau et les pieds-droits sont en marbre blanc, est surmontée d’un arc brisé appareillé ; dans son tympan figure une plaque rectangulaire portant une inscription commémorative qui donne le nom du commanditaire et la date de construction : 693 de l’hégire correspondant à 1293-1294 de l’ère commune[83]. Cette entrée monumentale, œuvre du souverain hafside Abû Hafs 'Umar ben Yahyâ (règne de 1284 à 1295)[91], s’inscrit dans un carré saillant flanqué de colonnes antiques en marbres divers[92], et couvert d’une coupole côtelée dont la calotte, creusée de 57 cannelures rayonnantes, repose sur quatre trompes à quatre voussures concentriques[93],[90],[34]. Le porche, d’une largeur d’environ 7 mètres, est percé de trois baies outrepassées : une grande arcade sur sa façade antérieure et deux arcades plus petites sur ses faces latérales[94]. La façade antérieure comporte un grand arc en fer à cheval appareillé qui repose, par l’intermédiaire d’impostes en marbre blanc, sur deux colonnes de marbre coiffées de chapiteaux différents. Cet arc est surmonté d’une frise ornée d’une arcature aveugle à neuf arcs en plein cintre outrepassé et à colonnettes en marbre de style hafside, le tout couronné par un crénelage de merlons en dents de scie[94],[92] ; l’arcature aveugle se prolonge sur l’une des faces latérales du porche, l’autre face en est dépourvue[94]. Un arc outrepassé, plus petit que celui de la façade antérieure, est percé dans chacune des deux faces latérales ; il repose également sur des colonnes et est revêtu au niveau de l’intrados d’un décor en plâtre sculpté, orné de fines arabesques à motifs géométriques et végétaux[92]. Malgré sa construction à la fin du XIIIe siècle, Bab Lalla Rihana s’harmonise parfaitement à l’ensemble de l’édifice qui date principalement du IXe siècle[92].
  • La deuxième, débouchant sur la première travée du portique oriental de la cour, est simplement encadrée de deux colonnes, l’une d’elles est finement gravée d’inscriptions, qui supportent un arc légèrement brisé[95].
  • La troisième, ouvrant sur le portique oriental de la cour, possède un cadre mouluré en marbre blanc. Surmontée d’une fenêtre grillagée de forme rectangulaire, elle est précédée d’un porche peu profond qui présente un arc appareillé en plein cintre outrepassé reposant, par l’intermédiaire d’impostes bordées de moulures en marbre blanc, sur deux colonnes, également en marbre blanc, coiffées de chapiteaux différents[95].
  • La quatrième, débouchant également sur le portique oriental de la cour, est devancée par un porche peu profond semblable à celui de la troisième porte ; à la différence de cette dernière, elle est surmontée d’une niche rectangulaire aveugle[95].

La façade sud présente une seule porte rectangulaire conduisant à la salle de l’imam. Surmontée d’une fenêtre grillagée de forme carrée, elle est encadrée de deux colonnes à chapiteaux divers qui supportent, par l’intermédiaire d’impostes, un arc outrepassé brisé[96].

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Cour[ ]

Espace et portiques[ ]

Portique oriental de la cour. Les colonnes de la façade, adossées à des piliers, sont coiffées de chapiteaux variés.
Vue du portique oriental de la cour. Les colonnes de la façade, adossées à des piliers, possèdent des fûts de différentes hauteurs et sont coiffées de chapiteaux variés.
Vue d’ensemble de la cour. Le portique septentrional est interrompu, vers son milieu, par le minaret.
Vue d’ensemble de la cour. Le portique nord est interrompu, vers son milieu, par le minaret.
Vue intérieure du portique occidental montrant l’alignement symétrique des arcades, avec, au premier plan, une colonne à chapiteau corinthien.
Alignement symétrique des arcades dans le portique occidental. Au premier plan, une colonne à chapiteau corinthien.

Il est possible d’accéder à la cour par l’une des six entrées latérales datant des IXe et XIIIe siècles ; on découvre alors un vaste espace trapézoïdal à ciel ouvert dont les dimensions, à savoir la longueur de ses quatre côtés, sont : 67 mètres pour le côté ouest, 67,25 mètres pour le côté est, 50,25 mètres pour le côté nord et 52,45 mètres pour le côté sud[38],[97],[98]. Il est entouré sur trois de ses côtés (sud, est et ouest) par des portiques à plusieurs alignements d’arcades ; celui du côté nord, dont l’ordonnance est interrompue par le minaret, ne comporte qu’une seule ligne d’arcades[99].

Les portiques sont ouverts par des arcs, majoritairement en plein cintre outrepassés, qui sont soutenus par des colonnes de marbres divers, de granite ou de porphyre ; les bases, fûts et chapiteaux sont remployés de monuments romains, paléochrétiens ou byzantins provenant de plusieurs sites anciens, notamment de Carthage[42].

Les chapiteaux sont de styles très variés : chapiteaux ioniques, composites, le plus souvent corinthiens ou corinthisants (à feuilles d’acanthe souples, épineuses ou dentelées). Certains sont à figures animales (aigle, bélier) mais sensiblement modifiés lors de la retaille, d’autres sont en forme de tronc de pyramide (à quatre faces trapézoïdales) ou de tronc de cône renversés. Un certain nombre sont sculptés à jour et sont ornés de divers éléments végétaux et d’entrelacs ; d’autres encore sont à médaillons, etc[100].

Photographie d’un panneau sculpté de la façade du portique occidental de la cour.
Panneau sculpté du portique occidental.

Tous les arcs de façade des portiques sont encadrés, chacun, d’une moulure couronnée d’un nœud à la clef[99]. Les façades des portiques occidental et oriental présentent des arcs en plein cintre outrepassé qui retombent, par l’intermédiaire d’impostes munies de corniches, sur des colonnes jumelées adossées à des piliers. Le portique oriental s’ouvre sur la cour par dix-huit arcs[101], alors que le portique occidental est ouvert par quinze arcs[102]. Ce dernier présente en façade, à son extrémité sud, entre le premier et le deuxième arc, un panneau sculpté en pierre, sorte de niche feinte en forme de mihrab, qui comporte un décor symétrique de rinceaux et de fleurs se terminant par un croissant[99],[103]. Deux panneaux similaires se trouvent à l’intérieur du même portique, à son extrémité sud également. La décoration des panneaux, qui date du XVIIe siècle, semble attester d’une restauration de celui-ci à l’époque mouradite.

Lors de cette campagne de réfection sont utilisés quelques chapiteaux et fûts de colonnes récupérés du site de l’ancienne cité royale fatimo-ziride d’Al-Mansuriya (occupée entre les Xe et XIe siècles) ; c’est ainsi que le fût d’une colonne de la façade de ce portique est gravé d’une inscription en caractères coufiques en relief, de l’époque ziride, datée de 402 de l’hégire, soit 1011 de l’ère commune[99]. L’inscription en six lignes, enfermée dans un cadre en forme d’arc recti-curviligne, porte le texte suivant : « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Ceci est une des choses dont Half Allâh, fils de Gazi al-Asîrî, a, par testament, ordonné la construction et cela en Ramadan de l’année 402. Dieu l’en récompense et lui accorde pardon et miséricorde »[99],[104]. À l’extrémité nord du portique occidental, deux arcades aveugles se détachent sur le mur de l’ancienne midha (salle d’ablutions) ; celle-ci, probablement antérieure à la période hafside, se distingue par une façade décorée de losanges en pierre sculptée de motifs floraux et géométriques[99].

Vue panoramique de la cour entourée de portiques. De gauche à droite : le portique oriental, qui ouvre sur la cour par dix-huit arcades en plein cintre outrepassé, le portique méridional et une partie du portique occidental.
Panorama de la cour et de ses portiques. De gauche à droite : le portique oriental, ouvert par dix-huit arcades, le portique méridional et une partie du portique occidental.
Façade du portique sud de la cour. Il ouvre sur celle-ci par treize arcades outrepassées.
Vue d’ensemble de la façade du portique sud ouvrant sur la cour par treize arcades.
Vue intérieure du portique sud qui sert de narthex à la salle de prière. Les colonnes des arcades présentent des bases et des chapiteaux variés.
Vue intérieure du portique sud qui sert de narthex à la salle de prière.

La façade du portique bordant le côté sud de la cour, en avant de la salle de prière, comporte en son milieu un haut et large arc appareillé en plein cintre outrepassé et légèrement brisé. Celui-ci repose, par l’intermédiaire d’impostes munies de corniches, sur des colonnes dépourvues de bases, dont les fûts, en marbre blanc veiné, sont surmontés de chapiteaux composites à feuilles d’acanthe souples[105],[99].

Cet imposant porche, dont l’arc est encadré de piliers saillants, est surmonté, ainsi que les deux arcs moins élevés qui le bordent de part et d’autre, d’un mur crénelé derrière lequel s’élève une base carrée, terminée par une rangée de tuiles vertes, dont les côtés nord, est et ouest comportent, chacun, trois fenêtres rectangulaires, celle du milieu étant plus grande que les deux autres. Le côté sud, quant à lui, est dépourvu de fenêtres et de niches[106] ; ceci s’explique par le fait qu’il est, en partie, masqué par le toit de la nef centrale de la salle de prière, plus élevé, d’environ deux mètres, que le reste des toits de celle-ci[107]. Les baies des côtés nord et ouest sont inscrites dans des niches arrondies en fer à cheval ; ces dernières sont absentes du côté est[106].

Coupole dont la calotte, ornée extérieurement de nombreuses arêtes aiguës, repose sur un tambour dodécagonal percé de fenêtres rectangulaires inscrites dans des arcatures outrepassées.
Gros plan sur la coupole.

Sur la base se dresse une coupole en briques dont la calotte semi-sphérique côtelée, d’un diamètre de 5,71 mètres[108], porte de nombreuses arêtes aiguës[109]. La calotte repose sur un tambour dodécagonal percé de seize fenêtres rectangulaires inscrites dans des niches à arcs outrepassés[110],[99]. Le tambour, d’une hauteur de deux mètres, se termine, également, par une rangée de tuiles vertes qui protège des effets de la pluie et assure, à la fois, un rôle décoratif[109].

Le grand arc central du portique sud est flanqué, de chaque côté, par six arcs outrepassés disposés de façon rythmée à raison d’un petit arc suivi de quatre arcs moyens de même grandeur et enfin d’un autre petit arc ; ils retombent, par l’entremise d’impostes munies de corniches, sur des colonnes jumelées adossées à des piliers[99],[111].

Au total, les proportions et les dispositions générales de la façade du portique sud, qui s’ouvre sur la cour par treize arcs dont celui du milieu constitue avec les deux arcs plus petits qui le bordent et auxquels il est soudé par le mur crénelé une sorte d’arc de triomphe à trois baies couronné d’une coupole, forment ainsi un ensemble ayant « un air de puissante majesté » selon l’historien et sociologue Paul Sebag[112].

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Détails de la cour[ ]

La cour vue depuis sa partie sud pavée de marbre blanc.
Vue de la cour depuis sa partie sud dallée de plaques en marbre blanc.

L’ensemble formé par la cour et les galeries qui l’entourent couvre une aire immense aux dimensions de l’ordre de 90 mètres de longueur sur 72 mètres de largeur[113], s’étendant ainsi sur près des deux tiers de la superficie totale de la mosquée[114]. La cour est revêtue de dalles de pierre dans sa partie nord, alors que le reste du pavement est presque entièrement composé de plaques en marbre blanc[N 3].

Gros plan sur le cadran solaire horizontal de la cour.
Cadran solaire horizontal dont la plaque, en marbre blanc, comporte quatre gnomons et de nombreuses indications.

Près de son centre se trouve un cadran solaire horizontal à quatre gnomons auquel on accède par un petit escalier ; cet ouvrage, qui permet de déterminer l’heure des prières, porte une inscription en écriture naskhi gravée sur le marbre qui donne le nom de l’artisan Ahmad Ibn Qâsim Ibn Ammâr Al-Sûsî et la date de réalisation (1258 de l’hégire qui correspond à l’année 1842)[115],[113]. Le cadran horizontal de la Grande Mosquée de Kairouan, qui par l’abondance de ses lignes rappelle celui de la Grande Mosquée des Omeyyades à Damas, comporte, outre la graduation habituelle, les divisions correspondant aux heures babyloniques, celles écoulées depuis le lever du Soleil, et aux heures italiques qui sont celles restant à courir jusqu’au coucher[116]. Un autre cadran solaire, plus petit, est plaqué verticalement en haut de l’un des chapiteaux du portique oriental[117]. Le collecteur d’eau de pluie ou impluvium, peut être l’œuvre du fondateur de la dynastie mouradite, le bey Mourad Ier (1613-1631) ou, plus probablement encore, celle du bey Mohamed (1686-1696), est un système qui assure le captage, grâce à la surface légèrement déclive de la cour, puis le filtrage des eaux de pluie au niveau d’un bassin central qui joue le rôle d’un bassin de décantation et qui retient les impuretés[113].

Ce dernier se compose d’une grande dalle de marbre blanc, évidée suivant un enchevêtrement d’arcs outrepassés juxtaposés et disposés sur deux plans successifs. Sur le premier, les arcs sculptés entourent un carré alors que, sur le second, ils entourent un cercle. Un troisième plan, creusé suivant une circonférence, est percé de deux ouvertures arrondies qui conduisent les eaux collectées et filtrées. Ce bassin carré, de 1,5 mètre de côté, est bordé sur tout son pourtour d’une bande de marbre noir. Il est flanqué, sur ses quatre côtés, d’un décor géométrique composé d’un placage de marbre noir et blanc figurant un carré dans lequel est inscrit un octogone ; quatre des côtés de chaque octogone sont ornés de rondelles de marbre blanc incrustées dans le marbre noir[118]. Débarrassées de leurs impuretés, les eaux se déversent dans une vaste citerne souterraine voûtée, soutenue par des piliers massifs en maçonnerie[119]. Dans la cour se trouvent également plusieurs puits dont certains sont placés côte à côte. Leurs margelles, obtenues à partir de bases de colonnes antiques évidées[120],[121], portent les rainures des cordes remontant les seaux[N 4].

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Minaret[ ]

Vue du minaret depuis l’extérieur. Il s’agit d’une tour de plan carré, constituée de trois étages dégressifs superposés dont le dernier est coiffé d’une coupole.
Vue du minaret depuis l’extérieur.
Vue de la partie supérieure du minaret. Les deuxième et troisième niveaux sont protégés par un parapet aux merlons arrondis.
Gros plan sur la partie supérieure du minaret.

Le minaret, qui se dresse au milieu de la façade septentrionale, la plus étroite de l’édifice, domine la mosquée du haut de ses 31,5 mètres et se trouve assis sur une base carrée de 10,7 mètres de côté[122]. Situé à l’intérieur de l’enceinte et ne disposant pas d’accès direct par l’extérieur, il est constitué de trois niveaux dégressifs superposés dont le dernier est coiffé d’une coupole[123]. Le premier niveau, haut de 18,9 mètres, s’amincit d’environ cinquante centimètres de sa base à son sommet[122]. Le deuxième niveau, haut de cinq mètres et large de 7,65 mètres, est décoré, sur chacun de ses quatre côtés, de trois arcades aveugles en plein cintre outrepassé ; celle du milieu est plus large que les deux autres. Sur la face sud, une porte quadrangulaire se découpe au milieu de l’arcade centrale[122],[124].

Le troisième niveau : le lanternon, mesurant 5,45 mètres de hauteur (coupole non comprise) sur 5,5 mètres de largeur, présente sur ses quatre faces une arcade en fer à cheval flanquée de colonnes à chapiteaux divers et encadrée de deux arcades aveugles plus étroites[122] ; chaque face se termine par cinq petites niches en plein cintre qui sont toutes aveugles et à fond plat, à l’exception de celle médiane, ouverte, de la face sud. Il est couronné d’une coupole côtelée sur trompes, à 35 cannelures, de 3,6 mètres de diamètre[125], sans doute postérieure à son élévation[49],[122]. Les premier et deuxième niveaux sont surmontés d’un garde-corps crénelé aux merlons arrondis qui sont percés d’ouvertures en forme d’archères ; la hauteur de ces parapets est de 1,2 mètre pour le premier niveau et de 1,15 mètre pour le deuxième[122]. Les murs se caractérisent par leur grande épaisseur qui atteint 3,3 à 3 4 mètres dans la partie inférieure du premier niveau[126],[127]. Le minaret servait à la fois de tour de guet et de point d’appel à la prière[128].

Porte encadrée d’un linteau et de pieds-droits sculptés d’origine antique ; elle est surmontée d’un arc de décharge en fer à cheval.
Porte du minaret encadrée d’un linteau et de pieds-droits sculptés, elle est surmontée d’un arc de décharge en fer à cheval.
Vue du minaret depuis la cour. Côté cour, le premier niveau est percé de trois fenêtres superposées au-dessus de la porte.
Vue du minaret depuis la cour.
Détail du linteau de la porte du minaret. Il est orné d’un décor sculpté de pampres et de perles.
Détail du linteau.

La porte qui en ouvre l’accès, mesurant 1,85 mètre de haut et un mètre de large, est encadrée d’un linteau et de pieds-droits ornés de sculptures à motifs de pampres et de perles d’origine antique[128] ; elle est surmontée d’un arc de décharge en fer à cheval[129]. Ce dernier, composé de 29 claveaux[130], repose directement sur le linteau[131]. Les sept premières assises du minaret sont faites de pierres antiques de grand appareil provenant de sites romains et byzantins, dont certaines portent des inscriptions latines. Leur utilisation remonte probablement aux travaux effectués sous le gouverneur omeyyade Bichr Ibn Safwan vers 725 où elles ont été réemployées à la base de la tour[132]. La plus grande partie du minaret, œuvre des princes aghlabides datée de la première moitié du IXe siècle[49], est constituée d’assises régulières de moellons taillés avec soin, de 12 à 13 centimètres de haut, conférant ainsi à l’ouvrage une homogénéité et une unité stylistique jugées admirables[133].

L’intérieur comprend un passage, de 3,1 mètres de long sur 1,32 mètre de large[124], qui mène à un escalier de 129 marches, large de 0,97 mètre, tournant autour d’un noyau plein de plan carré et de 1,92 mètre de côté[97]. L’escalier, surmonté d’une voûte en berceau, permet d’accéder aux étages et aux promenoirs du minaret.

La façade sud donnant sur la cour est percée, au premier niveau, de trois fenêtres grillagées alignées verticalement qui en assurent l’éclairage et l’aération[129]. Ces dernières n’ont pas la même hauteur ; elle est de 1,63 mètre pour la fenêtre inférieure, 1,68 mètre pour la médiane et 1,77 mètre pour la supérieure. Les autres façades, orientées au nord, à l’est et à l’ouest, sont percées d’étroites et longues ouvertures en forme de meurtrières[122]. Sur chacun des côtés est et ouest s’ouvre une porte donnant accès aux terrasses des portiques ; ces deux portes ainsi que les fenêtres du côté sud sont surmontées d’arcs de décharge en plein cintre outrepassé[122]. Concernant l’ancienneté du minaret, datant de la troisième décennie du VIIIe siècle ou de 836, année de la dernière reconstruction de la mosquée, il constitue dans les deux cas le plus vieux minaret du monde musulman[134],[135], ainsi que le plus vieux au monde qui soit toujours debout[136],[137],[138].

Par son ancienneté et ses caractéristiques architecturales, le minaret de la Grande Mosquée de Kairouan apparaît comme le prototype de tous les minarets de l’Occident musulman : il a servi de modèle aussi bien en Afrique du Nord qu’en Andalousie[139],[129],[123]. Bien que de forme massive et de décoration assez austère, il se distingue néanmoins par une allure harmonieuse et un aspect majestueux[140],[129].

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Salle de prière[ ]

Vue d’un groupe de touristes dans le portique précédant la salle de prière.
Groupe de touristes dans le portique qui précède la salle de prière, dont il est séparé par des portes en bois sculpté.
Vue de la nef centrale de la salle de prière. Elle est bordée, de part et d’autre, d’une double ligne d’arcades à colonnes géminées.
Vue de la nef centrale de la salle de prière. Bordée des deux côtés de colonnes géminées, elle conduit au mihrab.
Décor en plâtre sculpté surmontant les arcs de la nef centrale de la salle de prière.
Décor en plâtre sculpté surmontant les arcs de la nef centrale.

La salle de prière se trouve du côté méridional de la cour ; on y accède par 17 portes en bois de cèdre sculpté[141]. Un portique à double rangée d’arcades, d’une profondeur de 8,55 mètres[97], précède la vaste salle de prière qui se présente sous la forme d’un rectangle de 70,6 mètres de largeur et de 37,5 mètres de profondeur[142],[143]. Elle s’étend sur environ 2 600 m2[144].

La salle hypostyle est divisée en 17 nefs et huit travées ; les nefs sont orientées perpendiculairement au mur de la qibla (qui correspond au mur méridional de la salle de prière)[145],[28]. Plus larges que les autres, la nef centrale et la travée de la qibla, qui forme une sorte de nef transversale ou nef-transept longeant le mur de la qibla, se croisent à angle droit au devant du mihrab[146],[145]. Ce dispositif, dit « en T », qui apparaît pour la première fois, de manière claire et affirmée dès 836, à la Grande Mosquée de Kairouan[11], et que l’on rencontre également dans les deux mosquées irakiennes de Samarra : la Grande Mosquée et celle d’Abu Dulaf (construites respectivement vers 847 et 859), a été repris dans de nombreuses mosquées maghrébines et andalouses dont il devient une caractéristique[147],[11].

Le dispositif en T, illustré de façon exemplaire à la mosquée de Kairouan, confère à cette dernière un équilibre remarquable qui lui octroie une place de choix dans l’architecture religieuse musulmane[148]. L’intersection de la nef centrale et de la travée de la qibla, dont la largeur mesure près de 6 mètres contre 3,5 mètres pour chacune des sept travées restantes[149], détermine une zone carrée au-dessus de laquelle s’élève une coupole sur trompes en coquille (coupole du mihrab)[146],[145]. La nef centrale, sorte d’allée triomphale qui mène au mihrab[150], est nettement plus haute et plus large que les seize autres nefs de la salle de prière ; sa largeur est de 5,75 mètres contre 3,4 mètres pour les nefs ordinaires[146],[149].

Photographie montrant la porte la plus grande et la plus ornée de la salle de prière. Renouvelée en 1828-1829, sa décoration est faite de motifs géométriques et végétaux, de moulures, ainsi que d’inscriptions en relief.
Porte la plus grande et la plus ornée des 17 portes en bois sculpté ouvrant sur la salle de prière. Renouvelée au XIXe siècle, durant la période husseinite, sa décoration comprend des motifs géométriques et végétaux, des moulures, ainsi que des inscriptions en relief.
Panneau d’un des vantaux de la grande porte de la salle de prière.
Gros plan sur un panneau de l’un des vantaux de la grande porte de la salle de prière. Les ornements sculptés consistent en rinceaux, fleurs et entrelacs étoilés.

Elle est bordée, de part et d’autre, d’une rangée de colonnes géminées qui portent deux lignes d’arcs. Ces derniers sont surmontés d’une frise au décor en plâtre sculpté, celle-ci est composée de médaillons ornés de motifs géométriques et floraux répétitifs[146],[143]. Éclairée par d’impressionnants lustres sur lesquels sont appliquées d’innombrables petites lampes en verre[151], la nef centrale ouvre sur le portique sud de la cour par une monumentale porte en bois délicatement ouvragée, renouvelée en 1828-1829 sous le règne des Husseinites[152],[153]. Cette dernière, la plus grande et la plus ornée des portes de la salle de prière[143], possède quatre vantaux richement sculptés de moulures géométriques en relief, sur fond de rinceaux, de fleurs, et d’entrelacs étoilés[154].

Chaque vantail se compose de quatre grands panneaux carrés et de deux panneaux rectangulaires (l’un en haut, l’autre en bas) séparés par des bandes de tôle agrémentées de clous à tête ronde, les panneaux rectangulaires étant eux-mêmes subdivisés en deux carrés plus petits[155].

Encadrant les vantaux, le bâti dormant, à panneaux moulurés rectangulaires à l’exception de deux en équerre, est bordé, à droite et à gauche, d’une moulure verticale décorée de feuilles sculptées en très bas relief. Les panneaux des dormants sont alternativement décorés de motifs géométriques ou de feuillages stylisés ; les ornements sont constitués de rinceaux, d’entrelacs et de rosaces géométriques[156]. Le tympan de cette porte est orné d’un vase stylisé, allongé et cannelé, contenant des fruits sculptés en haut relief, à partir duquel surgissent symétriquement des enroulements raffinés de tiges fleuries et feuillues[157] ; ce décor végétal est entouré d’arabesques géométriques à base de décagones étoilés[156].

L’encadrement du tympan est meublé de rinceaux entrelacés avec des fleurettes, à l’exception de la partie horizontale occupée par une longue inscription sculptée en relief. Celle-ci, en caractères naskhi, se prolonge sur les deux panneaux pleins des extrémités de la menuiserie ajourée qui se trouve sous le tympan, ainsi que sur la totalité de la traverse sous-jacente[157]. Cette inscription, dans laquelle la porte est désignée sous l’appellation de Bab al-Bahou, comporte la basmala et des vers qui commémorent la date d’exécution : l’année 1244 de l’hégire (1828-1829), laquelle est donnée par un chronogramme[143]. Le soin apporté à l’ouvrage est souligné dans la première partie du texte épigraphique« À Bab al-Bahou apparaît une éclatante beauté. L’artiste y mit son talent délicat dans le but et l’espérance d’une récompense céleste » — tandis que la réfection est mentionnée dans sa dernière partie : « ...Elle eut besoin d’une réfection justifiée par un long usage. Ainsi ornée, nous la daterons en disant avec raison : la belle porte a été remise à neuf »[158],[67]. Les autres portes de la salle de prière, dont certaines datent de l’époque hafside[159], sont toutes à deux vantaux et se distinguent par leur décoration, plus simple, à motifs essentiellement géométriques : formes hexagonales, octogonales, rectangulaires, etc[143].

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Colonnes[ ]

Photographie des colonnes de la salle de prière. Les fûts sont en marbres variés, de diverses couleurs et provenances.
Colonnes à chapiteaux antiques et à fûts lisses en marbres variés, de diverses couleurs et provenances, dans la salle de prière.

Dans la salle de prière, les 414 colonnes de marbres précieux, de granite ou de porphyre[160], sur plus de 500 colonnes que compte au total la mosquée[161], sont prélevées sur des sites antiques du pays tels que Sbeïtla, Carthage, Hadrumète et Chemtou[143]. Les colonnes supportent des arcs qui sont le plus souvent en plein cintre outrepassés[162]. Une légende raconte qu’on ne pouvait les compter sans devenir aveugle[163]. Les chapiteaux surmontant les fûts des colonnes offrent une grande diversité de styles et de formes (corinthiens, ioniques, composites, en forme de tronc de cône, etc.)[143]. Certains chapiteaux ont été sculptés pour la mosquée, mais d’autres, les plus nombreux, proviennent d’édifices romains ou byzantins (datables du IIe au VIe siècle) et ont été remployés[164],[143]. Selon l’archéologue allemand Christian Ewert, la disposition particulière des remplois qui entourent le mihrab obéirait à un programme bien défini et dessinerait symboliquement le plan du dôme du Rocher[165]. Les fûts des colonnes sont taillés dans des marbres de différentes couleurs et d’origines diverses. Ceux en marbre blanc proviennent d’Italie[143], certains fûts situés dans la zone du mihrab sont en porphyre rouge importé d’Égypte[166], alors que ceux réalisés en marbre de couleur verdâtre ou rose sont issus des carrières de Chemtou, au nord-ouest de la Tunisie actuelle[143]. Bien que les fûts soient de hauteurs variées, les colonnes sont agencées de façon ingénieuse afin de soutenir harmonieusement la retombée des arcs. La différence de hauteur est compensée par le développement variable des bases, des chapiteaux et des sommiers[143]. Les chapiteaux sont surmontés de tablettes, en bois pour la plupart, formant tailloirs[167]. Ces tablettes, sorte de coussins en bois, permettent :

  • de répartir, correctement et régulièrement, les charges transmises par les arcs aux colonnes[168] ;
  • d’absorber les écarts dans la transmission de ces charges[168] ;
  • d’assurer la souplesse de la structure, limitant la fissure des arcs[169].

Les tirants en bois, qui s’enfoncent généralement à la base de l’imposte, relient les colonnes entre elles et maintiennent l’écartement des arcs, renforçant ainsi la stabilité de l’ensemble des structures sur lesquelles reposent les plafonds de la salle de prière et permettant également d’éviter tout risque de fléchissement des supports[162]. La distribution des colonnes de la salle de prière conserve clairement, en dépit de quelques remaniements, l’empreinte d’une organisation visant l’obtention d’un effet esthétique ; cette recherche utilise le principe de la symétrie des formes et des couleurs[105],[170]. Le grand nombre ainsi que la remarquable diversité (de forme, de style et de provenance) des chapiteaux et des fûts antiques font que la mosquée constitue l’un des plus riches lieux de conservation de colonnes romaines et byzantines[171],[145].

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Coupoles et plafonds[ ]

Coupoles[ ]
Vue intérieure de la coupole qui se dresse à l’entrée de la nef centrale.
Vue intérieure de la coupole élevée au départ de la nef centrale.

Le couvrement de la salle de prière est quant à lui réalisé par des plafonds peints de motifs végétaux et deux coupoles : l’une au départ de la nef centrale et l’autre en avant du mihrab. La première, qui s’élève en avant de la grande porte médiane ouvrant sur la nef centrale, est désignée comme la coupole du bahou ou coupole de la galerie-narthex (portique précédant la salle de prière). Sa construction remonte à l’origine au IXe siècle, à l’époque aghlabide, lors de la campagne de travaux menés sous le règne d’Aboul Ibrahim vers 862-863 et selon Al-Bakri, historien et géographe andalou du XIe siècle, « elle est environnée de 32 colonnes de beau marbre ; à l’intérieur, elle est couverte de sculptures magnifiques et d’arabesques travaillées avec une netteté admirable. Toutes les personnes qui la voient n’hésitent pas à déclarer qu’il serait impossible de trouver ailleurs un plus beau monument »[99],[172]. Cependant, la coupole actuelle date de 1828, suite à une réfection complète effectuée à l’époque des beys husseinites[67],[99],[173], et se présente intérieurement ainsi : la base est formée aux angles de trompes en demi-voûtes d’arêtes, le passage à la zone médiane est assuré par des colonnettes que surmontent seize fenêtres qui portent la calotte circulaire[99]. Ce type de coupole s’est répandu à Kairouan aux XVIIIe et XIXe siècles ; on le voit, notamment, au mausolée Sidi Amor Abbada qui est édifié au milieu du XIXe siècle, ce qui semble confirmer la date attribuée à la reconstruction de la coupole du bahou[99].

Vue intérieure la coupole du mihrab.
Vue intérieure de la coupole du mihrab élevée à l’intersection de la nef centrale et de la travée de la qibla. Elle conserve son aspect, sa structure et sa décoration d’origine, de l’époque aghlabide (IXe siècle).

Contrairement à cette dernière, la coupole du mihrab conserve son aspect et sa décoration d’origine. Celle-ci, dont l’édification date de l’ultime reconstruction de la mosquée réalisée vers 836 par le souverain aghlabide Ziadet Allah Ier, est l’une des plus anciennes coupoles léguées par l’art de l’Occident musulman[174] et constitue un « très beau morceau d’architecture, homogène et conçu d’un seul jet, au IXe siècle de notre ère » selon l’orientaliste français Georges Marçais[175].

De l’intérieur, sa calotte hémisphérique, de 5,8 mètres de diamètre[176],[177], creusée de 24 cannelures concaves rayonnantes autour du sommet[178],[179], s’élève à près de 18 mètres du sol[122]. Elle repose sur un tambour circulaire percé de huit fenêtres à claustra entre lesquelles s’intercalent seize niches groupées par deux[178]. Ces dernières, formées d’une partie supérieure en cul de four et d’une partie inférieure à fond plat[180], sont tapissées de panneaux de pierre sculptés, ornés de motifs géométriques et floraux caractéristiques du répertoire décoratif aghlabide : coquilles, arcs polylobés, rosaces, feuilles de vigne stylisées, etc[181].

Vue centrée sur la coupole du mihrab. Le dôme, côtelé de godrons, repose sur un tambour octogonal.
Gros plan extérieur de la coupole du mihrab. Le dôme, légèrement pointu, est côtelé de godrons ; il repose sur un tambour octogonal aux faces faiblement concaves, percées de fenêtres rectangulaires.

Ce tambour repose à son tour sur une zone, de plan octogonal, composée de huit arcatures en plein cintre qui retombent sur des colonnettes engagées, au nombre de huit, supportées par des consoles sculptées. Quatre arcatures et leurs colonnettes encadrent quatre trompes cannelées en forme de coquille. Les arcatures, situées entre celles encadrant les trompes, sont percées d’oculi lobés à claustra[178]. De petites trompes embryonnaires, formées de trois voussures concentriques, garnissent les écoinçons au-dessus de l’extrados des arcatures[182].

De l’extérieur, cette coupole du mihrab présente un dôme côtelé à 24 godrons, de forme un peu pointue[183], reposant sur un tambour octogonal aux faces légèrement concaves dont chacune est percée, au milieu, d’une fenêtre rectangulaire ; celui-ci circonscrit le tambour circulaire intérieur[184]. Le tambour octogonal, orné, dans sa partie supérieure, de carrés placés sur la pointe[185], repose sur une base carrée. Cette dernière est décorée, sur chacune de ses trois faces sud, est et ouest, de cinq niches à fond plat coiffées d’arcs en plein cintre[181],[186] ; la face nord est, quant à elle, dépourvue de niches[187].

L’arc médian de la face sud surmonte une ouverture, en oculus hexalobé, inscrite dans un cadre circulaire[187],[181]. Sur les faces est et ouest, l’oculus est partiellement masqué par le toit tandis que, sur la face nord, l’oculus est remplacé par une fenêtre rectangulaire[187].

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Plafonds[ ]
Photographie d’une partie du plafond d’une des nefs de la salle de prière, faisant apparaître plus visiblement les lustres et la maçonnerie.
Vue des lustres et d’une partie du plafond d’une des nefs de la salle de prière.

Les plafonds peints constituent un ensemble unique de planches, poutres et consoles retraçant près de mille ans de l’histoire de la peinture sur bois en Tunisie[188]. Les consoles en bois offrent une grande variété de style et de décor ; en forme de corbeau ou de sauterelle aux ailes déployées ou fixes, elles se caractérisent par un décor qui combine des motifs floraux peints ou sculptés avec des rainures. Les plus anciennes planches remontent à l’époque aghlabide (IXe siècle) et se distinguent par leur flore stylisée[188] ; elles présentent un décor de rinceaux et de fleurons sur fond rouge qui est constitué de carrés à côtés concaves dans lesquels sont inscrites des fleurettes à quatre pétales de couleur verte et bleue, et chaque pétale possède, à son extrémité, un bourgeon entouré par deux rinceaux évasés. Dans chaque carré, deux fleurettes, dont les pétales se croisent, élaborent une sorte d’étoile octogonale qui entoure un cercle de couleur verte ou bleue[189]. Celles réalisées sous la dynastie ziride (XIe siècle) se caractérisent par des inscriptions en écriture coufique de couleur noire à pourtour doré[190], et dont les hampes des lettres se terminent par des fleurons bilobés, le tout sur un fond de couleur marron orné d’un décor floral simplifié et estampé[188]. Les planches peintes à l’époque hafside (au cours du XIIIe siècle) offrent un décor, inspiré du répertoire hispano-mauresque, constitué de motifs floraux blancs et bleus s’entrelaçant avec des arcs polylobés de couleur verte[188].

Photographie d’une partie du plafond de la nef centrale de la salle de prière.
Vue d’une partie du plafond de la nef centrale.

La frise d’une travée de la salle de prière porte une inscription qui attribue au souverain hafside Abû Zakariyâ Yahyâ, dans les dernières années de son règne, la réfection d’une partie des plafonds[188],[191] ; le texte débute ainsi : « Je demande à Dieu de me préserver de Satan, le lapidé [...] Ceci a été fait par ordre de l’émir vénérable et béni Abû Zakariyâ... »[192],[188].

Les parties les plus récentes des plafonds peints sont datées des XVIIe et XVIIIe siècles, à l’époque des beys mouradites et husseinites. Celles du XVIIe siècle, exécutées en 1618-1619, sous le règne de Mourad Ier Bey, se distinguent par un décor épigraphique constitué de longs textes, en écriture coufique abâtardie, en noir et rouge avec jeu de fond vert-olive[193],[194],[188] ; ces inscriptions donnent le nom de l’intendant des travaux, Abul Bahâ Jamâl Eddin : « Louange à Dieu. Ce plafond béni fut restauré sous la direction du cheikh, l’imam, le jurisconsulte, le savant très docte, le prédicateur Abul Bahâ Jamâl Eddin, fils du jurisconsulte, le marabout Abul Abbâs Ahmad de la lignée du cheikh Abul Qâsim... »[193],[40], et celui de l’artisan qui a réalisé l’œuvre, Muhammad al-Gafsi, ainsi que la date d’exécution, 1028, suivant le calendrier hégirien : « Ceci est ce qu’a fait l’esclave qui a besoin de Dieu, Muhammad, fils d’Abul Nour, fils d’Ahmad al-Gafsi. Dieu leur fasse miséricorde ! Achevé en 1028 de l’hégire »[195],[67]. Celles du XVIIIe siècle présentent des inscriptions en écriture naskhi blanche sur un fond oranger[188].

Mihrab[ ]

Vue centrée sur la niche du mihrab dont l’état actuel date du IXe siècle. Il s’agit d’une niche aménagée au milieu du mur méridional, dit de la qibla, de la salle de prière.
Gros plan sur le mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan. Constituant une œuvre d’art remarquable du IXe siècle, il se trouve toujours à son emplacement d’origine, au milieu du mur méridional, dit de la qibla, de la salle de prière.

Le mihrab, qui indique la qibla (direction de La Mecque) et devant lequel se tient l’imam lorsqu’il dirige la prière[196], est aménagé au milieu du mur méridional de la salle de prière. Il est formé par une niche en cul de four encadrée de deux colonnes de marbre et coiffée d’une demi-coupole en bois peint. Ses dimensions sont de deux mètres de longueur, 4,5 mètres de hauteur et 1,6 mètre de profondeur[197]. Considéré comme l’exemple le plus ancien du mihrab concave[198], il daterait pour l’essentiel, dans son état actuel, des années 862-863[199],[200]. Ce mihrab, dont la décoration constitue un témoin remarquable de l’art musulman dans les premiers siècles de l’islam[197], se distingue par son aspect harmonieux et la qualité de ses ornements[197].

Il est entouré au niveau de sa partie supérieure de 139 carreaux de céramique à reflets métalliques disposés sur pointe en damier[201], et faisant chacun 21,1 centimètres de côté pour un centimètre d’épaisseur[202],[203]. Divisés en deux groupes, ils sont datés du début de la seconde moitié du IXe siècle[204] et, par leur style aussi bien que par leur technique de fabrication, ils s’apparentent fortement aux pièces exécutées à la même époque dans la Mésopotamie des Abbassides (actuel Irak)[203]. Si on ne savait pas avec certitude s’ils ont été réalisés à Bagdad ou à Kairouan par un artisan bagdadi[205],[201], la controverse sur la provenance de ces carreaux agitant les spécialistes, des recherches récentes ont démontré qu’ils ont été fabriqués en Mésopotamie puis importés à Kairouan[206],[207]. Ces carreaux lustrés à décor essentiellement floral et végétal (fleurs stylisées, palmettes asymétriques et feuillages sur fond de hachures et de damiers) appartiennent à deux séries : l’une polychrome, caractérisée par une plus grande richesse de tons allant de l’or clair au jaune clair, sombre ou ocre et du rouge brique au brun laqué ; l’autre monochrome est d’un beau lustre qui va de l’or fumé à l’or vert[73]. Les vides laissés entre les carreaux présentent des motifs floraux, en forme de rosaces et de fleurons, peints en bleu sur enduit qui sont datables du XVIIIe siècle ou de la première moitié du XIXe siècle[208].

L’arc de tête du mihrab, outrepassé, surhaussé et brisé à la clef, repose sur deux colonnes de marbre rouge à veines jaunes, de 24 centimètres de diamètre de fût[209]. Celles-ci sont pourvues de chapiteaux de style byzantin, en forme de tronc de cône et ornés de feuillages repercés à jour[210], qui portent deux abaques sculptés de fleurons à trois lobes séparés par des palmettes que surmonte une rangée de perles et pirouettes. À leur partie supérieure, les abaques sont couronnés, chacun, d’un bandeau à inscription coufique en relief[209]. Celui de droite porte le texte suivant : « Au nom de Dieu, ce que Dieu veut arrive. Dieu me suffit et Il suffit pour le compte ». Quant à l’inscription du bandeau de gauche, elle se présente ainsi : « Bénis Muhammad et la famille de Muhammad, de même que Tu as béni Ibrahim et la famille d’Ibrahim. Tu es loué et glorifié »[197].

Gros plan sur la partie supérieure du mihrab. La demi-coupole, coiffant la niche, est réalisée en bois recouvert d’enduit et peint.
Partie supérieure du mihrab : demi-coupole en bois, revêtue d’enduit peint, et arc coiffant la niche.
Photographie montrant quelques-uns des panneaux en marbre blanc sculptés et ajourés de la paroi du mihrab. Entre les panneaux est visible une partie de l’inscription coranique en caractères coufiques.
Détails des panneaux en marbre blanc sculptés et ajourés de la paroi du mihrab, entre les panneaux est visible une partie de l’inscription coranique en caractères coufiques.

La paroi du mihrab est revêtue de 28 panneaux de marbre blanc sculptés, dont plusieurs sont ajourés, qui sont agencés en sept registres verticaux de quatre éléments. Ces panneaux, qui mesurent chacun 60 sur 40 centimètres[211] pour 4 centimètres d’épaisseur[212], sont séparés par des montants et des traverses de dix centimètres de largeur[213] ; ils présentent une grande variété de motifs végétaux et géométriques[214], parmi lesquels la feuille de vigne stylisée, la fleurette, la coquille, les tresses ainsi que les rinceaux symétriques, superposés ou entrecroisés[215]. Les ajourages laissent deviner, derrière, une niche plus ancienne sur laquelle ont circulé plusieurs hypothèses. Si l’on se réfère au récit d’Al-Bakri, il s’agirait du mihrab réalisé par Oqba Ibn Nafi, le fondateur de Kairouan[216] ; Lucien Golvin estime pour sa part qu’il ne s’agit pas d’un ancien mihrab mais d’une construction à peine ébauchée qui sert peut-être de support aux panneaux de marbre et remonterait soit aux travaux de Ziadet Allah Ier (817-838), soit à ceux d’Aboul Ibrahim aux alentours des années 862-863[215].

À environ deux mètres du sol, sous la rangée supérieure des panneaux de marbre, court une inscription coufique dont les lettres se détachent sur le fond uni des traverses[213] ; elle comporte la sourate Al-Ikhlas, la 112e sourate du Coran, qui proclame le tawhid (dogme musulman de l’unicité divine)[217] : « Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux. Dis : il est Allah, Unique. Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus. Et nul n’est égal à Lui »[213],[214].

Gros plan sur la demi-coupole du mihrab. Son décor peint, de couleur jaune sur fond bleu nuit, se compose de rinceaux et de motifs végétaux stylisés.
Gros plan sur la demi-coupole faite en bois cintré. Elle est ornée d’un décor peint composé de rinceaux et de motifs végétaux stylisés de couleur jaune sur fond bleu nuit.

Au-dessus du revêtement en marbre, la niche du mihrab est coiffée d’une voûte en forme de demi-coupole réalisée en bois cintré de mancenillier. Recouverte d’un enduit épais entièrement peint, la concavité de la voûte est ornée d’enroulements de rinceaux entremêlés de feuilles de vigne à cinq lobes, de fleurons à trois lobes et de grappes pointues[218],[213],[197], le tout de couleur jaune sur fond bleu nuit[214]. C’est au bas de la demi-coupole que se trouve le point de départ de cette décoration végétale. Celle-ci est organisée de façon symétrique : de part et d’autre de l’axe montent deux lignes sinueuses, parfois interrompues par des angles aigus, dont la rigoureuse symétrie engendre cercles et fuseaux aux lignes arrondies ou brisées[219]. Les rameaux, les feuilles et les grappes s’échappent d’une tige qui s’enracine dans l’axe. Tous les rameaux ne se rattachent pas à la tige principale, bien que l’ensemble donne l’impression d’une parfaite continuité[220]. Cette composition est proprement un développement du rinceau dont chaque courbe est suivie d’une courbe en sens inverse ; ces courbes se rapprochent de la circonférence, et plusieurs sont même des circonférences complètes[221]. Ce décor peint, d’une grande élégance, date aussi du IXe siècle[213],[221].

La partie inférieure du mur de façade du mihrab, vers la gauche, est occupée par un imposant panneau de marbre blanc encadré sur les côtés et à la partie supérieure par de larges bandeaux verts. Ce panneau est sculpté en forme de niche à fond plat qui décrit un arc recti-curviligne ; lequel porte à l’un de ses écoinçons, du côté du mihrab, une inscription rayonnante, inscrite dans un cercle, qui fait penser à un chrisme[222]. Au centre, un petit cercle constitue la lettre mīm commune à quatre mots qui s’entrecroisent pour former une eulogie : « Louange au Loué, le Créateur, le Résurrecteur »[223],[222],[224].

Décoration du tympan de l’arc situé au-dessus du mihrab.
Gros plan sur la décoration du tympan de l’arc situé au-dessus du mihrab.

Au-dessus du mihrab se trouve un large bandeau saillant sans décor, bordé d’une moulure à sa partie inférieure et d’un listel festonné à sa partie supérieure, qui est surmonté d’un grand arc appareillé, déformé à la clef. Le tympan de ce dernier est occupé en bas, juste au-dessus du bandeau, par une frise ornée de quatorze carreaux de pierre, d’environ 25 centimètres de côté, disposés sur une pointe et soigneusement alignés, servant de base à cinq niches[201],[225]. Celle du milieu, la plus grande, se présente comme un défoncement à fond plat, terminé à sa partie supérieure par un arc appareillé à cinq lobes, retombant sur deux abaques en forme de tronc de pyramide renversé qui reposent sur deux colonnettes de marbre à chapiteaux composites[201]. De part et d’autre de la niche axiale se trouvent deux niches, de taille plus réduite que celle-ci, qui sont deux défoncements semi-cylindriques surmontés d’un cul-de-four et flanqués de deux autres colonnettes de marbre assez semblables aux premières[226] ; les deux niches extrêmes, les plus petites, ont des arcs à cinq lobes[212]. Trois des niches, celle du milieu et celles qui l’encadrent, sont percées, chacune, d’un claustra où s’enchâssent des verres de couleur. Le claustra de la niche axiale, panneau ouvragé dont le cadre est bordé d’une frise de perles et pirouettes, présente trois registres de décor ajouré superposés qui combinent motifs géométriques et végétaux : carrés, cercles, acanthes, palmes, etc. Les deux autres claustras, identiques, montrent un décor essentiellement composé de rosaces étoilées à huit branches[226].

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Minbar[ ]

Vue en mai 2010 du minbar protégé extérieurement par un panneau de verre.
Vue en 2010 du minbar protégé à l’extérieur par un panneau de verre, alors qu’à l’intérieur un voile protège les marches, afin de le préserver de toute détérioration.
Photographie du mihrab et du minbar en 1930.
Gros plan sur le mihrab et le minbar en 1930.
Vue centrée sur le dossier et les pinacles du minbar.
Dossier et pinacles du minbar.

Le minbar, situé à droite du mihrab et servant à l’imam pour les prêches du vendredi[196] et des Aïds, est une chaire en forme d’escalier comportant un siège supérieur auquel on accède par onze marches[227] et mesurant 3,93 mètres de longueur pour 3,31 mètres de hauteur[228].

Daté du IXe siècle (vers 862)[228],[229] et confectionné sous le règne du sixième souverain aghlabide Aboul Ibrahim (856-863)[230], il est en bois de teck indien[228],[231]. De toutes les chaires du monde musulman, c’est certainement le plus ancien exemple de minbar encore conservé de nos jours[232],[233],[234]. Peut-être réalisé, du moins en partie, par des ébénistes de Kairouan, mais certains chercheurs évoquent aussi Bagdad[228], il se compose de plus de 300 pièces sculptées et assemblées d’une grande richesse ornementale (motifs végétaux et géométriques évoquant des modèles omeyyades et abbassides)[235],[236].

Parmi ces pièces en bois très ouvragé, environ 90 panneaux rectangulaires, aux décors variés, réunis par des bandeaux à décor uniforme de rinceaux, sont admirablement sculptés de pommes de pin, de tiges minces et souples, de feuilles de vigne et d’acanthe, de fleurons, de fruits lancéolés délicatement ciselés en surface, de grappes piriformes, qui paraissent supporter un feuillage déployé en volutes, et de diverses formes géométriques simples (carrés, losanges, hexagones, etc.) ou plus complexes (grecques, rosaces, étoiles, etc.)[228],[230]. Dans la décoration sculptée du minbar, les ornements géométriques l’emportent sur les ornements végétaux ; ainsi, les bras et le dossier du siège, la rampe, les contremarches et une grande partie des deux joues latérales sont couverts de motifs géométriques. Quant aux motifs végétaux, ils se trouvent, essentiellement, dans les montants et les traverses reliant les panneaux, ainsi que dans onze de ces derniers répartis sur les joues de la manière suivante : dix d’un côté, mais un seul de l’autre[232].

La bordure supérieure de la rampe est ornée d’un riche décor végétal qui comprend des rinceaux enroulés en boucles alternées ; chaque boucle enveloppe une feuille de vigne étalée accompagnée d’une grappe de raisin pendante[237]. Au début du XXe siècle, le minbar, dont la structure s’est détériorée, fait l’objet d’une restauration minutieuse[238] ; celle-ci est accompagnée d’embellissements mineurs qui concernent essentiellement la réfection du dossier et des pinacles[239]. Bien qu’ayant plus de onze siècles d’existence, tous les panneaux, à l’exception de neuf, sont originaux et dans un bon état de conservation ; la qualité et la finesse d’exécution de ce minbar font de lui un véritable chef-d’œuvre selon Paul Sebag[238]. Cette ancienne chaire du IXe siècle se trouve toujours à son emplacement d’origine, à côté du mihrab[228].

Maqsura[ ]

Photographie de la façade de la maqsura.
Vue de la maqsura, clôture en bois de cèdre sculpté, qui se trouve au fond de la salle de prière.
Photographie d’un côté de la maqsura, à proximité du minbar.
Maqsura vue du côté du minbar.

La maqsura, située à proximité du minbar, est une clôture délimitant une enceinte privée qui permet au souverain et à ses hauts dignitaires de suivre la prière solennelle du vendredi sans se mêler aux simples fidèles[240],[241]. Destinée à la protection du souverain, elle est également le signe d’un nouveau langage social désignant une hiérarchie parmi les fidèles, et à ce titre peut être considérée comme contraire à l’esprit égalitariste de l’islam primitif, d’où sa condamnation par les théologiens rigoristes[242]. Joyau de l’art du bois réalisé sous le règne du prince ziride Al-Muizz ben Badis et daté du premier quart du XIe siècle (attribué aux alentours des années 1022-1023)[243],[244],[245], elle est considérée comme la plus ancienne encore en place dans le monde islamique[240],[246].

Il s’agit d’une clôture en bois de cèdre finement sculptée et ciselée. Décorée sur les trois côtés d’arabesques végétales exubérantes et enchevêtrées[247], de motifs géométriques divers et de panneaux ajourés en perles et pirouettes, elle mesure 2,8 mètres de hauteur, huit mètres de longueur et six mètres de largeur[244],[240]. Sa principale parure est la frise calligraphiée qui la couronne ; cette dernière, surmontée d’une ligne de merlons ajourés et pointus, est ornée d’une inscription en caractère coufique fleuri sculptée sur fond d’entrelacs végétaux. Les lettres se terminent soit en biseau, soit par des tresses d’une remarquable qualité esthétique[240]. L’épigraphie marque, par rapport au IXe siècle, d’importants progrès par le recours à une calligraphie coufique fleurie et tressée, sculptée sur un champ préalablement tapissé d’entrelacs[248]. Cette inscription, d’une composition harmonieuse et d’une exécution soignée, représente l’un des plus beaux exemplaires de bandeaux épigraphiques de l’art islamique[240],[248]. Le décor sculpté de la maqsura manifeste un renouvellement de style et une richesse mêlée d’élégance ; les rigoureux reliefs se détachent sur des fonds que meublent des éléments touffus, d’échelle plus réduite, et des lignes simples circonscrivent des surfaces nettement différenciées[242].

Le texte épigraphique mentionne le nom du commanditaire, Al-Muizz ben Badis, et celui de son vizir Abû al-Qâsim al-Kâtib, investi du titre honorifique de Zimâm al-dawla (rêne de l’empire), par les soins duquel l’œuvre est exécutée[249],[250], comme l’indique cet extrait de l’inscription qui fait suite à la basmala et aux bénédictions sur le Prophète et sa famille : « Ceci est une des choses dont Abû Tamîm al-Muizz, fils de Bâdîs, fils d’al-Mansur — que sur lui soient le salut de Dieu, ses bénédictions et ses grâces abondantes — en vue d’obtenir la récompense généreuse de Dieu et ses magnifiques rétributions, car Dieu ne laisse point sans salaire l’œuvre de ceux qui font le bien, a ordonné la confection par les soins de Zimâm al-dawla Abû al-Qâsim, fils d’Abû Abbûd, al-Kâtib... »[251],[240].

Vue de la porte à deux battants de la maqsura.
Porte à deux vantaux de la maqsura.

Sur un panneau en bois peint, une autre inscription, postérieure de six siècles à celle de la frise, atteste de la restauration de la maqsura à l’époque ottomane, dans le premier quart du XVIIe siècle : « Louange à Dieu. Le Turc Topal Mustafa, fils d’Abdallah, a ordonné la réparation de cette maqsura en Rabia al awal 1024. Dieu accorde à son père son pardon »[252],[240]. La maqsura ouvre sur la salle de prière par une porte, à deux vantaux, agrémentée de panneaux ajourés en perles et pirouettes ; elle communique avec l’extérieur par l’intermédiaire de l’ancienne bibliothèque[244]. Celle-ci est accessible par une porte cloutée, à deux vantaux, dont les pieds-droits et le linteau sont des remplois antiques en marbre sculpté, décorés d’une frise à décor floral[240],[253]. Les vantaux sont garnis de fausses pentures en tôle découpées sur les bords et fixées sur le bois par des clous à tête ronde. Le battement, sculpté en méplat, est orné, de même que les vantaux, de gros clous en fer forgé, fixés sur des rosettes à six lobes. La porte possède deux heurtoirs, figurant un hexagone dont les côtés sont remplacés par des demi-cercles, qui sont fixés sur des hémisphères en fer forgé reposant, chacun, sur une rondelle à quatorze lobes en tôle découpée[254].

La fenêtre de la bibliothèque se signale par un décor élégant qui présente deux colonnes, encadrant l’ouverture, sur lesquelles repose un arc en fer à cheval surmonté d’une arcature aveugle à six arcs outrepassés qui sont couronnés par une série de merlons en dents de scie[255]. La parenté avec le mihrab de la Grande Mosquée de Cordoue (qui date de 966) est frappante. Certains, à l’instar de l’architecte espagnol Ricardo Velázquez Bosco (1843-1923), qui penche pour une influence aghlabide à Cordoue, sont convaincus de l’antériorité du décor de Kairouan[256],[240].

Œuvres d’art[ ]

La Grande Mosquée de Kairouan, l’un des rares édifices religieux de l’islam ayant conservé, intacts et authentiques, la quasi-totalité de ses éléments architecturaux et décoratifs, constitue grâce à la richesse de son répertoire ornemental un véritable musée d’art et d’architecture islamiques[171]. La plupart des œuvres qui font la réputation de la mosquée sont encore conservées in situ alors qu’un certain nombre ont rejoint les collections du musée national d'art islamique de Raqqada, localité située à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Kairouan[257].

De la bibliothèque de la mosquée provient une importante collection de parchemins et de manuscrits calligraphiés dont les plus anciens remontent à la deuxième moitié du IXe siècle[258]. Cette précieuse collection est, selon le professeur d’histoire et d’archéologie à l’Université de Tunis, M'hamed Hassine Fantar, « de l’avis général, l’une des collections de parchemins les plus importantes du monde musulman et la plus célèbre »[259]. Remarquée dès la fin du XIXe siècle par les orientalistes français Octave Houdas et René Basset qui l’évoquent dans leur rapport sur leur mission scientifique en Tunisie paru dans le Bulletin de correspondance africaine en 1882[260], elle comprend selon l’inventaire établi à l’époque hafside (vers 1293-1294) plusieurs Corans, ainsi que des tafsirs (commentaires du texte coranique), et des ouvrages de droit musulman qui concernent principalement le fiqh malékite et ses sources[261],[262]. Ces derniers constituent les plus anciens fonds de littérature juridique malékite qui nous soient parvenus[263].

Reprographie de deux feuillets du Coran bleu, écrits en lettres d’or.
Deux feuillets du Coran bleu, à l’origine dans la bibliothèque de la mosquée.
Photographie d’un feuillet du Coran de la Hadinah. Le coran, copié et enluminé par le calligraphe Ali ibn Ahmad al-Warraq, date du premier quart du XIe siècle.
Feuillet du Coran de la Hadinah (premier quart du XIe siècle).

Parmi les plus belles œuvres de cet ensemble, les feuillets du Coran bleu, actuellement exposés au musée de Raqqada, proviennent d’un célèbre Coran de la seconde moitié du IVe siècle de l’hégire (soit le Xe siècle) dont la majeure partie est conservée en Tunisie et le reste éparpillé dans des musées et des collections privées à travers le monde[264]. Comportant des sourates écrites en caractère coufique doré sur du vélin teint à l’indigo, elles se distinguent par une graphie compacte dépourvue de marques pour les voyelles. Le début de chaque sourate est indiqué par un bandeau constitué d’un rinceau feuillu stylisé, doré et ponctué de rouge et de bleu, alors que les versets sont séparés par des rosettes argentées[265].

D’autres parchemins et des Corans calligraphiés, comme celui dit de la Hadinah (Coran de la nourrice), copié et enluminé par le calligraphe Ali ibn Ahmad al-Warraq pour la nourrice du prince ziride Al-Muizz ben Badis vers 1020[266],[267], se trouvaient également dans cette bibliothèque avant d’être transférés au musée de Raqqada[268]. Les feuillets du Coran de la Hadinah, écrits sur du vélin à format vertical, se caractérisent par le tracé des cursives qui est plus triangulaire que courbé. Les points-voyelles sont absents de cette écriture, alors que les signes orthographiques abondent.

Les voyelles sont marquées en rouge, le sukûn et la shaddah en bleu, la hamza et la maddah en vert. Le titre de chaque sourate est indiqué par un rectangle encadré d’entrelacs dorés dans lequel figurent le nom de la sourate et le nombre de ses versets, et d’où émane une palmette stylisée dorée soulignée de bleu[269],[270]. Cette collection constitue une source unique pour l’étude de l’histoire et de l’évolution calligraphique des manuscrits médiévaux au Maghreb, portant sur la période qui s’étend du IXe au XIe siècle[271]. D’autres œuvres d’art telles que les couronnes de lumière en bronze coulé et à décor ajouré, datant de l’époque fatimo-ziride (Xe –début du XIe siècle), appartenaient à l’origine au mobilier de la mosquée. Ces polycandélons, aujourd’hui dispersés dans certains musées tunisiens dont celui de Raqqada, se composent de trois chaînes, soutenant un plateau ajouré en bronze, qui présente un anneau central circulaire autour duquel rayonnent 18 hampes équidistantes reliées par autant d’arcs outrepassés et munies, pour chacune d’elles, de deux fleurons évasés ; neuf des 18 hampes se terminent par des anneaux circulaires alternant avec les neuf autres qui s’achèvent par des lobes cordiformes[272]. Les trois chaînes, réunies par un anneau de suspension, sont fixées chacune au plateau par un fleuron en forme d’amande[273]. Les couronnes de lumière sont marquées par l’influence byzantine à laquelle l’artisan kairouanais a apporté les spécificités du répertoire décoratif musulman (motifs géométriques et floraux)[272].

La grande lanterne d’al-Muizz, désormais au musée de Raqqada, faisait également partie du mobilier de la mosquée. Réalisée par le dinandier Muhammad fils de Ali al-Qaysi al-Saffar durant le deuxième quart du XIe siècle, cette lanterne, d’une hauteur de 118 centimètres et d’un diamètre maximal de 51,5 centimètres[274], présente un bel exemple de dinanderie islamique pendant le Haut Moyen Âge. Exécutée en alliage cuivreux martelé au décor ciselé et ajouré, elle est constituée de divers éléments : un crochet de suspension, formé d’une tige et d’un anneau, est relié à une calotte hémisphérique ; de cette dernière se détachent trois chaînes constituées de plaques ajourées, garnies d’un décor d’entrelacs et de feuillets trilobés, rattachant par des anneaux la calotte à un grand bassin en laiton martelé en forme de vase circulaire[275]. L’ajourage du bassin comporte sur l’épaule un galon constitué d’octogones et de demi octogones alors que sur le fond se trouve une étoile à six branches inscrite dans un cercle ainsi que trois bandeaux épigraphiés rédigés en écriture coufique[274]. Une inscription présente sur la lanterne atteste qu’il s’agit d’un don effectué à la mosquée par le prince ziride Al-Muizz ben Badis (règne de 1016 à 1062)[275].

Rôle dans la civilisation musulmane[ ]

À l’époque de sa plus grande splendeur, entre les IXe et XIe siècles, Kairouan est l’un des plus grands centres de la civilisation musulmane[276],[277], et sa réputation comme foyer d’érudition s’étend à l’ensemble du Maghreb[278]. Durant cette période, la Grande Mosquée de Kairouan est à la fois un lieu de prière et un centre pour l’enseignement des sciences islamiques selon le courant malékite[279],[280]. On peut comparer son rôle à celui de l’Université de Paris durant le Moyen Âge[281].

En plus des études consacrées à l’approfondissement de la pensée religieuse et à la jurisprudence malékite, la mosquée accueille également des cours en diverses matières profanes telles que les mathématiques, l’astronomie, la médecine et la botanique. La transmission du savoir est assuré par d’illustres savants et théologiens parmi lesquels figurent l’imam Sahnoun et Assad ibn al-Furat, éminents juristes ayant beaucoup contribué à la diffusion de la pensée malékite[282], Ishaq ibn Imran et Ibn Al Jazzar pour la médecine[283], Abou Sahl al-Kairouani et Abd al-Monim al-Kindi pour les mathématiques[284]. Ainsi la mosquée, siège d’une prestigieuse université dotée d’une importante bibliothèque comptant un nombre considérable d’ouvrages scientifiques et théologiques, était le pôle culturel et intellectuel le plus remarquable en Afrique du Nord pendant les IXe, Xe et XIe siècles[285].

Notes et références[ ]

Notes[ ]

  1. Les descriptions de Kairouan au Xe siècle donnent l’image d’une ville très vaste, le géographe et historien andalou Al-Bakri affirme que son périmètre atteignait plus de 22 000 coudées (environ onze kilomètres). De nos jours, la médina de Kairouan est enserrée par des remparts, d’un périmètre de 3,5 kilomètres, qui datent du XVIIIe siècle et qui suivent approximativement le contour de l’enceinte de fortune construite, vers 1067, dix ans après la destruction par les Hilaliens du mur d'enceinte ziride[25].
  2. L’édifice est ordonné suivant un plan en quadrilatère irrégulier, proche du trapèze gauchi, qui semble dériver d’une adaptation à la configuration du terrain ; celle-ci est déterminée, sans doute, par le tracé des rues dans la ville du VIIIe siècle[81].
  3. Le dallage de la cour, notamment le revêtement en plaques de marbre blanc, a été refait au XIXe siècle.
  4. L’usure des margelles, qui se manifeste par de multiples et profondes rainures, atteste de l’ancienneté du puisage étalé sur plusieurs siècles.

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  264. (fr) Feuillets du Coran bleu de Kairouan (Musée sans frontières).
  265. (fr) Coran bleu de Kairouan (Qantara).
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  270. (fr) Deux feuillets du Coran de la Hadinah (Qantara).
  271. (fr) François Déroche, « Cercles et entrelacs : format et décor des Corans maghrébins médiévaux », CRAI, vol. 145, n°1, 2001, pp. 593-620.
  272. a et b (fr) Couronne de lumière (Musée sans frontières).
  273. (fr) Couronne de lumière de la Grande Mosquée de Kairouan (Qantara).
  274. a et b (fr) Grande lampe d’al-Muizz (Qantara).
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  278. Mongi Smida, L’enseignement supérieur en Tunisie. Structures, régimes, bourses, éd. Société tunisienne de diffusion, Tunis, 1974, p. 11.
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Bibliographie[ ]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages et articles sur la mosquée[ ]

  • Néji Djelloul, Kairouan : la Grande Mosquée, éd. Contraste, Sousse, 2000 (ISBN 9973977904) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ahmad Fikri, L’art islamique de Tunisie : la Grande Mosquée de Kairouan, éd. Henri Laurens, Paris, 1934 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Lucien Golvin, « Le mihrab de Kairouan », Kunst des Orients, vol. V, 1969, p. 1-38 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Lucien Golvin, « Quelques réflexions sur la Grande Mosquée de Kairouan à la période des Aghlabides », Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 5, no 5, 1968, p. 69-77 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Noureddine Harrazi, Chapiteaux de la Grande Mosquée de Kairouan, 2 vol., éd. Institut national d’archéologie et d’art, Tunis, 1982 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Hady Roger Idris, « Essai de datation de la maqsura de la Grande Mosquée de Kairouan », Arabica, vol. 3, 1956, p. 214-215 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alexandre Lézine et Paul Sebag, « Remarques sur l’histoire de la Grande Mosquée de Kairouan », Ibla, no 99, 1962, p. 244-256
  • Georges Marçais, Contributions à l’étude de la céramique musulmane. IV. Les faïences à reflets métalliques de la Grande Mosquée de Kairouan, éd. Paul Geuthner, Paris, 1928 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Marçais, Coupole et plafonds de la Grande Mosquée de Kairouan, éd. Tournier, Paris, 1925 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Marçais, Plafonds peints du IXe siècle à la Grande Mosquée de Kairouan, éd. d’Art et d’Histoire, Paris, 1935
  • Henri Saladin, La mosquée de Sidi Okba à Kairouan, éd. Ernest Leroux, Paris, 1899 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Paul Sebag, La Grande Mosquée de Kairouan, éd. Delpire, Paris, 1963 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Élise Voguet, « L’inventaire des manuscrits de la bibliothèque de la Grande Mosquée de Kairouan (693/1293-4) : une contribution à l’histoire du malikisme kairouannais », Arabica, vol. 50, 2003, p. 532–544 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Ouvrages généraux[ ]

Français[ ]

  • Mahmud Abd al-Mawla, L’université zaytounienne et la société tunisienne, éd. Maison Tiers-Monde, Tunis, 1984 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Arab Abdelhamid, Stéphane Ipert, Bruno Marty et Catherine Hansen, Les trésors manuscrits de la Méditerranée, éd. Faton, Dijon, 2005 (ISBN 2878440749) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Armand Abel, Le monde arabe et musulman, éd. Meddens, Bruxelles, 1968 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Leïla Ammar et Philippe Panerai, Histoire de l’architecture en Tunisie : de l’Antiquité à nos jours, éd. Leïla Ammar, Tunis, 2005 (ISBN 997351730X) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jacques Berque, L’intérieur du Maghreb (XVe ‑ XIXe siècle), éd. Gallimard, Paris, 1978 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Robert Brunschvig, La Berbérie orientale sous les Hafsides : des origines à la fin du XVe siècle, vol. I-II, éd. Adrien-Maisonneuve, Paris, 1940 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Pierre Caillet, Fabienne Joubert, Catherine Jolivet-Lévy et Marianne Barrucand, L’art du Moyen Âge : Occident, Byzance, Islam, éd. Gallimard, Paris, 1995 (ISBN 2070742024) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Maurice Carbonnell, Relevés photogrammétriques d’architecture islamique, éd. Maison tunisienne de l’édition, Tunis, 1988 (ISBN 9973120000) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Dominique Clévenot, Une esthétique du voile : essai sur l’art arabo-islamique, éd. L’Harmattan, Paris, 1994 (ISBN 2738425291) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • M'hamed Hassine Fantar, De Carthage à Kairouan : 2 000 ans d’art et d’histoire en Tunisie, éd. Agence française d’action artistique, Paris, 1982 (ISBN 2865450155) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Francesco Gabrieli, Maghreb médiéval : l’apogée de la civilisation islamique dans l’Occident arabe, éd. Édisud, Aix-en-Provence, 1991 (ISBN 2857445385) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Claude Garcin, Grandes villes méditerranéennes du monde musulman médiéval, éd. École française de Rome, Rome, 2000 (ISBN 2728305714) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Caroline Gaultier-Kurhan, Le patrimoine culturel africain, éd. Maisonneuve et Larose, Paris, 2001 (ISBN 2706815256) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Lucien Golvin, Essai sur l’architecture religieuse musulmane, éd. Klincksieck, Paris, 1970
  • Marie-Geneviève Guesdon et Annie Vernay-Nouri, L’art du livre arabe : du manuscrit au livre d’artiste, éd. Bibliothèque nationale de France, Paris, 2001 (ISBN 2717721681) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Clémentine Gutron, L’archéologie en Tunisie (XIXe - XXe siècles) : jeux généalogiques sur l’Antiquité, coll. Hommes et sociétés, éd. Karthala, Paris, 2010 (ISBN 2811103961) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Michel Kaplan, Christophe Picard et Michel Zimmermann, Le Moyen Âge. IVe ‑ Xe siècle, éd. Bréal, Paris, 1994 (ISBN 2853947319) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Lavedan, Histoire de l’art, vol. II, éd. Presses universitaires de France, Paris, 1950 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alexandre Lézine, Architecture de l’Ifriqiya. Recherches sur les monuments aghlabides, éd. Klincksieck, Paris, 1966 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alexandre Lézine, Deux villes d’Ifriqiya : Sousse, Tunis, éd. Paul Geuthner, Paris, 1971 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fawzi Mahfuz, Architecture et urbanisme en Ifriqiya médiévale : proposition pour une nouvelle approche, éd. Centre de publication universitaire, La Manouba, 2003 (ISBN 9973371232) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Khaled Maoudoud, Kairouan : histoire de la ville et de ses monuments, éd. Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle, Tunis, 2000
  • Georges Marçais, L’architecture : Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne, Sicile, 2 vol., éd. Picard, Paris, 1927 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Marçais, L’architecture musulmane d’Occident, éd. Arts et métiers graphiques, Paris, 1955 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Marçais, L’art de l’islam, éd. Larousse, Paris, 1946 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Marçais, Mélanges d’histoire et d’archéologie de l’Occident musulman, vol. 1-2, éd. Imprimerie officielle, Alger, 1957 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Marçais, Tunis et Kairouan, coll. Les Villes d’art célèbres, éd. Henri Laurens, Paris, 1937 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Guy de Maupassant, De Tunis à Kairouan, coll. Le Regard littéraire, éd. Complexe, Bruxelles, 1993 (ISBN 2870274785) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Albert Ollé-Martin et Violaine Decang, Histoire de l’humanité : 600-1492, éd. Unesco, Paris, 2008 (ISBN 9232028131) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alexandre Papadopoulo, Le mihrab dans l’architecture et la religion musulmanes : actes du colloque international tenu à Paris en mai 1980, éd. Brill, Leyde, 1988 (ISBN 9004084266) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-André Peyssonnel, Mohamed Larbi Snoussi et Denise Brahimi, Voyage dans la Régence de Tunis (1724), éd. Centre de publication universitaire, Tunis, 2003 (ISBN 9973371461) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Eugène Pittard et Émile Mâle, Histoire générale de l’art, vol. I, éd. Flammarion, Paris, 1968 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Bernard Roy et Paule Poinssot, Inscriptions arabes de Kairouan, vol. I, éd. Klincksieck, Paris, 1950 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Hédi Slim, Ammar Mahjoubi, Khaled Belkhodja et Abdelmajid Ennabli, Histoire générale de la Tunisie, tome II « Le Moyen Âge », éd. Sud Éditions, Tunis, 2005 (ISBN 9973844211) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Henri Saladin, Tunis et Kairouan, coll. Les Villes d’art célèbres, éd. Henri Laurens, Paris, 1908 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Mohamed Talbi, L’Islam n’est pas voile, il est culte, éd. Cartaginoiseries, Carthage, 2009 (ISBN 9973704118) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Il était une fois... Kairouan. Capitale de l’Ifrikia. 670-1050, éd. Alyssa, Tunis, 1992
  • Mosquées de Tunisie, éd. Maison tunisienne de l’édition, Tunis, 1973

Anglais[ ]

  • Jonathan M. Bloom, Early Islamic art and architecture, éd. Ashgate, Aldershot, 2002 (ISBN 0860787052) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Clifford Edmund Bosworth, Historic cities of the Islamic world, éd. Brill, Leyde, 2007 (ISBN 9004153888) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Titus Burckhardt, Art of Islam. Language and Meaning, éd. World Wisdom, Bloomington, 2009 (ISBN 1933316659) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gordon Campbell, The Grove Encyclopedia of Decorative Arts, vol. II, éd. Oxford University Press, New York, 2006 (ISBN 0195189485) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Linda Kay Davidson et David Martin Gitlitz, Pilgrimage: From the Ganges to Graceland: An Encyclopedia, vol. I, éd. ABC-CLIO, Santa Barbara, 2002 (ISBN 1576070042) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jack Finegan, The archeology of world religions, vol. III, éd. Princeton University Press, Princeton, 1965 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Michael Grant, Dawn of the Middle Ages, éd. Weidenfeld and Nicolson, Londres, 1981 (ISBN 0297780263) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • William Darrach Halsey et Emanuel Friedman, Collier's Encyclopedia: with bibliography and index, vol. 13, éd. Macmillan Educational Company, New York, 1984 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Peter Harrison, Castles of God: fortified religious buildings of the world, éd. Boydell, Woodbridge, 2004 (ISBN 1843830663) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Markus Hattstein et Peter Delius, Islam: art and architecture, éd. Könemann, Cologne, 2000 (ISBN 3829025580) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Rafique Ali Jairazbhoy, Islamic architecture, éd. Ferozsons, Lahore, 2000 (ISBN 9690014277) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fred S. Kleiner et Helen Gardner, Gardner’s Art Through the Ages: The Western Perspective, éd. Cengage Learning, Florence, 2009 (ISBN 0495573604) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Dogan Kuban, The mosque and its early development, éd. Brill, Leyde, 1974 (ISBN 9004038132) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alexandre Papadopoulo, Islam and Muslim art, éd. Harry N. Abrams, New York, 1979 (ISBN 0810906414) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Trudy Ring, Robert M. Salkin et Sharon La Boda, International Dictionary of Historic Places: Middle East and Africa, éd. Taylor & Francis, Oxford, 1996 (ISBN 1884964036) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Giovanni Teresio Rivoira, Moslem Architecture. Its Origins and Development, éd. Humphry Milford/Oxford University Press, Oxford, 1918 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Henri Stierlin et Anne Stierlin, Islam: Early architecture from Baghdad to Córdoba, éd. Taschen, Cologne, 1996 (ISBN 3822885614) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Arabe[ ]

  • Najwa Othman, Les mosquées de Kairouan, éd. Ekrema, Damas, 2000 Document utilisé pour la rédaction de l’article

Autres langues[ ]

  • (de) Christian Ewert et Jens-Peter Wisshak, Forschungen zur almohadischen Moschee, vol. I, éd. Philipp von Zabern, Mayence, 1981 (ISBN 3805304714) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (it) Centre italien d’études du haut Moyen Âge, Ideologie e pratiche del reimpiego nell’alto Medioevo: 16-21 aprile 1998, vol. 2, éd. Presso La Sede del Centro, Spolète, 1999 (ISBN 8879880454) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Filmographie[ ]

  • La Mosquée de Kairouan ou la rose des sables, film documentaire de Mohamed Driss et Hassen Chatti, Alif Productions / Saladin Productions, Tunis, 1982 (présentation) et Alif Productions / Centre national de documentation pédagogique, Paris, 1984
  • Kairouan, la Grande Mosquée, film documentaire de Abdellatif Ben Ammar, Tunis, 1979
  • Symphonie du patrimoine : la Grande Mosquée Oqba, film documentaire d’Amor Nagazi, Société Khaldouni, Kairouan, 2008 (présentation et extrait)

Voir aussi[ ]

Articles connexes[ ]

Liens externes[ ]

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